L’Europe veut-elle ruiner ses paysans en amplifiant le réchauffement climatique ?

Un accord de libre échange entre l’Union européenne et le pays du Mercosur ne serait pas que ruineux pour l’agriculture européenne et française. Il augmenterait aussi le bilan carbone de notre alimentation quotidienne en raison d’une accélération de la déforestation en Amazonie, de transports toujours plus longs pour les produits alimentaires, d’une déprise agricole en de nombreux territoire en France comme dans les autres pays de l’Union. Un tel accord n’a pas lieu d’être. 
Alors que la Commission européenne pensait boucler le 7 mars l’accord de libre échange qu’elle tente de négocier avec les pays du Mercosur, il se dit que la négociation se prolongerait encore pendant plusieurs semaines. On peut donc considérer que les pays d’Amérique du Sud attendent davantage de concessions de la part des négociateurs européens. Jusqu’à une date récente, il se disait que l’offre Européenne d’importation de viande bovine d’Amérique du sud se limitait à 70.000 tonnes par an avec une faible taxe douanière de 7%. Mais il s’est dit récemment qu’une nouvelle offre européenne portait sur 99.000 tonnes annuelles.
A ne parler que de la négociation en cours, on oublie de rappeler ce qui existe déjà. La France Agricole (N° 01957 du 9mars) rappelle que « le Mercosur fournit déjà les trois quarts de la viande bovine importée par l’UE, soit 230.311 tonnes équivalent carcasse en 2017 ». Le même hebdomadaire rappelle qu’avec un nouvel accord avec ces pays, faisant suite à celui que l’Europe a déjà négocié avec le Canada, « ce sont 140.000 à 160.000 tonnes d’aloyaux de races à viande qui débarqueraient progressivement sur le marché européen » .Dans la mesure où le kilo de carcasse de vache de race charolaise ne vaut en cette fin d’hiver que 3,50€ contre 3,70€ il y a un an, on imagine l’effondrement des cours que ces importations pourraient provoquer en France.
On peut aussi se demander comment les organisations de producteurs pourront demain, même en se regroupant, créer un rapport de force face aux distributeurs pour négocier des prix si l’abondance de la viande importée réduit la place de la viande produite en France dans les rayons des grandes surfaces comme dans les cantines de la restauration d’entreprise et dans les restaurants commerciaux dans tout le pays. En effet, la loi que le gouvernement promet aux paysans d’ici l’été propose à ces derniers de créer un rapport de force dans chaque filière afin de « défendre leur bout de gras » face aux opérateurs de l’aval. Mais avec des importations massives, la loi de l’offre et de la demande ne leur laisserait aucune chance d’obtenir des prix décents pour la viande produite en France.

L’Europe importe 830.000 tonnes de volailles par an

La viande bovine n’est pas seule à être concernée par cet accord de libre échange en cours de négociation. L’union européenne importe déjà 830.000 tonnes de viandes de volailles chaque année et la moitié de ces viandes sont exportées par le Brésil alors que les contrôles sanitaires sont souvent déficients dans ce pays. Or il est question dans le cadre de l’accord en cours de discussion d’augmente r de 70.000 à 100.000 tonnes annuelles les importations de volailles sud américaines avec seulement 7,5%de droits douanes.
Mais pourquoi autant d’importations de viandes en Europe ? Outre la volonté de vendre des voitures, des avions et des services en contrepartie, il faut aussi savoir que la segmentation de l’offre dans les magasins européens favorise ces importations. Le Brésil vend surtout du blanc de poulet découpé en filets aux Européens tandis que ces derniers vendent des ailes de volaille, des pilons et des croupions sur les marchés du continent africain. Une politique de l’offre ciblée sur ce qui se vend le mieux aboutit en Europe et en France à ne consommer que certaines parties de l’animal tandis que les morceaux moins « nobles » sont bradés dans les pays pauvres. Ainsi va la mondialisation capitaliste avec un bilan carbone désastreux, plus de deux ans après la conférence de Paris sur le climat.

La betterave à sucre, le maïs et le colza sont également menacés

Du côté des productions végétales, un accord de libre échange avec les pays du Mercosur risque aussi de mettre en difficulté les producteurs européens de colza et de betterave à sucre. Il est question d’accorder à ces pays un contingent d’exportation de 100.000 tonnes de sucre de canne avec seulement 98€ de droits de douanes par tonne. Cela réduira la place du sucre issu de la betterave européenne sans que celle-ci trouve un débouché dans l’éthanol puisqu’il est question d’importer 600.000 tonnes par an d’éthanol sud américain issu de la canne avec, là encore, seulement 6,4€ de tarif douanier par hectolitre. Ajoutons que le diester issu de la trituration du soja pour fournir des tourteaux à l’Europe viendra à son tour concurrencer le diester tiré du colza européen.
Alors que la France peine de plus en plus pour exporter ses excédents de blé sur le marché mondial à des prix qui ne couvrent pas les coûts de production, il est aussi question d’importer 200.000 tonnes par an de blé argentin et quelques 800.000 tonnes de maïs sud américain. Or le prix du maïs est aussi bas que celui du blé et la relance du pétrole de schiste aux Etats Unis va conduire ce pays à distiller moins de maïs pour produire de l’éthanol, ce qui augmentera considérablement les volumes de maïs grain disponibles sur le marché mondial.
Face à tous ces risques, la France se tait. Sur le Salon de l’agriculture, le président de la République s’est contenté de dire que l’Europe n’importerait pas des viandes aux hormones, un sujet que ne fait pas l’objet de la négociation entre l’Union européenne et le Mercosur.

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 13 mars 2018

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