Penser le rôle de l’agriculture à l’horizon 2050

L’association Solagro, fait travailler des chercheurs sur le futur de notre agriculture et sur ce que devrait être son adaptation aux conséquences du réchauffement climatique. Elle vient de publier Le scénario Afterres 2050 version 2016 (1), soit une ultime mise à jour, suite à des études précédentes. Pour ce travail de longue haleine, les chercheurs et autres agronomes ont bénéficié du soutien de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), de la Fondation Charles Léopold Mayer, des régions Centre Val de Loire, Île-de-France, Picardie et Rhône Alpes d’avant la concentration des régions intervenue sous le quinquennat de François Hollande.

L’intérêt de ce document tient au fait qu’il prône le retour aux bonnes pratiques agronomiques afin de produire mieux avec moins en faisant de sorte que l’agriculture stocke davantage de carbone tout en restant productive. Cela induit de s’occuper des sols différemment, d’élever les herbivores à l’herbe plutôt qu’au grain, de se nourrir autrement avec plus de protéines végétales et moins de protéine animales. Cela suppose aussi-bien que la chose ne soit pas dite clairement- de remettre en cause  la mondialisation de l’agriculture fondée sur les monocultures de rente pour des denrées comme le blé, le maïs, le soja, les produits laitiers, les viandes bovines, ovines, porcines et de volailles.

De toutes ces productions soumises à des fluctuations de prix souvent insupportables, il en sera forcément question au congrès de la FNSEA qui s’ouvre demain à Tours. Mais, quand on examine une par une les orientations et des revendications des associations spécialisées de la FNSEA (2), on se rend compte que chaque catégorie de producteur fait la course au productivisme dans son couloir, en concurrence avec les autres. Voilà qui ne mène guère à une vision globale de ce qu’il conviendrait de faire.

Toujours moins de vaches laitières et plus de vaches à viande

Le document de Solagro nous dit que la vache laitière de race Prim’Holstein a perdu 1,7 millions de têtes entre 1970 et 2010 alors que la production laitière a augmenté entre temps, le rendement de lait par vache n’ayant cessé d’augmenter via la sélection génétique. Parallèlement le troupeau des vaches de races à viande qui allaitent leur veau est passé de 2,8 millions de mères en 1970 à 4,2 millions en  2010 dans notre pays. Comme chaque vache fait naître un veau par an, le nombre de bovins ne cesse d’augmenter en France. Comme les ruminants émettent du méthane et que  les importations de tourteaux de soja demeurent importants, le bilan carbone de l’élevage bovin n’est pas satisfaisant.

Le revenu des éleveurs ne l’est pas davantage. De 410€ la tonne en 2014, le prix moyen du lait au départ de la ferme est tombé 294,5€  en 2016 pour ne remonter qu’à 345€ en 2017 alors que l’incertitude est grande pour 2018. En viande bovine, les jeunes mâles issus des races à viande voient leurs cours baisser de 11 à 13 centimes du kilo ces dernières semaines tandis que le prix des vaches allaitantes de réforme baisse de 6% par rapport à 2016, selon les chiffres fournis par l’Institut de l’élevage.

Pour que l’élevage bovin contribue à freiner le réchauffement climatique d’ici 2050, il faudrait que le cheptel diminue et qu’il soit  davantage nourri en broutant l’herbe de nos prairies ainsi qu’en consommant des protéines végétales cultivées sur notre sol  avec une réduction permanente des importations de tourteaux de soja. Ce qui vaut pour les bovins vaut aussi pour les porcs et la volaille. Mais l’Union européenne a exporté 3.666.000 tonnes de viande porcines dans 8 pays tiers en 2017, dont un peu plus du tiers en Chine. Enfin, comme les importations chinoises ont diminué de  24,9% en 2017 par rapport à 2016, le prix du porc en France a baissé sensiblement à partir de la fin du printemps 2017. Les exportations de produits carnés vers les pays tiers ne sont jamais de marchés d’une grande stabilité.

Un plaidoyer argumenté pour l’agro-écologie

Dans la « synthèse des principaux résultats », d’Afterre 2050 par Solagro, il est recommandé d’avoir dans un proche avenir « une assiette plus saine et équilibrée » avec moins de viande qu’aujourd’hui. L’agro-écologie généralisée est préconisée avec des couverts végétaux permanents, des pratiques culturales simplifiées et du non labour. Le recours aux races bovines mixtes produisant de la viande et du lait est préconisé dans le cadre d’une réduction sensible des cheptels spécialisés. On se dit alors qu’il faudra plus de vaches de race normande, montbéliarde et quelques autres tandis que diminueront la Prim’ Holstein et la charolaise.

Ce scénario est conforme aux intérêts du monde paysan comme à ceux des futures générations de consommateurs menacées par le réchauffement climatique. Mais, alors que la Commission européenne multiplie les négociations pour parvenir à des accords de libre échange avec le Mercosur, l’Australie et la Nouvelle Zélande, on peut penser que la tournure des débats au congrès de la FNSEA portera davantage sur les stratégies à bâtir pour tenter de tirer son épingle du jeu dans le cadre de la mondialisation capitaliste de l’agriculture que pour défendre un projet en rupture avec ce système.

(1) Le Scénario Afterres 2050 est un document de 104 pages avec de nombreux graphiques. Il coûte15€

(2) Ces associations spécialisées sont des fédérations de branches, un peu à l’image des fédérations syndicales dans l’industrie et dans la fonction publique. Les producteurs de céréales à paille sont à l’AGPB, les producteurs de maïs à l’AGPM, les producteurs de lait de vache à la FNPL, les producteurs spécialisés de viande bovine à la FNB, les producteurs de porcs à la FNP….

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 26 mars 2018

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