TRIBUNE – « Nous sommes engagés dans une spirale tragique » : le cri de colère d’un député LREM contre la réforme de l’asile et de l’immigration

« Injustifié », « prématuré », « inefficace »… Dans une tribune publiée sur franceinfo, le député LREM Jean-Michel Clément explique pourquoi il votera contre le projet de loi porté par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

« Le projet de loi dont nous débattons actuellement est-il justifié ? Non, à n’en pas douter. » Jean-Michel Clément, ancien député PS et désormais député LREM, fait partie des élus de la majorité en opposition frontale avec la réforme de l’asile et de l’immigration. Un texte porté par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, et actuellement examiné à l’Assemblée nationale. Dans une tribune publiée sur franceinfo, vendredi 20 avril, Jean-Michel Clément explique pourquoi il votera contre ce projet de loi. Il s’exprime ici librement.


Alors que le projet de loi était initialement baptisé « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif », l’expression « intégration réussie » s’est, au terme des premiers débats parlementaires, invitée dans l’intitulé de la loi.

Cette nouvelle formulation résume l’idée que l’on se fait du phénomène migratoire :

– la France serait « submergée » par une vague migratoire ;

– la France accueillerait mal ceux qui cherchent chez nous une protection ;

– la France intégrerait mal ceux qui recherchent cet ailleurs protecteur.

Nombre d’avis vont dans ce sens, comme celui, éclairé, du Conseil d’Etat qui remet en cause l’opportunité d’un nouveau texte, alors que le dernier remonte à moins de… deux ans ! Un temps bien trop court pour en mesurer les effets, les bons comme les mauvais.

« Une absence de stratégie publique éclairée »

Le rapport d’évaluation, que j’ai rédigé avec mon collègue Guillaume Larrivé (LR), a été présenté le jour même où le nouveau projet de loi était examiné en Conseil des ministres ! Interrogeons-nous, à cette occasion, sur la considération accordée au travail parlementaire… Au caractère prématuré s’ajoute « une absence de stratégie publique éclairée par l’exacte mesure des défis à relever », constate le Conseil d’Etat dans son avis.

Tout cela fait de ce texte un problème de police, alors qu’il s’agit d’un problème de société pour Jacques Attali, mais aussi d’humanité ou d’inhumanité pour Etienne Pinte, président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Pour Louis Gallois, président de la Fédération des acteurs de la solidarité, c’est un texte inutile et inefficace, qui risque, en plus, aux yeux de Benjamin Stora, président du conseil d’orientation du Musée national de l’histoire de l’immigration, de stigmatiser des personnes d’origine étrangère installées en France depuis longtemps !

Contrairement à une idée trop répandue, la France n’est pas « submergée » ; le solde migratoire est le même depuis 1975. Ceux qui frappent à notre porte sont vingt fois moins nombreux qu’au Liban, dix fois moins qu’en Allemagne. Notre pays de 67 millions d’habitants pourrait parfaitement prendre sa part et l’assumer, si nous le décidions ; et si nous décidions d’allouer « le budget du non-accueil » à un traitement digne des personnes arrivant sur notre sol.

Parce que, oui, nous accueillons mal ! Notre problème réside dans la mauvaise prise en charge de l’accueil initial, ce dont le texte de loi ne parle pas. C’est une lacune. Jean-Michel Clément, député LREM

Nous allons continuer de transformer de très nombreux exilés en des personnes instables, insécurisées sur le plan juridique. Beaucoup, non expulsables, resteront trop longtemps avec des droits incomplets, sans possibilité de travailler, ni de se loger ou d’apprendre le français. Cette clandestinité nourrira les simplismes et les amalgames inhumains.

Au-delà de l’accueil dont ne traite pas ce texte, nous réduisons les droits des demandeurs d’asile en raccourcissant les délais dont ils disposent pour solliciter une protection et en écartant le caractère suspensif du recours devant la Cour nationale du droit d’asile. Sans parler du placement en centre de rétention administrative 90 jours durant, pour des individus dont nous ne sommes pas sûrs d’obtenir le laisser-passer consulaire nécessaire à leur renvoi dans leur pays d’origine. Ils resteront enfermés dans des conditions de promiscuité comparables à celles des maisons d’arrêt surpeuplées.

Alors que ces hommes et ces femmes – pire, parfois avec enfants – n’ont commis aucune infraction ou délit pénal ! Quel est alors le sens de cet enfermement ? Nous permet-il seulement d’éviter les regards blessés ? – Jean-Michel Clément, député LREM à franceinfo

Intégrer, nous ne savons pas le faire non plus. Les non-nationaux en France sont inférieurs à ceux d’Espagne, d’Allemagne ou d’Angleterre… Et le nombre de naturalisations a baissé en 2017. Il faut également dire la vérité sur ce sujet.

La vérité est que nous sommes engagés dans une spirale tragique.

Qu’est-ce que la France d’aujourd’hui ? Est-elle toujours fidèle à la tradition d’accueil qui a fait son histoire et son honneur ?

Photo MAXPPP
Article tiré de Franceinfo . le 20 avril 2018

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