Après les morts de Gaza, Israël tente de se justifier

Critiquée après la sanglante répression d’un rassemblement palestinien de masse vendredi à Gaza, Israël se livre à une bataille des mots et des versions face aux Palestiniens et la scène internationale. 

Dans la région, l’air est connu : après le sang, les pierres et le feu des snipers, vient la guerre des mots et des versions. Le morbide bilan de la répression, vendredi, d’une manifestation de masse ayant rassemblé 30 000 Gazaouis à la frontière avec Israël s’élève désormais à 17 morts, après qu’un Palestinien a succombé à une blessure à l’estomac lundi matin.

D’après le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé comme le reste de l’administration de l’enclave sous blocus par le mouvement islamiste Hamas, 800 participants de la «Marche du retour» ont été blessés par balles depuis vendredi. Des chiffres que l’armée israélienne, qui s’est vantée de savoir «exactement où toutes [ses] balles ont atterri», conteste, même si elle arrive à un comptage équivalent du nombre de tués.

Seulement, pour Tsahal, au moins dix d’entre eux avaient des «passés terroristes», principalement au sein des brigades Al-Qassam, l’aile militaire du Hamas, qui, de son côté, ne revendique que cinq «martyrs»parmi les victimes. Une justification insupportable aux yeux des associations de défense des droits de l’homme, à l’instar de B’Tselem, qui rappellent que les manifestants ne pouvaient causer de réels dégâts à la clôture ultrasécurisée, et que ni les tirs à balles réelles sur des manifestants désarmés, ni les assassinats ciblés ne sont légaux au regard du droit international.

Qu’importe, des deux côtés de la létale barrière, le débat porte désormais sur l’appartenance, ou non, des tués aux factions les plus radicales de Gaza, ainsi que sur les conditions de leur mort. Une vidéo, largement relayée sur les réseaux sociaux, symbolise cette bataille : on y voit un jeune homme de 19 ans, Abdel Fattah Abd al-Nabi, courir dos à la frontière un pneu à la main, abattu d’une balle dans le dos. Tsahal affirme que ce dernier était un membre des brigades Al-Qassam, ce que démentent ses proches. Le Hamas ne l’a pas non plus dénombré parmi ses «shahids». Par ailleurs, Tsahal a annoncé avoir gardé les corps de deux membres du Hamas qui avaient tiré sur ses soldats à la frontière vendredi soir, afin de servir de monnaie d’échange pour obtenir la libération de citoyens israéliens détenus à Gaza. Une pratique critiquée par la Cour suprême israélienne.

Si la société israélienne fait, à de rares exceptions près, bloc derrière ses soldats, (le ministre de la Défense affirmant même qu’ils «méritent une médaille» et le Premier ministre Benyamin Nétanyahou les remerciant d’avoir permis à ses concitoyens de passer une Pâque juive paisible), la communauté internationale a commencé à manifester sa désapprobation. Dimanche soir, le Quai d’Orsay a exprimé «sa plus vive préoccupation» et réaffirmé le «droit des Palestiniens à manifester pacifiquement», alors que l’Etat hébreu présente la mobilisation civile palestinienne, dont le mot d’ordre est le «droit au retour» des réfugiés palestiniens dans les terres qu’ils occupaient avant la guerre d’indépendance d’Israël en 1948, comme un acte «hostile», pilotée par le Hamas.

«Enquête indépendante»

En Israël, quelques voix s’élèvent néanmoins contre la réaction disproportionnée de l’armée. Non d’un point de vue éthique, mais avant tout diplomatique, renforçant l’isolement du pays sur la scène internationale. L’Union européenne et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, ont réclamé une «enquête indépendante» sur les événements, relayée en Israël par le parti de gauche Meretz. Demande bloquée au niveau onusien par les Etats-Unis et sèchement refusée par Nétanyahou, pour qui Tsahal reste «l’armée la plus morale du monde».

Ces derniers jours, le mouvement, qui doit perdurer jusqu’au 15 mai, jour de la «Nakba» (la «Catastrophe») a largement reflué, mais devrait reprendre vendredi, traditionnel jour de prière et de protestations.

Photo : AFP – Mahmud Hams
Guillaume Gendron
Article tiré de Libération  le 2 avril 2018

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