Cuba – Après dix ans de présidence, quel bilan pour Raul Castro ?

Raul Castro, frère de Fidel, va laisser la tête de l’Etat cubain à son vice-président Miguel Diaz-Canel, après une décennie de pouvoir. Il ne quittera pas complètement la scène, puisqu’il conserve son poste de secrétaire général du Parti communiste cubain jusqu’au prochain congrès prévu en 2021. Quel bilan les Cubains dressent-ils de ses années de gestion ?

C’est une page historique qui se tourne cette semaine à Cuba. « La fin du règne de la famille Castro », comme certains aiment à le dire. L’heure de faire un bilan non seulement de la gestion de Raul durant les dix dernières années, mais également de la révolution cubaine, qui fêtera ses 60 ans en 2019.

« Raul a été dans la continuité du legs laissé par Fidel Castro. Il a déterminé des stratégies qu’il faut mettre en place sur des périodes de cinq ou dix ans, voire même pour certaines réformes économiques à l’horizon 2030. C’est certainement le plus grand apport de sa présidence », estime Nuria Barbosa Casa, journaliste au sein du groupe Granma, considéré comme l’organe de presse du PC.

Des réformes qui ne sont pas du goût de tous. C’est le cas notamment de Manuel Cuesta Morua, figure de la dissidence cubaine. « Ces réformes n’ont pas été suffisantes, dit-il. Si on utilise son langage, il s’agit de réformes de la petite bourgeoisie qui ne satisfont pas la majorité des gens. Ils ont par exemple pris des mesures pour les micro-entrepreneurs, un secteur qu’ils ont créé. »

« La situation du pays est encore pire »

Manuel Cuesta Morua regrette les « impôts confiscatoires » imposés par le pouvoir, qui ont selon lui « empêché ce secteur des micro-entrepreneurs de se développer économiquement de peur que cela n’engendre une classe moyenne basse ou haute, mais solide et dans l’ensemble du pays ».

Et d’expliquer que les castristes « ne permettent pas aux Cubains qui ont démontré une bonne capacité de gestion de leur économie privée d’investir dans d’autres projets ou de développer encore plus leur propre affaire. Cela a été un gros paquet de réformes qui est resté en suspens et qui n’a pas permis de structurer l’économie avec un marché interne et une certaine rationalité. »

Ce sentiment est très présent dans la société cubaine. Cette dernière estime que Raul Castro aurait pu en faire beaucoup plus. C’est ce qu’explique Pablo Morales Machado, sans-emploi qui, comme beaucoup de ses compatriotes, se débrouille comme il peut. « Raul Castro était présenté comme un bon gestionnaire et cela n’a pas été le cas. La situation du pays est encore pire », accuse-t-il.

« Pas un changement de processus »

« Raul Castro aurait pu être le grand réformateur, estime Pablo Morales Machado. Mais à cause de la peur, de son conservatisme ou parce qu’il n’avait pas les capacités et aussi parce qu’il avait en face de lui des gens qui faisaient preuve de résistance, il n’a pas pu réaliser tout ce qu’il aurait dû faire. On le découvrira avec le temps. »

Raul n’est pas Fidel et il ne restera certainement pas dans les cœurs des Cubains comme c’est le cas pour son frère. « Ce qu’il a vraiment fait, c’est gagner du temps afin qu’ils s’organisent et qu’ils préparent un changement générationnel sans conséquence et sans être désigné responsable pour tous les crimes contre l’humanité qu’ils ont commis », conclut Pablo Morales Machado.

Mais son départ du pouvoir ne remet pas en cause non plus la révolution non plus. Comme l’explique Nuria Barbosa Casa, « il va y avoir un changement de nom, un changement d’homme, mais pas un changement de processus ». Il faut dire que les Cubains sont préparés depuis déjà un certain temps à cette évolution.

« La révolution va continuer »

« Depuis plusieurs années, relate Nuria Barbosa Casa, on annonce que ce changement va s’opérer, que la génération historique de la révolution, celle qui était dans la Sierra Maestra, ne sera plus aux manettes pour poursuivre le processus historique que vit Cuba. Je pense que nous, les Cubains, sommes prêts. Comme je le dis toujours, nous sommes tous la révolution, tous les Cubains, et en tant que processus historique, la révolution va continuer. »

Pour le dissident Manuel Cuesta Morua, si la génération historique de la révolution avait une certaine légitimité, ce n’est pas le cas de celle qui va prendre désormais les rênes du pays. « Avec Fidel Castro, rappelle-t-il, nous avions ce gouvernement un peu patriarcal, du bon grand-père que l’on craignait mais que l’on respectait toujours et à qui on ne reprochait jamais rien. »

Et de conclure que « la génération qui arrive ne bénéficie pas de ce soutien ». Le successeur de Raul Castro est prévenu : l’erreur ne sera pas permise car l’urgence est de mise pour que Cuba retrouve un semblant de stabilité économique. Un thème sur lequel il est attendu au tournant par ses compatriotes.

Photo : REUTERS – Sven Creutzmann
Romain Lemaresquier
Article tiré de RFI le 19 avril 2018

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