La moitié des espèces des régions les plus riches en biodiversité sont menacées d’ici à 2080

Dans une étude publiée ce mercredi, l’ONG WWF s’inquiète des effets catastrophiques du changement climatique sur la biodiversité. Et appelle une nouvelle fois à sortir d’urgence des énergies fossiles pour tenter d’enrayer le phénomène. 

On l’oublie trop souvent : la crise de la biodiversité est au moins aussi grave que la crise climatique. Et les deux sont associées, formant une sorte de cercle vicieux infernal. Le WWF en fournit une preuve de plus ce mercredi, avec la publication d’une étude dans la revue scientifiqueClimatic Change. Celle-ci, réalisée par l’ONG en partenariat avec le Tyndall Centre for Climate Change de l’Université d’East Anglia, au Royaume-Uni, conclut que si la température moyenne du globe continue à grimper jusqu’à atteindre + 4,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle – ce qui se passera si aucun effort n’est fait pour ralentir le rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre (GES) –, «près de 50% des espèces qui vivent actuellement dans les régions les plus riches en biodiversité seront menacées d’extinction au niveau local d’ici à 2080».

A + 2°C, 25% des espèces menacées

Un risque qui serait réduit de moitié en cas d’accélération des efforts de réduction de GES en vue de respecter l’objectif le moins ambitieux de l’accord de Paris sur le climat, qui prévoit de maintenir la hausse de la température moyenne mondiale en dessous de +2°C. Ce qui représenterait tout de même un risque d’extinction pour 25% de ces espèces, en l’absence de possibilité de dispersion – c’est-à-dire de déplacement vers des climats plus favorables – et de 20% si les espèces sont capables de se déplacer. Or les engagements climatiques pris à la COP21 par les pays pour réduire leurs émissions de GES «nous placent sur une trajectoire menant à un réchauffement de +3,2°C», rappelle le WWF.

Selon l’ONG, ces travaux de recherche, synthétisés dans un rapport intitulé La Nature face au choc climatique, constituent «l’analyse la plus complète au monde en matière de projection des changements climatiques dans les 35 écorégions de la planète», soit les régions abritant les plus exceptionnels écosystèmes et habitats de la planète. Certaines, et les espèces qu’elles abritent, sont «très fragiles face au choc climatique, même dans un monde à +2°C».

«Ecorégions»

Le rapport détaille les résultats de l’étude pour huit «écorégions», où les espèces souffrent déjà de la perte de leur habitat, du braconnage ou d’une exploitation non durable des terres. L’Amazonie et le plateau des Guyanes, par exemple, qui accueillent «près de 10% de toutes les espèces connues» sur Terre et «jouent un rôle crucial dans la régulation du climat à l’échelle mondiale» risquent ainsi de voir 43% des espèces de plantes et 47% des amphibiens disparaître localement dans un monde à +2°C, et respectivement 69% et 74% dans un monde à +4,5°C. Un tiers des mammifères, des oiseaux et des reptiles seraient aussi menacés en Amazonie, chiffre qui doublerait pour ces groupes à +4,5°C.

Sur la côte est de l’Afrique, à Madagascar, au sud-ouest de l’Australie ou dans la région du Yang-Tsé-Kiang en Chine, la riche biodiversité est elle aussi très vulnérable au changement climatique. Qu’il s’agisse des espèces emblématiques comme, respectivement, les éléphants, lémuriens, wallabys des rochers ou pandas, mais aussi des autres espèces.

Idem pour la région méditerranéenne, où les trois espèces phares de tortues (luth, vertes et caouanne) sont «gravement menacées». Mais où, aussi, près d’un tiers des plantes, mammifères et amphibiens sont menacés dans un monde à +2°C et près de la moitié de la biodiversité sera perdue en cas de réchauffement à +4,5°C.

Sortie des énergies fossiles et refuges climatiques 

Que faire ? L’étude rappelle d’abord que «l’action la plus importante que le monde puisse mener consiste à maintenir la hausse de la température mondiale à un niveau minimum en faisant tout ce qui est possible pour réduire les émissions de GES dans l’atmosphère. Pour dire les choses simplement, il nous faut arrêter de consommer des énergies fossiles» et changer nos modèles de production et de consommation.

Mais elle préconise aussi de mettre en place des mesures d’adaptation dans les «écorégions» pour permettre aux espèces capables de se déplacer de trouver des «refuges climatiques» et d’emprunter des corridors écologiques. Sachant que pour certaines, comme les plantes, amphibiens ou reptiles, il sera difficile de se migrer. Pour Pascal Canfin, le directeur général du WWF France, l’étude «nous interroge sur notre rapport à la nature, à notre planète : qu’attendons-nous pour cesser de détruire les espèces et les espaces qui la composent, alors que nous savons pertinemment que nous ne pourrons pas vivre sur une planète morte ?» Excellente question.

Photo de garde : AFP – Arifoto Ug
Coralie Schaub
Article tiré de Libération  le 14 mars 2018

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