Pour une Europe démocratique

A l’initiative du Mouvement antiraciste européen (EGAM), des personnalités de la société civile et des parlementaires de 35 pays lancent un appel international pour boycotter les ministres FPÖ et la présidence autrichienne du Conseil de l’UE, qui commence le 1er juillet, pour s’achever le 31 décembre.

Ce n’est pas n’importe quel parti populiste qui est entré en position de force dans le nouveau gouvernement autrichien: ce sont les véritables héritiers du nazisme, qu’ils tentent inlassablement de réhabiliter. Toutefois, ce n’est pas seulement parce qu’il a été fondé par d’anciens SS et pour sa nostalgie du IIIe Reich que le FPÖ doit être vigoureusement combattu, mais surtout pour ce qu’il est aujourd’hui: un parti radicalement raciste, antisémite, homophobe, sexiste, xénophobe et antidémocratique, avec une forte dimension profasciste.

En effet, c’est aujourd’hui l’hébergeur des néo-Nazis et des négationnistes. Près de la moitié de ses parlementaires actuels appartient aux «Fraternités germaniques» interdites aux Juifs, aux homosexuels et aux femmes, réservées à ceux qui seraient d’une «race aryenne» funestement fantasmée. C’est très récemment qu’un appel à «gazer un septième million de Juifs» d’une «Fraternité» du principal candidat régional du FPÖ a été dévoilé. C’est aujourd’hui que le journal du ministre de la Défense, en charge des armées, qualifie les rescapés de la Shoah de «peste nationale». C’est une proposition actuelle du ministre de l’Intérieur, qui guidera la politique de l’asile de l’UE au second semestre si rien n’est fait d’ici là, que de «concentrer les réfugiés» dans des camps.

Pas plus tard que l’année dernière, il était le principal invité du congrès du mouvement néofasciste de jeunesse «Identitäre». «Sang viennois, trop d’étrangeté, ce n’est bon pour personne» est un de ses plus récents slogans. C’est l’Europe et la démocratie d’aujourd’hui que le FPÖ veut faire exploser. Même comparés aux ministres qui étaient entrés, pour la première fois, au gouvernement en 2000, ce qui avait alors rapidement entraîné la suspension de toute coopération bilatérale par les pays européens, les actuels ministres d’extrême droite font figure de radicaux, libérés dans l’expression de leur violente haine par quinze années de recul moral, éthique et politique en Europe.

Le FPÖ représente un danger mortel pour la démocratie et pour l’Europe. C’est pourquoi, en Autriche comme ailleurs sur le continent, nous sommes tous menacés, et nous devons tous nous engager. Le combat à mener n’oppose pas l’Autriche au reste de l’Europe ou du monde. Il oppose les démocrates, quelles que soient leurs nationalités et leurs identités, aux ennemis irréductibles de la démocratie. Ce n’est pas en laissant se déployer avec permissivité les idéologies qui ont amené à sa destruction et à l’extermination de millions de personnes que l’avenir de l’Europe peut être bâti, mais en combattant vigoureusement pour ses valeurs humanistes fondamentales.

C’est pourquoi nous, Autrichiens et non-Autrichiens ensemble, attachés aux valeurs de la démocratie et à l’idéal européen, appelons à la solidarité la société civile comme les dirigeants politiques des pays d’Europe. Ces derniers ne doivent pas abandonner les démocrates autrichiens sous prétexte que la plateforme gouvernementale ne prévoit pas de référendum sur la sortie de l’UE. Les abandonner, malgré les belles mobilisations populaires qu’ils ont récemment enclenchées, ce serait abandonner l’Europe et ses valeurs fondamentales; ce serait, au nom de calculs à courte vue, laisser détruire ce que nous avons en partage de plus précieux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Concrètement, Autrichiens et non-Autrichiens ensemble, nous demandons aux dirigeants des pays européens de boycotter les ministres du FPÖ et la présidence autrichienne du Conseil de l’Union européenne, du 1er juillet au 31 décembre.

En pratique, cela signifie tout d’abord que les ministres autrichiens d’extrême droite ne doivent être reçus par aucun de leurs homologues européens, qui ne doivent participer à aucune réunion ou rencontre avec eux. Cela signifie également le boycott par les chefs d’Etats et de gouvernements comme par les ministres de la présidence autrichienne du Conseil de l’UE.

De notre sursaut moral et politique commun dépend la nature de notre destin partagé, en Autriche comme ailleurs en Europe.

Benjamin Abtan, président de l’EGAM Mouvement antiraciste européen–coordinateur du Réseau Elie Wiesel de parlementaires d’Europe pour la prévention des crimes de masse et génocides (France); Lena Köhler, présidente de l’Union des étudiants autrichiens à Vienne (Autriche); Beni Hess & Bini Guttmann, coprésidents de l’Union des étudiants juifs (Autriche); Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères (France); The Green and Alternative Students – GRAS (Espagne); Miguel Angel Moratinos, ancien ministre des Affaires étrangères (Espagne); Katharina Embacher & Eva Sager,présidents de l’Association des étudiants socialistes (Autriche); José Ramos-Horta, lauréat du prix Nobel de la Paix, ancien président de la République démocratique du Timor-Oriental (Timor-Oriental); Hilde Grammel, présidente de Plattform 20 000 Frauen (Organisation féministe, Autriche); Christiane Taubira, ancienne garde des Sceaux, ministre de la Justice (France); Michael Genner, président de Asyl in Not (Organisation des droits de l’homme, Autriche); Oliviero Toscani,photographe, artiste plasticien (Italie); David Albrich, représentant pour Linkswende Jetzt (Mouvement de plateforme de gauche) (Autriche); Richard Prasquier, vice-président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah (France); Franz Kaltenbeck, psychanalyste et rédacteur en chef du Knowledge and Clinic Journal (France); Livia Fränkel, présidente de l’Association des survivants de l’Holocauste en Suède (Suède); Dian Turnheim, représentante de l’Organisation des féministes, anticapitalistes et tiers mondistes (Fasti, Autriche); Danis Tanovic, réalisateur (Bosnie-Herzégovine); Can Dündar, journaliste (Turquie); Peter Kraus, membre des Verts au Conseil municipal de Vienne (Autriche); Stefan Schaden, membre du conseil d’administration de la Société austro-israélienne (Autriche); Nadia Gortzounian & Nicolas Tavitian, présidente et directeur de l’Union générale bienveillante arménienne (France); Matthias Kraiz, vice-président de l‘Union internationale des jeunes socialistes (Autriche); Marcel Kabanda, président de l’Association des rescapés du génocide contre les Tutsis-IBUKA (Rwanda); Birgit Hebein, membre du Conseil municipal de Vienne (Austriche); Rithy Panh, écrivain, réalisateur (Cambodge); Advija Ibrahimovic, porte-parole des femmes de Srebrenica (Bosnie-Herzégovine); Pari Ibrahim, fondateur et directeur exécutif de la Fondation Free Yezidi (Iraq Kurdistan); Marie Darrieussecq, écrivaine (France); Evelynne Garbacz, directrice des opérations de la Fondation Yad Vashem (Royaume-Uni); Vojtêch Blodig, directeur adjoint du Mémorial de Terezin (République tchèque); Angela Scalzo, secrétaire générale de SOS Razzismo (Italie); Dominique Sopo, président de SOS Racisme (France); Mario Mazic,fondateur et directeur de Youth Initiative for Human Rights (YIHR, Croatie); Natalia Tarmas, membre du conseil d’administration du Comité pour la défense de la démocratie (Pologne); Jimmy Losfeld,président de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage, France); Jovan Divjak, ancien général, directeur-adjoint des forces de défense de Bosnie-Herzégovine, défenseur de Sarajevo assiégé, directeur exécutif de Education Builds Bosnia and Herzegovina (Bosnie-Herzégovine); Willy Silberstein, président du Swedish Committee Against Antisemitism (Suède); Pascal Bruckner, écrivain(France); Gérad Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo (France); Naomi Kramer, présidente de la Fondation de l’Holocauste et de la prévention du génocide (Canada); Alain Grabarz, ancien président de Hachomer Hatzaïr (Palestine); Felicia Waldman, professeure au Goldstein Goren Center for Hebrew Studies de l’université de Bucarest, cheffe adjointe de la délégation nationale de l’alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (Roumanie); David Assouline, vice-président du Sénat français (France); Jack Lang, ancien ministre de l’Education et de la Culture (France); Christian Guémy–C215, artiste de rue (France); Jacques Smits, directeur de Territoires de la mémoire (Belgique); Flemming Rose, journaliste (Danemark); Said Abdul, député (Suède); Ewa Grzegrzółka, porte-parole de l’Association d’intervention juridique (Pologne); Ivo Goldstein, historien, professeur à l’université de Zagreb, ancien ambassadeur (Croatie); Benjamin Stora, historien, président de la Cité nationale de l’immigration (France); Elie Chouraqui, cinéaste (France); Reyan Tuvi, réalisatrice (Turquie); Marc Knobel, chercheur au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif, France); Jonathan Littell, écrivain et cinéaste (France-Etats-Unis); Oran Baskin, professeur à l’université d’Ankara (Turquie); Boris Raonić, président de l’Alliance civique (Monténégro); Alain Goldschläger, ancien président du comité académique de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, professeur (Canada); Cengiz Aktar, professeur (Turquie); Sari Nusseibeh, professeur de philosophie à l’université Al-Quds  (Palestine); Mario Stasi, président de la Licra (France); Gratien Mitsindo, Juste du Rwanda (Rwanda); Marian Mandache,coordinateur du Human Rights Department of Romani (Criss, Roumanie); Ara Toranian, coprésident du Conseil de coordination des associations arméniennes de France (France); Outi Alanko-Kahiluoto, députée (Finlande); Evren Çevik, membre de la Commission des affaires étrangères du Parti démocratique populaire HDP (Turquie); Samir Mehanovic, scénariste, réalisateur et producteur (Bosnie-Herzégovine); Jarosław Marciniak, secrétaire du conseil d’administration du Comité pour la défense de la démocratie (Committee for the Defence of Democracy, Pologne); Anna Krenz,Dziewuchy Dziewuchom Berlin (Allemagne); Brahim Hammouche,député (France); Mendel Goldstein, Michel Judkiewicz & Ina Van Looy, du Centre communautaire laïc juif (CCLJ, Belgique), dont ils et elle sont respectivement président, directeur et directrice du Centre d’éducation à la citoyenneté (au sein du CCLJ) ; Ana Gomes, députée européenne (Portugal); Paula Sawicka, administratrice de l’association Open Republic (Pologne); Léo Cogos, porte-parole de «Saut Jeune» (France); Georges-Marc Benamou, écrivain et journaliste (France); Michael Dandy, député (Australia); Maxim Efimov, militant des Droits humains, philosophe social, écrivain, journaliste (Russie); Oriol Lopez Badell, coordinateur de l’Observatoire européen de la mémoire (European Observatory on Memories-EUROM, Espagne); Bojan Stankovic, représentant de Youth Initiative for Human Rights (YIHR, Serbie); Julie Ward,députée européenne (Royaume-Uni); Guillaume Leingre, écrivain (France); Aldo Merkoci, porte-parole de Mjaft! (Albanie); Fadéla Amara, ancienne secrétaire d’Etat (France); Sihem Habchi, ancienne présidente de Ni putes ni soumises (France); Muhammadi Yonous,président du Forum des réfugiés de Grèce (Grèce); Gasana Ndoba,consultante internationale en Droits de la Personne (Rwanda); Donald Edward, représentant de la communauté nigériane en Grèce (Grèce); Brigitte Stora, écrivaine et chanteuse (France); Dr Valery Hrytsuk,coordinateur de International Association of Independent Democrats Against Authoritarian Regimes (IAIDAR International NGO, Pologne); Hana Stelzerová, directrice du Lobby des femmes tchèques (Czech Women’s Lobby, République tchèque); Jette Møller, présidente de SOS Racisme (Danemark); Jozef Miker & Miroslav Broz, porte-parole de Konexe (République tchèque); Krassimir Kanev, président du Comité bulgare de Helsinki (Bulgarie); Hristo Ivanovski, président de l’association des Droits Humains (Alliance for Human Rights in Macedonia, Macédoine); Ahmed Moawia, coordinateur du Forum grec des migrants (Grèce); Levent Sensever, porte-parole, DurDe Platform (Turquie); Rasim Ibrahimagic, directeur des programmes de Youth Initiative for Human Rights (YIHR, Bosnie-Herzégovine); Janö Setét & Péter Bodgán, président et membre de l’association rom «We Belong to you» (Hongrie).

Le mouvement antiraciste européen (EGAM)

Photo de garde : AFP – Photo Dimitar Dilkoff
Article tiré de Libération le 19 mars 2018
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