«Les futures générations de baleines sont menacées»

La Norvège a décidé d’augmenter ses quotas de chasse à la baleine, malgré la mobilisation internationale et la désaffection des consommateurs.

La Norvège, paradis naturel : ses fjords, ses aurores boréales, ses contrées polaires… et sa chasse à la baleine. Le 6 mars, Oslo a annoncé une augmentation des quotas de baleines susceptibles d’être harponnées. Une mesure prise, selon le ministre de la Pêche, Per Sandberg, pour relancer un secteur qui s’essouffle. En soixante-dix ans, les bateaux pratiquant la chasse à la baleine sont passés de 350 à 11. Les professionnels du secteur dénoncent un engorgement des usines de traitement, une hausse du prix du carburant, et des zones de chasse trop éloignées.

Astrid Fox est responsable du département anti-chasse à la baleine de la Whale and Dolphin Conservation Society, une ONG britannique œuvrant à la protection des cétacés. Elle conteste les arguments avancés par la Norvège et revient sur la mobilisation internationale contre la chasse à la baleine.

Quelles sont les réformes prises par la Norvège ?

Le gouvernement a annoncé une augmentation de ses quotas de chasse à la baleine de près de 30%. Les pêcheurs pourront harponner 1 278 baleines, au lieu des 999 de l’année dernière. Dans l’immédiat, cette décision est inutile, car depuis plusieurs années, la Norvège ne parvient pas à atteindre ses quotas. Cette réforme est avant tout politique : le ministère de la Pêche du nouveau gouvernement [élu en septembre 2017, ndlr] veut s’attirer les faveurs de la communauté baleinière et du secteur halieutique, très puissants en Norvège.

Quelles seront les conséquences de cette décision ?

La Norvège affirme que la population de baleines est stable, alors qu’on dispose de très peu d’informations à ce propos et que les chiffres avancés par le gouvernement concernent les baleines en général, et non les sous-espèces. La Commission baleinière internationale (CBI) avait divisé la zone de chasse de la Norvège en cinq petits secteurs tenant compte des cycles de reproduction, mais le gouvernement vient de décider de les réunir pour maximiser les captures et atteindre enfin les quotas. Les futures générations de baleines sont menacées, car de plus en plus de femelles gestantes sont tuées. Cette dernière réforme, couplée aux autres mesures prises par le gouvernement, menace la survie de l’espèce.

Quelles sont ces autres mesures ?

L’Etat subventionne indirectement le secteur, en finançant la recherche et la communication sur les nutriments trouvés dans la viande ou l’huile de baleine. Auparavant, il subventionnait directement les chasseurs de baleines, mais ces aides étaient mal vues par l’opinion publique. Car les Norvégiens sont de plus en plus opposés à la chasse à la baleine, et ne consomment plus sa viande. Le gouvernement vise de nouvelles cibles, les touristes. La viande de baleine est vendue en burgers ou en sushis, dans les festivals ou sur les bateaux de croisière…

Quels sont les autres pays qui pratiquent la chasse à la baleine ?

L’Islande pratique la chasse commerciale, comme la Norvège, mais à plus petite échelle. Le Japon affirme chasser pour des raisons scientifiques, mais il est clair que les centaines de baleines tuées chaque année dans des «missions scientifiques» servent avant tout des intérêts commerciaux. D’ailleurs, en janvier, le Premier ministre japonais a annoncé vouloir reprendre la chasse commerciale.

Quelle est la position de la communauté internationale ?

En dehors de ces trois pays, la majorité des Etats est opposée à la chasse à la baleine. En 1986, la CBI a instauré un moratoire qui a eu un impact positif sur la protection des baleines. Cet engagement distingue la chasse commerciale, interdite, et la chasse scientifique. Mais il n’est pas suffisant, car il ne prévoit pas de sanctions contre les pays qui continuent la chasse ou qui contournent les règles, comme le Japon.

Quels sont les recours internationaux ?

L’Union européenne a timidement recommandé à la Norvège d’interrompre la chasse à la baleine. Les pays européens pourraient prendre des mesures diplomatiques, comme des sanctions commerciales, mais la Norvège est un partenaire économique important, et la pêche est déjà un sujet de tension au sein même de l’Union. Les pays qui chassent la baleine pourraient aussi être poursuivis devant la Cour internationale de justice, mais dans le contexte actuel de guerres et de tensions diplomatiques, la chasse à la baleine apparaît comme un sujet secondaire.

Photo : AFP – Olivier Morin
Elena Blum
Article tiré de Libération  le 28 mars 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :