Engie ou le libéralisme à outrance du gouvernement

Troisième plus grand groupe mondial dans le secteur de l’énergie, 150 000 salariés dans plus de 70 pays, nous connaissons tous Engie. Elle est née de la fusion de GDF et de Suez en 2008 et c’est une partie du patrimoine français depuis la création de Gaz de France en 1946.

Aujourd’hui l’entreprise est à un carrefour. L’État, premier actionnaire de l’entreprise ne prend pas ses responsabilités et apporte sa caution à la stratégie de libéralisation mise en œuvre par l’entreprise. Symbole de ce libéralisme à outrance les condamnations s’enchaînent, mars 2017 pour abus de position dominante, décembre pour concurrence déloyale.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur la gestion actuelle d’Engie et le désengagement de l’État mais j’aimerais revenir ici sur le cas des délocalisations du service relation-clientèle.

ENGIE : DIVIDENDES RECORDS ET DÉLOCALISATIONS

Voici une entreprise qui verse plus de 2,3 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires en 2016. Ayant bénéficié de 100 millions d’euros au titre du CICE pour la seule année 2015, elle opère des délocalisations entraînant la destruction de près de 1 200 emplois. C’est déjà inacceptable. Cela dépasse l’entendement lorsque l’on sait que l’actionnaire principal est l’État.

Depuis 2007, le service relation clientèle d’Engie fait l’objet d’une restructuration importante pour reprendre les termes de l’entreprise chers à la start-up Macron. À cette date 80% de l’activité était réalisée en interne et l’intégralité sur le territoire national. En dix ans le nombre de sites de service relation clientèle passe de 32 à 13, et 4 sites doivent encore fermer d’ici à 2019. Dans le même temps une part croissante de l’activité est donc confiée à des prestataires externes, près de 85% de l’activité aujourd’hui.

Après avoir externalisé cette activité on la délocalise, aujourd’hui 30% des prestataires sont basés à l’étranger, conséquence 1 200 emplois ont été supprimés et près de 3 000 sont menacés. Pour faire face à ce danger les représentants du personnel se sont rassemblés en intersyndicale et alertent depuis le mois d’août 2017 les décideurs publics.

En soutien aux organisations syndicales j’ai moi-même interrogé Benjamin Griveaux dans le cadre d’une question au gouvernement, le 22 novembre 2017.

MENSONGE À LA REPRÉSENTATION NATIONALE

Que nous répond le gouvernement sur ce sujet ? Que nous n’avons rien compris, la délocalisation du service relation clientèle est un sacrifice “nécessaire”. Nécessaire pour permettre à Engie de rester compétitive ; nécessaire pour assurer la viabilité de l’entreprise et donc sauvegarder l’emploi ; nécessaire du point de vue libéral car il s’agit désormais de produire plus et à moindre coût et ce peu importe le prix à payer pour la société. C’est le sens de la réponse de M. Griveaux et de celle de Nicolas Hulot à la suite d’une sollicitation du sénateur socialiste, Yannick Vaugrenard :

Réponse de Nicolas Hulot à la question écrite de Yannick Vaugrenard.

Si le discours du gouvernement semble performant, il n’en est pas moins inexact et manichéen. En nous faisant croire que l’unique enjeu est la rentabilité de l’entreprise, le gouvernement nous enferme dans une logique comptable. Sans tenir compte du coût pour la société des délocalisations ou encore de la qualité du service rendu.

Les délocalisations ont permis de réaliser 1,8 millions d’euros d’économie. Cela paraît faible au regard des 1,7 milliards d’euros de dividendes versés aux actionnaires. En outre cela ne tient pas compte du coût  pour l’État de la destruction de ces emplois et je ne parle même pas des vies brisés des salariés. Et tout cela pour quoi ? Pour 1,8 millions d’euros d’économie, alors que le bénéfice de la direction de la relation client avoisine les 270 millions d’euros en 2017. C’est purement scandaleux.

Au lieu d’adopter une vision globale, en privilégiant le maintien de l’emploi en France, le gouvernement poursuivant le seul objectif de diminuer les coûts, se comporte telle la cigale de La Fontaine.

Le court-termisme du gouvernement l’empêche de voir que les délocalisations entraînent des suppressions de postes et que c’est lui qui va en assumer le coût, en accompagnant les personnels dans leur recherche d’emploi.

Extrait du document fournit par la direction d’Engie aux organisations représentatives du personnel.

L’État actionnaire principal d’Engie s’inscrit donc clairement dans une démarche de dumping social, organisant la délocalisation en direction de pays où le coût de la main d’oeuvre est moindre, sans accorder aucune considération aux emplois supprimés.

DÉNI DE DIALOGUE SOCIAL

Absence totale de considération à l’égard des salariés qui ont vu leur emploi supprimé, le gouvernement n’en témoigne pas plus à l’égard des différents acteurs du dialogue social.

Rappelons que Benjamin Griveaux alors secrétaire d’État avait déclaré devant la représentation nationale “L’État, présent au conseil d’administration d’Engie, suit avec attention la réalisation de ce plan de transformation et se tiendra toujours à l’écoute des représentants du personnel et des élus de ces territoires, qui sont les bienvenus à mon cabinet”.

Que de mensonges et de mépris.

À titre individuel et ce en dépit des sollicitations de l’intersyndicale, le secrétaire d’État n’a pas reçu les représentants du personnel.

Il faut également savoir qu’Engie a eu recours à des expérimentations pour mettre en oeuvre l’externalisation puis la délocalisation du service relation clientèle. Pourquoi recourir à des expérimentations ? Parce que cela permet à la direction de ne pas avoir à consulter le comité d’établissement et donc de ne pas entamer des discussions avec les organisations syndicales. En août 2017 la direction annonce pérenniser ces expérimentations, les organisations syndicales se mobilisent mais la direction refuse toujours tout dialogue social.

NON RESPECT D’UNE DÉCISION DE JUSTICE PAR ENGIE

Moins d’un mois après sa déclaration, le secrétaire d’État est désavoué par la décision du tribunal de grande instance de Nanterre du 13 décembre 2017, qui enjoint Engie à produire devant le comité d’établissement un rapport d’information-consultation sur la poursuite de la délocalisation des emplois à l’étranger et à cesser toute extension ou recours à un nouveau prestataire tant que le dossier ne sera pas produit.

En guise de rapport d’information-consultation la direction a remis le même document, présenté le 29 août aux représentants du personnel pour justifier de la pérennisation des expérimentations.

Le même document ! Non seulement on s’assoit sur le dialogue social mais encore sur une décision judiciaire ! Quel autoritarisme !

Vous l’aurez deviné, puisque la direction ne s’embête pas avec l’information communiquée aux salariés ou avec le respect de la décision judiciaire autant poursuivre les délocalisations. Ainsi depuis le 13 décembre 2017, date à laquelle le tribunal de grande instance de Nanterre a rendu sa décision, de nouveaux sites de relation clientèle ont ouvert au Cameroun et au Sénégal.

POURSUIVRE LE COMBAT

En tant que parlementaire, je continuerai à interroger le gouvernement sur le sujet des délocalisations à Engie.

L’État est l’actionnaire principal de l’entreprise, il doit prendre ses responsabilités.

Les délocalisations voulues par Engie ne sont pas fondées. La manière dont elles sont mises en œuvre n’est pas acceptable.

Il faut continuer à se battre et je réaffirme mon soutien aux organisations syndicales qui poursuivent la lutte, au travers de manifestations et en portant l’affaire devant la justice.

Ugo Bernalicis, député France insoumise du Département du Nord, Antoine Béchet, attaché parlementaire, David Pailleret, attaché parlementaire
Article tiré de la France insoumise  le 13 mars 2018

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