NDDL – 2 500 policiers mobilisés pour un « tri sélectif » chez 250 occupants

Tôt ce lundi matin, 2 500 gendarmes mobiles se sont déployés à coups de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour opérer un « tri sélectif » parmi les occupants de la « zone à défendre » à Notre-Dame-des-Landes. Sur Europe1, Gérard Collomb a tenté de  justifier cette attaque affirmant ne pouvoir dire « combien de temps va durer cette opération ». Selon le ministre de l’Intérieur, l’une des missions de la police est aussi de détruire une quarantaine d’édifices.

On s’y attendait depuis le début du week-end alors que les forces de police étaient arrivées à proximité de la « zone à défendre » de Note-Dame-des-Landes. Avant même la levée du jour ce lundi matin, 2 500 gendarmes mobiles ont commencé à bombarder 250 « zadistes » de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes. Les hommes en armes étaient ainsi dix fois plus nombreux que les hommes et les femmes installés de longue date sur le site  où ils sont nombreux à avoir développé une activité économique. Selon Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, « il s’agit de mettre fin à la zone de non droit ». Il a indiqué que « les occupants illégaux avaient été invités à partir d’eux-mêmes », avant la fin de la trêve hivernale fixée au 31 mars.

Mais qui décide et de quelle manière ce que sont les « occupants  illégaux» ? En renonçant finalement à cet aéroport,  le gouvernement a préservé du béton 1 600 hectares de terres agricoles dans un pays ou l’on consomme chaque année entre 60 000 et 70 000 hectares parmi les plus fertiles du pays. La conclusion logique du renoncement à cet aéroport par le gouvernement aurait du trouver sa  traduction dans l’examen des projets économiques des occupants de la ZAD. A partir des activités déjà créées sur le site, il était possible de promouvoir une agriculture de proximité à quelques kilomètres du bassin de consommation que constitue l’agglomération nantaise.

Le 18 janvier dernier, de nombreux occupants avaient demandé au gouvernement de permettre aux occupants du site de poursuivre leurs activités tandis d’autres pouvaient être créées. Mais, curieusement, dans un pays où nous avons un  ministère de la Transition écologique et solidaire, un ministère de la Cohésion des territoires, sans oublier le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, aucun de ces trois ministères ne semble avoir obtenu le feu vert  du Chef de l’Etat et du Premier ministre pour négocier un projet qui pouvait relever de l’économie sociale et solidaire sur les terres préservées par l’abandon d’un projet d’aéroport vieux d’un demi-siècle.

La volonté de punir l’a emporté chez le gouvernement

Près de trente mois après l’adoption du texte de la Cop21 à Paris visant à freiner le réchauffement climatique, un projet bien calibré à Notre-Dame-des-Landes pour alimenter les citadins en produits alimentaires de proximité  pouvait avoir valeur d’exemple afin de promouvoir les circuits courts, ce qui revient à réduire le bilan carbone de notre assiette. Du côté du gouvernement, la volonté de punir les occupants de la ZAD  l’a emporté sur la possibilité  de promouvoir une agriculture de proximité. Il a considéré qu’il fallait faire un  « tri sélectif » parmi  les 250 occupants de la ZAD avant de négocier avec quelques uns dès lors que les profils individuels, plus que les projets,  seraient compatibles avec les attentes du gouvernement.

C’est ce que confirmait, dès hier et de manière implicite, le Premier ministre dans un entretien  accordé au Parisien Dimanche. Alors que le journal lui demandait des informations sur  l’imminente opération d’évacuation par la police, Edouard  Philippe donnait les précisions suivantes :

« Dès l’annonce de la décision du gouvernement à  propos de Notre-Dame-des-Landes, j’ai dit qu’à la fin de la trêve hivernale, les occupants illégaux de parcelles devraient les avoirs libérées. Les terrains doivent retrouver leur vocation agricole. Les occupants illégaux qui avaient un projet agricole – puisque la vocation de ces terres doit être agricole-  ont été invités à se manifester, à s’insérer dans  les procédures normales. Ceux qui se placent dans ce cadre auront leur place dans le respect des procédures légales. Tous ceux qui ne s’inscrivent pas dans le cadre de la  légalité devront quitter les terrains rapidement ».

Edouard Philippe joue sur les mots, ce qui permet de mentir par omission. Du fait que ces terres agricoles soient devenues propriété de l’Etat par un  rachat sans transaction négociée en vue de construire l’aéroport, tous les occupants, paysans compris, étaient devenus des illégaux en restant sur les exploitations. Voilà pourquoi l’opération de ce lundi matin relève d’une volonté de « tri sélectif » visant à punir les occupants que le gouvernement entend désigner individuellement comme des gens à expulser avant de discuter avec les autres.

Ce matin, l’ancien Premier ministre Manuel Valls a été le premier à saluer l’opération de police en déclarant sur RTL : « On n’a pas d’autre choix ,vu la topographie du terrain, que de mettre le paquet».

Photo AFP/Loïc Venance
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 9 avril 2018

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