Gaël Henry (Unef Aix-Marseille-Université) – « Il n’y aura pas d’essoufflement de notre mouvement »

Le gouvernement pensait en avoir fini avec la sélection à l’université, mais les blocages et mobilisations se poursuivent dans les universités. A Aix-en-Provence, comme à Marseille, les étudiants ont continué d’occuper les campus, et préparé activement la journée d’action du 19 avril.  Gaël Henry, représentant de l’Unef à Aix-Marseille-Université nous explique pourquoi.

Où en est la mobilisation sur le campus de la faculté des sciences de Marseille ?

Nous avons décidé en assemblée générale de passer à l’occupation du grand bâtiment de la fac Saint-Charles, après avoir évacué le grand amphi. C’est une façon de toucher davantage d’étudiants, ainsi que les personnels administratifs. Nous disposons de davantage d’espace, avec quatre amphis, dont deux qui nous sont totalement ouverts. Un espace de vie s’est improvisé sur le campus, nous rendant plus visible. Les cours ont été en partie annulés ou transférés sur le site de Luminy, où nous tiendrons des réunions d’information.

Lundi nous avons vu arriver de nouvelles têtes en assemblée générale, ce qui nous a permis de relancer le débat, développer nos arguments sur les modalités d’entrée à l’université, mais aussi sur ce qui va changer avec la suppression des rattrapages et la fin des compensations. Nous abordons aussi des revendications plus locales, comme mettre fin au contrôle d’identité à l’entrée de la faculté Saint-Charles. Ce qui correspond à notre vision de ce que doit être l’université, ouverte à tous.

Comment s’organise une telle mobilisation ?

Cela fait plusieurs mois que le comité de mobilisation de Saint-Charles et l’Unef font le tour des amphis. Pour s’adresser aux étudiants, nous avons beaucoup tourné avec ce que l’on appelle « des boutons de veste ». L’idée étant de se rapprocher des étudiants pour leur parler, car beaucoup ont une faible connaissance des réformes, ou ont entendu parler des mouvements qu’à travers la télévision. Ce travail de proximité nous permet de démontrer en quoi la loi orientation et réussite des étudiants (ORE) portée par la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal ne permettra pas de mettre fin au problème des filières en tension et au manque de places. Cette réforme apparaît comme une usine à gaz destinée à institutionnaliser la sélection, mais aussi une vaste entreprise de démolition du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ce que nous proposons, c’est d’augmenter de 2 milliards par an sur 10 ans le budget des universités. Ce serait suffisant pour accueillir de nouveaux étudiants dans des facultés rénovées. D’ailleurs, une partie du bâtiment 5 de Saint-Charles a dû être grillagé, pour éviter que des morceaux de plâtre ne tombent sur la tête des étudiants.

En quoi selon vous la réforme a introduit davantage d’inégalités dans le parcours des futurs étudiants ?

ParcourSup a complexifié les procédures d’inscription à l’université. Il y a tout un processus à respecter pour le lycéen qui n’a plus que 10 vœux non hiérarchisables et doit rédiger une lettre de motivation, ce qui peut s’avérer un exercice très compliqué. Quand aux enseignants-chercheurs, ils se retrouvent à éplucher des milliers de dossiers. Beaucoup de profs se sentent humiliés parce que leur boulot n’est pas de se transformer en chasseurs de tête. Ce qui nous a le plus heurté, c’est que les élèves ne sont pas sûr d’avoir leur place à l’université. La loi Vidal va permettre pour la première fois de toucher aux droits d’inscription. C’est déjà le cas à Nice, où les frais en Master plafonnent à 4 000 euros. On sait que la ministre avait prévu d’augmenter les fais d’inscription. C’est désormais chose faite. Tout comme a été mis fin au régime spécifique de la Sécurité sociale étudiante. 2 millions de dossiers vont passer dans le régime général, sans que l’on sache vraiment comment.

Les réformes actuelles sont la suite logique des processus engagés depuis de longues années, notamment le processus de Bologne dont l’objectif était de mettre en place un système européen d’harmonisation, d’évaluation et de comparaison des établissements d’enseignement supérieur en Europe, ce qui préparait aussi l’ouverture à la concurrence et à la marchandisation de l’enseignement supérieur. L’ouverture du marché de la connaissance a été accompagnée par la suite par la loi relative aux libertés et responsabilité des universités (LRU). Une autonomie renforcée qui a permis la construction sur Aix de bâtiments en partenariat public privé (PPP). Soit trente années de loyer à payer à Eiffage de la poche de l’université.

Comment réagissez-vous aux violences policières et à l’inflexibilité du gouvernement ?

Le gouvernement a décidé de ne pas négocier et d’y aller avec la matraque. Ce qui a beaucoup choqué les étudiants, c’est ce qui s’est passé à Montpellier, avec l’attaque par des militants fascistes. Rien ne s’est passé et le gouvernement n’a pas pris la mesure des événements. Heureusement que par la suite le doyen a été démis de ses fonctions. Cette grande violence va dans le même sens de ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes. Ce qui fait peur à ce gouvernement c’est qu’il y a une convergence des luttes entre cheminots, postiers… et étudiants. Il n’y aura pas d’essoufflement de notre mouvement. Des facs sont toujours bloquées et nous préparons activement la journée nationale d’action du 19 avril. A travers une intersyndicale qui rassemblera professeurs, personnels et étudiants, c’est toute l’éducation, de la maternelle au supérieur qui va se rassembler devant l’université, avant de rejoindre le Vieux-Port. L’éducation c’est aussi le service public et ce sont toutes les valeurs de solidarité et d’ouverture à tous qu’il nous faut défendre. C’est comme la SNCF, ce n’est pas parce que l’on va rouler sur des lignes privatisées que les trains arriveront à l’heure. C’est cette logique qui consiste à faire de l’éducation un marché, une logique néo-libérale qu’il nous faudra démonter. Un marché de l’éducation où les étudiants seront auto-entrepreneurs de leur réussite. Nous savons que nous vivrons moins bien que nos parents. Nous ne sommes pas juste en colère, nous essayons d’apporter simplement une alternative. Bien des murs de résignation sont tombés. ça va être dur, mais on sait que l’on arrivera à faire trembler Macron.

Photo CW
Propos recueillis par Catherine Walgenwitz
Article tiré de la Marseillaise . le 19 avril 2018

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