Marseille – Ils font classe dans la rue contre l’école de la rue

Classe improvisée mercredi sur le parvis de la bibliothèque Alcazar à Marseille pour dénoncer une académie hors-la-loi. 200 jeunes migrants de moins de 16 ans ne sont pas scolarisés.

Il est 15 heures, et sous une pluie battante, jeunes migrants, professeurs de français langue étrangère (FLE) et militants en soutien aux migrants déploient les pupitres et les chaises embarqués par le camion d’Emmaüs sur le parvis de l’Alcazar. En deux temps trois mouvements, une classe pas banale fait face au tableau noir, en pleine rue, devant des passants intrigués. Les militants de Resf 13, Al Manba, Sud Education 13, le CNT-SO, la SGEN-CFDT Paca, la FSU 13 et de L’école au présent posent ainsi la question de l’avenir de ces jeunes, à qui le droit à l’éducation est refusé.

« Jusqu’à 16 ans l’école est obligatoire » rappelle une enseignante à son jeune public attentif en écrivant les mots à la craie sur le tableau. Or, depuis octobre, près de 200 jeunes migrants sont sans solution de scolarisation à Marseille. « C’est le nombre de dossiers de jeunes évalués en attente à l’Inspection académique et qui devaient être contactés pour être placés dans un établissement scolaire, présente Christine, membre du Resf, mais il n’y a pas de places disponibles ». La direction académique a « timidement » réagi en ouvrant en urgence des classes en lycées professionnels pour les plus de 16 ans pour 3 mois avec des recrutements de vacataires, pas forcément formés en FLE et qui ont pour mission d’orienter ces jeunes. « 40 gamins sont ainsi pris en charge seulement 10 heures par semaine, précise l’enseignante, et pour les moins de 16 ans il n’y aura pas d’ouverture de classe avant septembre ».

Les droits bafoués

Avec moins de trois mois pour apprendre les fondamentaux dans le meilleur des cas, ces vacataires sont chargés d’une mission aux frontières du possible. Après « le combat pour le respect du droit à la mise à l’abri qui n’est toujours pas terminé, c’est maintenant le droit à l’éducation qui n’est pas respecté. Nous interpellons donc l’Inspection académique qui est hors-la-loi », rappelle un associatif.

En juin dernier, le tribunal administratif de Marseille a enjoint la présidente du conseil départemental, Martine Vassal (LR) de fournir un hébergement dans les 48 heures, sous peine d’une astreinte de 150 euros par jour à un Bengladais de 15 ans qui dormait depuis des semaines dans la rue. Le juge considérant qu’en ne prenant pas dans un délai raisonnable les mesures nécessaires, le département des Bouches-du-Rhône a porté « une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ».

Et en décembre dernier, c’est encore sous la pression des citoyens et suite à l’occupation de l’église Saint-Ferréol que le Département a ouvert un centre d’hébergement à Pressensé pour y mettre à l’abri une soixantaine de mineurs.

L’Inspection académique prévoit l’ouverture de deux classes supplémentaires à Marseille en collège, mais pas avant la rentrée prochaine. Alors que l’urgence frappe à la porte, c’est un temps précieux dans le long et difficile parcours de ces jeunes vers une « intégration réussie » comme le veut l’intitulé du projet de loi sur l’immigration. Loi à laquelle s’opposent également, juristes et citoyens qui manifestent sur le Vieux-Port ce samedi à 11 heures pour en dénoncer les sinistres et dangereux contours.

Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise  le 13 avril 2018

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