Rwanda – Les armes du génocide retournées à l’expéditeur

L’association Survie appelle la France à reconnaître les livraisons d’armes aux génocidaires rwandais. Elle a mené une action symbolique ce jeudi à Paris.

Au 14, rue Saint-Dominique, devant l’ancien siège du ministère français de la Défense, ce jeudi, un véhicule utilitaire s’arrête. Il porte le logo de La Poste. Un facteur est au volant, casquette et gilet aux couleurs de l’entreprise. De l’arrière du véhicule, il sort une grosse caisse en bois. Sur celle-ci, des drapeaux français et deux inscriptions. L’une à la peinture blanche, « ARMES », l’autre en noir, « DEST : FAR via ZAÏRE ». C’est-à-dire, « destination : Forces armées rwandaises, via le Zaïre », l’ancien nom de la République démocratique du Congo.

Aux gendarmes qui gardent ce qui reste une antenne du ministère, le facteur – en fait Thomas Borrel, militant de l’association anticolonialiste Survie – présente le colis. « C’est une caisse d’armes envoyée par la France au gouvernement génocidaire du Rwanda. Les autres sont bien arrivées à leurs destinataires, mais celle-ci a été réexpédiée à son envoyeur. J’ai un bon de livraison à faire signer », clame-t-il. La caisse ne trouvera pas preneurs, dans ce bâtiment qui porte encore l’enseigne « Hôtel des armées ».

Il y a 24 ans, le 7 avril, débutait le génocide des Tutsi au Rwanda, qui a fait entre 800 000 et un million de victimes. Le but de l’initiative, ce jeudi, était de rappeler la responsabilité de la France et d’interpeller les pouvoirs publics. « Nous attendons du président Emmanuel Macron, pour lequel ce sera samedi le premier 7 avril au pouvoir, qu’il s’exprime sur la responsabilité de la France à l’époque. Cela libèrerait la parole », explique François Graner, de l’association Survie, convaincu que « non pas la France, mais des responsables civils et militaires français ont soutenu un régime génocidaire ». Pour le militant, le soutien à celui-ci a été politique, diplomatique et militaire.

Les militants de Survie ont réédité l’opération devant le siège du PS

« On peut parler de complicité de génocide, explique-t-il. Car il y a eu soutien actif, en connaissance de cause, et qui a eu effet sur le crime ».L’association a déposé une plainte, qui porte sur les envois d’armes au gouvernement rwandais, via le Zaïre. Celle-ci est examinée au Pôle spécialisé dans la lutte contre les génocides et les crimes de guerre au Tribunal de grande instance de Paris. Elle s’appuie notamment sur le témoignage de Guillaume Ancel, ex-officier en poste au Rwanda en 1994, mais aussi sur les dires de responsables politiques de l’époque. En avril 2014, Hubert Védrine, secrétaire général de l’Élysée au moment des faits, avait reconnu devant la commission Défense de l’Assemblée nationale que des livraisons d’armes avaient bien eu lieu après le début des massacres.

Après cette expédition infructueuse devant le ministère de la Défense, les militants de Survie ont réédité l’opération devant le siège du Parti socialiste, dont le congrès se tiendra le 7 avril. « Il serait bon que le nouveau premier secrétaire prenne ses distances avec François Mitterrand », président de la République à l’époque du génocide, a lancé Thomas Borrel au moyen d’une sono face au bâtiment de la rue de Solferino, qui semble déjà déserté. « Il y a un devoir d’inventaire pour le PS ».

Photo  : AFP – Bertrand Guay
Gaël De Santis
Article tiré de l’Humanité  le 5 avril 2018

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