Le métier de journaliste face aux retraités victimes d’injustices sociales

Avec 161 manifestations dans 95 départements, la journée d’action des retraités a connu un franc succès hier. Il reste que le caractère particulièrement injuste d’une augmentation de la CSG prélevée sur les pensions afin d’augmenter légèrement le salaire des actifs en supprimant leurs cotisations chômage et maladie sur le bulletin de paie n’est jamais analysée dans ce pays. Ce devrait pourtant faire partie de la mission d’informer des journalistes dont les « Assises internationales » se tiennent à Tours jusqu’à demain.

Dans son édition du mercredi 14 mars, jour de l’ouverture des « Assises internationales du journalisme », qui se terminent demain à Tours, le quotidien la Croix posait cette question : « A quoi servent encore les journalistes ?». En page 2, ce journal évoquait la Charte des droits et devoirs des journalistes de 2011, qui, actualise celle de 1918, rappelle que  « le droit du public à une information de qualité, complète, libre indépendante et pluraliste, guide le  journaliste dans l’exercice de sa mission ». Laquelle mission, rappelle la Croix, est de « rechercher, vérifier, situer dans un contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité quelque soit le support », ce qui suppose « du temps et des moyens ».

Hier, les nombreuses manifestations de retraités dans tout le pays contre la hausse de la CSG qui réduit les pensions alors qu’elles étaient déjà bloquées depuis des années, faisaient l’actualité. Dans les quotidiens régionaux de ce vendredi, de nombreux éditorialistes prennent fait et cause pour les retraités. Il est vrai que ce sont souvent les lecteurs de plus fidèles des quotidiens régionaux.

Sur France 5, le « C dans l’air » de 17H45 animé par Caroline Roux était consacré au même sujet. Sur le plateau se trouvaient Yves Thréard du Figaro, Françoise Fressoz du Monde , Jérôme Fourquet de l’IFOP et Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, quand ce dernier était président de la République. Ce débat a montré que les paroles les plus objectives étaient celles de l’ancien conseiller de celui que l’on appelait « le président des riches», entre 2007 et 2012. C’était d’une part, le meilleur connaisseur du dossier. D’autre part, écouter Soubie nous suggérait que cet homme a sans doute dissuadé Nicolas Sarkozy d’aller aussi loin qu’il ne l’aurait souhaité au service des nantis entre 2007 et 2012, alors que personne ne semble aujourd’hui vouloir dissuader Macron d’aller plus loin dans sa stratégie visant à baisser la pension des retraités afin que la petite augmentation de salaire que perçoive les actifs depuis janvier ne coûte rien au patronat à commencer par les entreprises du CAC.

Une invention diabolique et contestable en droit

Car s’il existe bien une invention diabolique et contestable en droit, il s’agit de cette augmentation de la CSG pour faire payer aux retraités, définitivement sortis du salariat, la cotisation chômage que payaient les salariés afin d’être indemnisés en cas de perte d’emploi. Quand aucun journaliste n’a la pertinence d’évoquer cette anomalie, on ne donne pas aux auditeurs « une information de qualité, complète, libre indépendante et pluraliste » dont fait état la Charte des droits et des devoirs des journalistes. Pire encore, Caroline Roux a, d’un bout à l’autre de l’émission qu’elle animait, étalé son incompétence sur le sujet en débat, reprenant systématiquement à son compte les commentaires les plus incongrus que certains auditeurs envoient par SMS.

La Charte des journalistes n’était pas mieux respectée dans l’Emission politique de France 2 qui recevait Gérald Darmanin. La grotesque intrusion de Jean-Marie Le Pen comme « Invité surprise » ne pouvait pas relever de la recherche de la qualité dans une émission politique, pas plus que la tentative de confession publique de son invité par Léa Salamé à propos de poursuites judiciaires en cours visant Gérald Darmanin pour harcèlement sexuel.

Dans cette émission, l’argument avancé depuis des mois par Gérald Darmanin affirmant que « le travail doit payer », comme justification de la baisse du pouvoir d’achat des pensions de retraite acquises par des années de cotisation n’a jamais été contestée par les journalistes de France 2. Même Olivier Besancenot, confronté au ministre des Comptes publics, n’a pas su mettre en exergue cette contradiction bien qu’il ait, à plusieurs reprises, dénoncé les cadeaux faits au patronat depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée.

Il reste que la prise de conscience du vol caractérisé sur les droits acquis par les retraités ne cesse de progresser dans le pays. Et pas seulement chez les victimes de cette arnaque.

Photo AFP/Damien Meyer
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 16 mars 2017

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