Syrie – La ville d’Afrin occupée par l’armée turque et les islamistes

Les troupes d’Erdogan et ses supplétifs ont pris possession de la ville. Les combattants kurdes annoncent qu’ils vont passer d’une guerre de confrontation directe à une tactique d’attaques éclairs.

Que veut Ankara ? Hier, l’armée et ses supplétifs islamistes ont pris le contrôle de la ville d’Afrin et le premier geste des militaires a été de hisser le drapeau turc sur l’un des bâtiments principaux de cette cité du nord-ouest de la Syrie. Les soldats turcs et les djihadistes se sont déployés dans l’ensemble des quartiers, tirant en l’air et paradant pour célébrer leur victoire, ont rapporté des correspondants de l’AFP. Perchés sur le balcon d’un bâtiment public, des soldats ont fièrement brandi le drapeau turc. Plus loin, des rebelles syriens se sont rassemblés au pied d’une statue d’une figure historique de la résistance kurde, déboulonnée.

Plus de 1 500 combattants kurdes auraient été tués

Il s’agit donc bel et bien d’une occupation au terme d’une opération lancée le 20 janvier. Près de 250 000 personnes ont quitté Afrin depuis mercredi soir, empruntant un couloir dans le sud de la ville menant vers des territoires tenus par les Kurdes ou le pouvoir syrien. Les communications téléphoniques ainsi qu’Internet ont été coupés, et il est difficile de savoir exactement ce qui se passe. Des informations ont fait état du bombardement d’un convoi de bus dans lequel se trouvaient près de 300 personnes. Le bilan serait des plus lourds. La veille, l’hôpital central de la ville avait été visé, faisant au moins 16 morts. Des exactions contre les civils ont été rapportées. Un « grand nombre » des combattants kurdes ont « fui la queue entre les jambes ! » a lancé le président turc, Recep Tayyip Erdogan. « Notre travail n’est pas fini (…). Mais les terroristes sont finis à Afrin », a renchéri le porte-parole du gouvernement turc, Bekir Bozdag. Dimanche matin, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a indiqué que plus de 1 500 combattants kurdes auraient été tués, ainsi que 400 islamistes. L’armée turque a de son côté fait état de 46 soldats tués et 225 blessés dans ses rangs.

« Pendant 58 jours, l’armée turque a attaqué la population et la région d’Afrin, dans un objectif de génocide et de dépopulation. C’est une attaque commune, préparée et soutenue par la Russie et les pouvoirs internationaux, a dénoncé Osman Cheikh Issa, coprésident du comité exécutif du canton d’Afrin. Ce n’est pas une attaque seulement sur Afrin, mais sur tout le peuple du nord de la Syrie. La résistance des peuples du nord de la Syrie a été une résistance commune. » Pour sa part, Brusk Hesêkê, porte-parole des Unités combattantes kurdes (YPG), a insisté : « Nous ne nous sommes pas retirés d’Afrin, nous avons pris des précautions pour sauver la vie des civils qui ont été soumis à des massacres illimités. Des combattants des YPG YPJ sont présents dans tous les districts d’Afrin et vont continuer le combat. » Il a également prévenu que, « dans tous les secteurs d’Afrin, nos forces vont devenir un cauchemar permanent » pour les soldats turcs et leurs alliés. « Notre guerre contre l’occupation turque (…) est entrée dans une nouvelle étape : nous passons d’une guerre de confrontation directe à une tactique d’attaques éclairs. »

L’incapacité et la lâcheté de l’Union européenne

Depuis le début de l’opération militaire, la Turquie a bénéficié de la mansuétude des puissances internationales et régionales, laissant bien seules les populations de ce canton alors qu’il y avait moyen d’empêcher l’armée turque d’entrer en Syrie. La Russie a laissé les avions d’Erdogan bombarder Afrin et l’armée syrienne n’est pas intervenue malgré la demande des dirigeants civils et militaires du canton. Quant aux États-Unis, ils préfèrent renforcer leurs positions à Manbij, au plus près des puits de pétrole. Ce faisant, les uns et les autres ont laissé se dégarnir le front existant encore dans la vallée de l’Euphrate où demeurent des poches de Daech, combattues par les YPG. Et l’Union européenne (UE), elle, a une fois de plus fait preuve de sa lâcheté et de son incapacité, se bornant à quelques vagues et frileuses déclarations à l’encontre d’Ankara. Seul le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, Jean Asselborn, s’est ému de la situation à Afrin et s’en est ouvert au secrétaire général de l’Otan – dont est membre la Turquie –, rappelant notamment dans une lettre « qu’il n’y a pas de solution militaire pour le conflit en Syrie ».

Censure sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux pratiquent la censure contre les Kurdes. Les informations diffusées sur compte Twitter @ICafrinresist sont ainsi inaccessibles sous prétexte qu’elles comporteraient « un contenu potentiellement offensant ». Régulièrement les messages du Conseil démocratique kurde en France (CDKF) sont censurés. Enfin, Facebook vient de fermer, pour trente jours, la page de Sylvie Jan, présidente de l’association France-Kurdistan.

Photo AFP/Bulent Kilic
Pierre Barbancey
Article tiré de l’Humanité . le 19 mars 2018

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