Manif à Marseille – «Maintenant il n’y a que le rapport de force qui compte»

Dans la ville des Bouches-des-Rhône, ils étaient 5 700 personnes à défiler, selon le comptage de l’agence indépendante Occurrence, à laquelle se sont associés de nombreux médias dont «Libération». 

Les cheminots, qui viennent de plier leurs AG en gare, déboulent en cortège sur la Canebière. Le soleil tape fort, de quoi donner le sourire à la foule déjà fournie qui attend le départ de la manifestation. Après une initiative pionnière samedi, où près de 6 000 personnes – 60 000 selon les syndicats – avaient défilé dans les rues de la ville, Marseille a voulu répondre ce jeudi à l’appel national interprofessionnel d’une quinzaine d’organismes politiques, syndicaux et associatifs contre la politique du gouvernement. Même banderole en tête de proue que samedi – «Le gouvernement-Medef veulent tout détruire. Arrêtons-les!» –, même casting pour la porter : les représentants locaux de la CGT, de la FSU et de SUD, ainsi que le secrétaire départemental du Parti communiste et Jean-Luc Mélenchon pour les insoumis.

L’arrivée de ce dernier provoque la traditionnelle cohue médiatique. «On est dans un processus où la radicalité du comportement du Président a évidemment aidé au rapprochement de tout le monde», a-t-il relevé avant le départ du cortège, dont les cheminots marseillais ont pris la tête. L’un d’eux tente en vain d’interpeller le leader insoumis. «Monsieur Mélenchon, faites-nous entendre, ils n’écoutent rien !» lance-t-il, noyé par les micros qui, justement, s’intéressent au dialogue de sourds entre l’Etat et les grévistes de la SNCF. «On en a connu d’autres qui faisaient les marioles comme ça, commente Mélenchon. Juppé aussi, il était droit dans ses bottes, il a bien fallu qu’il les enlève. C’est pas une bonne façon de dire aux gens je vais vous marcher dessus, je vais vous broyer. Un Président ne devrait pas parler comme ça.»

 

L’intransigeance du Président, c’est aussi ce qui énerve, à quelques mètres de là, Bernard Cargiolo, secrétaire général CGT de la RTM, la régie des transports marseillais. Ses troupes n’étaient pas en grève le 22 mars, mais cette fois-ci, c’est trop. «On est à 40% de grévistes aujourd’hui, soutient-il. Et ce n’est que le début. On veut être dans la stratégie de convergence face à l’entêtement de ce président.» Du haut de ses trente-six ans de militance syndicale, Bernard Cargiolo l’assure : «Je n’ai jamais vu ça, même en 1995 ! Et pourtant, j’ai vu défiler des présidents de toutes les couleurs ! Cette arrogance, cette agressivité… En général, les patrons et les politiques essaient toujours de négocier, de trouver une issue. Là, son attitude pousse à la radicalisation du mouvement. Alors on ne lâchera rien.»

«Si ce n’est pas dans la rue, ce sera avec le bulletin de vote»

Juste devant, les postiers du département n’ont pas l’intention de quitter le pavé. Depuis le 4 avril, plusieurs bureaux du département sont en grève pour dénoncer des réorganisations locales. Aujourd’hui, c’est pour défendre le service public que Karim Bouzana, secrétaire général CGT, a motivé ses troupes. «Il faut que le peuple se fasse entendre, martèle-t-il. Ce président revendique sa légitimité par rapport aux élections, mais il n’y a que 20% des gens qui ont voté pour lui. Son mépris pour les autres 80% provoque de la colère et à un moment, ça se paiera. Si ce n’est pas dans la rue, ce sera avec le bulletin de vote. Et je vous garantis qu’à ce moment-là, on sera là pour rappeler aux gens son attitude…»

Retraités, étudiants, défenseurs des zadistes, dockers, enseignants… De nouveaux mécontents ont rejoint les excédés d’hier. Ce jeudi, le secteur de l’énergie, notamment, est venu en force pour manifester. Nicolas Casoni, syndicaliste CGT de la centrale à charbon de Gardanne, a carrément «la haine». «Maintenant, y a que le rapport de force qui compte, s’énerve-t-il. Ça passe par les manifs et le blocage de l’économie sous toutes les formes possibles. Ils ne sont pas dans la discussion, alors on ne va pas discuter avec un mur. Quand on a un mur en face, soit on le contourne – mais ce mur-là a l’air assez grand – soit on le fracasse !» Le cortège arrive en fanfare sur la place Castellane, où Olivier Mateu, le secrétaire départemental de la CGT, annonce un succès de mobilisation avec 65 000 personnes à son compteur. Celui effectué par l’agence Occurrence comptabilise, lui, 5 700 personnes à Marseille.

Photo : AFP – Bertrand Langlois
Stéphanie Harounyan
Article tiré de Libération  le 19 avril 2018

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