Marseille – Grève illimitée à la Boutique solidarité de la Fondation Abbé Pierre

Depuis mercredi les 7 salariés de la Boutique solidarité de la Fondation Abbé Pierre sont entrés en grève. Ils exigent, dans un contexte aggravé par la carence des pouvoirs publics, les moyens d’un accueil digne pour les plus démunis à Marseille.

Rien ne va plus au niveau de l’accueil d’urgence à Marseille. L’Unité d’hébergement d’Urgence reste coincée dans ses locaux pourris en attendant que le nouvel établissement prenne place sur Euromed. Les salariés de l’ADJ en seront à leur troisième mobilisation ce mardi devant l’hôtel de région, où le président Renaud Muselier refuse d’abonder au pot commun pour sauver l’association de la ruine. En 2017, le 115 a refusé 22 000 demandes de mise à l’abri, faute de personnels en nombre suffisant.

Il reste à Jean-Pierre, SDF depuis 20 ans, « pour me reposer un instant, voir les camarades, discuter un brin », cette certitude : « la boutique de l’Abbé. Jamais je l’ai vu fermée, sauf cet été ». Un îlot au coeur du 3e arrondissement de Marseille qui propose sa terrasse à l’ombre des arbres en été ou ses tables à l’intérieur calfeutré du froid. On y vient pour un café, une douche, mais surtout pour « sa chaleur humaine », témoigne Jean-Pierre. Et aujourd’hui encore, en dépit d’un mouvement de grève, les SDF y sont accueillis. Les salariés procédant à des débrayages en fin de journée.

Pour autant il leur fallait marquer le coup. « Dans cette période de tensions où la question sociale se pose de plus en plus crûment alors que les solutions s’amenuisent, la Boutique est amenée à recevoir un nombre croissant de populations dont le point commun est la détresse », expliquent les salariés. Une surpopulation qui avait amené l’équipe en juin à « une suractivité, on vivait une vraie dégringolade. Et c’est dans ces moments-là que la tension monte et que ça pète ». Une agression avait alors conduit à une fermeture temporaire.

Mieux accueillir ou moins accueillir

Partout les associatifs s’accordent à dire que la précarité a fait un bond en nombre de 25% par rapport à l’année précédente. On ne peut en dire autant des moyens alloués à son enrayement. « Depuis 10 ans l’équipe travaille à un projet, validé par le conseil d’administration. Mais sans les moyens ». C’est justement ces moyens humains que réclament les salariés aujourd’hui. Ils chiffrent à trois le nombre de personnels supplémentaires nécessaires. La direction nationale leur oppose un refus, considérant « qu’il faut moins accueillir ». Mais nous on veut « mieux accueillir et l’inconditionnalité est essentielle. Refuser des gens c’est créer de l’exclusion », défendent les salariés. L’abbé Pierre n’aurait pas dit autre chose.

« Quand on baisse les effectifs, on augmente le risque d’insécurité pour les accueillis, les bénévoles et les salariés » plaide encore une salariée. Au moment de la fermeture temporaire, les besoins étaient évalués à 9 salariés dont un psychologue. Ils interrogent sur le sens de l’engagement de la Fondation, dont la direction nationale, jointe par nos soins, reste muette.

Photo de garde : Myriam Guillaume
Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise  le 26 mars 2018

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