L’article à lire pour comprendre les blocages dans les universités

Depuis plusieurs semaines, des étudiants bloquent l’accès à certaines universités, partout en France. Ils protestent contre les nouvelles modalités d’accès à l’enseignement supérieur.

Ils sont en colère et en grève. La prochaine journée de mobilisation des étudiants est prévue mardi 10 avril. La coordination nationale étudiante (CNE) a appelé à continuer les rassemblements dans les facs. Depuis plusieurs semaines, les étudiants manifestent contre les nouvelles modalités d’accès à l’université. Mais que dit la nouvelle loi ? Jusqu’à quand ces blocages vont-ils durer ? Franceinfo répond aux principales questions que vous vous posez sur le sujet.

Pourquoi des étudiants font-ils grève ?

Les étudiants qui manifestent leur mécontentement s’opposent à la sélection à l’entrée à l’université, imposée selon eux par les récentes réformes. Par leurs blocages, ils pointent du doigt la loi présentée par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, relative à l’Orientation et à la réussite des étudiants (ORE), qui modifie pour la rentrée de septembre 2018 les conditions d’accès aux études supérieures.

Si le gouvernement entend par là tourner la page du tirage au sort (et du système APB) et lutter contre l’échec en licence, ses détracteurs dénoncent une sélection déguisée. Mélanie Luce, du bureau national de l’Union nationale des étudiants de France (Unef), dénonce une « mise en concurrence » entre les étudiants.

Que dit la loi ORE, au juste ?

Adoptée le 8 mars et publiée au Journal officiel le 9 mars, la loi prévoit dans les filières en tension, c’est-à-dire « quand il y aura plus de demandes que de places » comme l’explique L’Etudiant, qu’une commission des vœux examine « les acquis de la formation antérieure » de l’étudiant, ainsi que « ses compétences », avant de l’accepter ou de le refuser.

« Désormais, les établissements pourront examiner le profil des futurs bacheliers, en s’appuyant sur les dossiers qu’ils déposeront sur la nouvelle plateforme Parcoursup, et vérifier leur adéquation avec les ‘attendus’ de chaque licence, c’est-à-dire les compétences jugées nécessaires pour y réussir », résume Le Monde.

Quelles sont les facs en grève ?

Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, neuf sites universitaires étaient bloqués, lundi 9 avril, sur les 400 que compte le territoire. Quatre universités sont complètement bloquées. Il s’agit des établissements Jean-Jaurès à Toulouse, Paul-Valéry à Montpellier, Paris 1 (Tolbiac) et Paris 8. D’autres facs connaissent également des blocages à Bordeaux, Nancy…

Depuis quand ces étudiants manifestent-ils ?

Le mouvement a été lancé à la mi-février à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Mais jusqu’à fin mars, la contestation n’avait que peu mobilisé. L’étincelle a été le violent incident de la nuit du 22 au 23 mars à la faculté de droit de Montpellier : l’expulsion, par des hommes cagoulés et armés de bâtons, d’étudiants et de militants qui occupaient un amphithéâtre.

Cet épisode a suscité « une véritable émotion », relève Hugo Melchior, doctorant en histoire politique contemporaine et ancien militant. Depuis, le nombre de participants aux assemblées générales organisées dans les amphithéâtres a nettement augmenté et les blocages ont gagné jusqu’à une dizaine de sites.

Les étudiants protestataires sont-ils tout seuls ?

Non, certains professeurs ont décidé de soutenir leurs élèves en se joignant à la contestation. Leur méthode ? Ils boycottent la nouvelle plateforme Parcoursup. Le syndicat Snesup-FSU a ainsi invité ses sympathisants à « ne pas constituer les commissions destinées à classer les dossiers issus des inscriptions dans la plateforme Parcoursup » et à « dire oui à toutes et tous les titulaires du baccalauréat ».

A l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne, les enseignants ont déjà mis en place ces directives. Les maîtres de conférence en géographie ont par exemple tout simplement décidé de ne pas traiter les demandes des élèves de terminale afin de ne pas les trier. Ils renvoient le dossier à la présidence de l’université. En licence d’administration économique et sociale (AES), les professeurs « classent les étudiants premiers ex aequo », explique à franceinfo Annliese Nef, maître de conférence qui soutient ce boycott. « Le gouvernement nous demande de faire le sale boulot pour lui, en triant nous-mêmes les étudiants », déplore Sophie Jallais, maître de conférence.

Ils sont plus de 400 à signer une tribune, publiée mardi par franceinfo, pour dénoncer ce qu’il qualifie de « sélection hypocrite » et äbsurde » pour l’accès à l’université.

Quelle est l’attitude du gouvernement ?

Pour défendre sa loi, le gouvernement met en avant « le dialogue et l’écoute »que permet son nouveau texte. Le 7 février, lors de la présentation du projet devant le Sénat, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal dénonçait « le recours au tirage au sort et les difficultés de toute sorte que les lycéens et leurs familles ont rencontrées avec Admission Post-Bac ». « J’ai tenu à ce que Parcoursup devienne le lieu d’un dialogue, où un candidat exprime son intérêt pour des établissements et pour des formations, que ceux-ci lui répondent et puissent faire une proposition adaptée à son projet et à sa motivation », ajoutait-elle.

Depuis la montée des tensions, le gouvernement met l’accent sur les violences. « Tant qu’on est sur le débat et la discussion argumentée contre le projet de loi, c’est normal. On est à l’université, le débat doit avoir lieu. C’est quand il y a des violences que les choses doivent être prises en compte et deviennent inacceptables », a ainsi déclaré Frédérique Vidal, mercredi 4 avril sur France 2.

« Il y a dans ces blocages d’amphis, parfois de sites universitaires, beaucoup de violences », a ajouté Edouard Philippe sur France Inter, le 5 avril. « Il y a une très forte mainmise d’une partie étudiante, parfois d’ailleurs pas étudiante, de l’extrême gauche sur le début de ces mouvements avec une forme de violence », a-t-il poursuivi.

Les examens auront-ils quand même lieu ?

En cette période de partiels, beaucoup s’interrogent sur la tenue des épreuves dans les universités bloquées. Les examens auront bien lieu, a assuré à franceinfo jeudi 5 avril Frédérique Vidal. « Je suis en contact avec les présidents d’université tous les jours, qui me disent qu’il n’y a pas de problèmes pour l’organisation des examens et que bien sûr ils les organiseront dans les sites qui sont les plus bloqués. Les examens peuvent parfaitement se faire dans les locaux du campus voisin qui, lui, n’est pas bloqué », a-t-elle déclaré. Autre solution : à Montpellier, où toutes les salles étaient bloquées, les étudiants doivent passer leurs épreuves en ligne.

Jusqu’à quand les blocages vont-ils durer ?

Le mouvement n’est pas près de se terminer. « L’Unef a appelé à amplifier le mouvement contre la loi, tandis que l’Union des étudiants communistes, qui salue de ‘véritables démonstrations de force’, appelle les étudiants à ‘ne pas laisser briser leur mouvement' », rapporte LCI.

Les dates des prochaines mobilisations sont d’ores et déjà annoncées. La coordination nationale étudiante (CNE) a appelé à une nouvelle mobilisation mardi 10 avril, « afin d’ancrer durablement la grève sur un maximum de campus », selon un communiqué transmis par un organisateur de la CNE. La coordination appelle également les étudiants à manifester le 14 avril « en lien avec la grève des cheminots » et à se « joindre à la journée nationale de grève du 19 avril ». Une nouvelle assemblée de la CNE doit avoir lieu les 21 et 22 avril pour préparer la suite du mouvement.

J’ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

Montpellier, Paris, Toulouse… Depuis quelques semaines, des étudiants bloquent leurs universités dans plusieurs villes de France. Ils manifestent leur colère contre la loi de Frédérique Vidal sur l’Orientation et la réussite des étudiants, promulguée le 8 mars dernier.

Si le gouvernement défend un texte qui favorise « le dialogue » entre les établissements et les étudiants, ces derniers dénoncent une sélection déguisée à l’entrée dans les études supérieures. La loi ORE prévoit en effet qu’une commission des vœux examine le dossier que l’étudiant dépose sur la plateforme Parcoursup avant de l’accepter ou de le refuser quand la filière qu’il demande n’a pas assez de place pour tout le monde. Soutenus par certains professeurs, les étudiants ont prévu de continuer les blocages encore quelques semaines.

Photo MAXPPP
Camille Adaoust
Article tiré de Franceinfo  le 11 avril 2018

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