Cinéma – « 7 minuti » de Michele Placido

Italie, France, Suisse : 2016
Titre original : –
Réalisation : Michele Placido
Scénario : Toni Trupia, Michele Placido, Stefano Massini d’après la pièce de Stefano Massini
Interprètes : Ottavia Piccolo, Anne Consigny, Clémence Poésy
Distribution : Kanibal Films Distribution
Durée : 1h28
Genre : Drame
Date de sortie : 9 mai 2018

3/5

Une carrière de comédien commencée en 1972, une carrière de réalisateur commencée en 1990 : à 72 ans, Michele Placido est un des plus grands noms du cinéma italien. 7 minuti est son 13ème film de fiction en tant que réalisateur. On notera que ce qu’il raconte est inspiré de ce qui s’est passé dans l’usine Lejaby d’Yssingeaux en 2012.

Synopsis : Italie, de nos jours. L’avenir d’une usine de textile en faillite dépend désormais d’un grand groupe, Rochette&Co. Les nouveaux investisseurs posent certaines conditions afin de ne pas appliquer un plan de licenciements massifs. Une circulaire demande expressément à toutes les ouvrières de réduire leur pause déjeuner de sept minutes, offertes gracieusement en productivité à l’entreprise. Cette injonction est comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête des employées. Lors de la réunion des déléguées du personnel, dix femmes se mettent en accord pour approuver la circulaire. Cependant, une onzième et dernière représentante expose méthodiquement des arguments contraires. L’issue du vote, qui semblait pliée au départ, s’annonce progressivement incertaine…

Le rachat d’une entreprise

A notre époque, le rachat d’une entreprise en difficulté par une autre est chose banale. Tout aussi commun est le fait que ce rachat est rarement profitable aux employé.e.s de l’entreprise rachetée ! C’est pourquoi le personnel, en grande majorité féminin, de l’entreprise Varazzi, entreprise de textile italienne s’attend au pire lorsque débarque Madame Rochette, la représentante du groupe Rochette&Co, venue poser les conditions pour un éventuel rachat. Ces conditions, c’est à Bianca, la plus âgée des déléguées du personnel, qu’elles vont être soumises par les dirigeants. Ensuite, le choix de les accepter ou de les refuser va revenir à l’ensemble des déléguées du personnel, au nombre de 11. A première vue, ce qui est exigé par Madame Rochette pour garder l’ensemble du personnel apparait comme une broutille à 10 d’entre elles : 7 minutes de pause déjeuner en moins. Mais Bianca ne l’entend pas de cette oreille : pour elle, cette condition est inacceptable et les arguments qu’elle avance vont petit à petit faire vaciller ce qui apparaissait comme des certitudes.

Une histoire de dignité

Difficile de ne pas penser à 12 hommes en colère, le chef d’œuvre de Sidney Lumet, à la vision de ce film. Il est très probable que le dramaturge Stefano Massini avait ce film en tête lorsqu’il a écrit la pièce 7 minuti dont le film est l’adaptation. 7 minutes, c’est ce que la nouvelle direction veut amputer à une pause déjeuner déjà réduite à 15 minutes alors qu’elle était d’une heure 30 ans auparavant, avant d’être progressivement réduite. C’est la dignité des ouvrières qui est directement en jeu dans ces 7 minutes. En effet, accepter ce rabotage, c’est l’espoir pour elle de conserver la dignité d’avoir un travail. Mais c’est aussi, la perte d’une autre forme de dignité : la conservation de droits dont on peut penser qu’ils ont été acquis dans la difficulté. C’est aussi faire cadeau de 900 heures par mois de travail non payé à leurs employeurs. C’est enfin donner un exemple de capitulation à d’autres employeurs qui ne manqueront pas de l’utiliser à leur profit. Ces arguments, ce sont ceux que développe Bianca à l’intention des 10 autres déléguées du personnel. L’occasion de « rencontrer » un échantillon représentatif de la population ouvrière dans l’Italie d’aujourd’hui : une nouvelle embauchée, une victime d’un accident du travail sur son fauteuil roulant, une africaine, une jeune femme originaire d’un pays de l’est, une employée dont le mari est au chômage technique, etc.. Des intérêts souvent divergents que Bianca essaye de réunir vers une réponse commune.

Du côté des employeurs, ce qu’on souhaite c’est bien sûr une réponse positive qui intervienne le plus vite possible : en effet, Madame Rochette a un souci majeur, celui de pouvoir assister le soir même à l’anniversaire de son petit-fils.

Ce film, proche de ce que propose souvent Ken Loach, aurait pu, aurait dû être passionnant de bout en bout. Il est malheureusement partiellement gâché par une première partie trop longue, trop brouillonne et, parfois même, frisant un peu trop l’hystérie. En fait, le film décolle vraiment lorsqu’on arrive aux discussions entre les déléguées du personnel destinées à trancher sur cette histoire des 7 minutes.

Une distribution internationale

C’est une distribution très internationale qu’on retrouve dans 7 minuti. Le rôle de Bianca est magnifiquement interprété par une très grande actrice italienne, Ottavia Piccolo, qu’on n’avait pas vu dans un film de cinéma depuis 2004. Parmi les autres comédiennes italiennes, Violante Placido, fille du réalisateur. Deux comédiennes françaises sont présentes dans le film : Anne Consigny interprète le rôle de Madame Rochette et Clémence Poésy celui d’une ouvrière originaire d’un pays de l’est. C’est la nigérienne Balkissa Maiga qui interprète celui de l’employée africaine et on trouve aussi une comédienne suisse, Sabine Timoteo. Du côté des interprètes masculins, Michele Placido s’est attribué un rôle modeste, celui d’un des membres de la famille Varazzi, la famille qui souhaite vendre son entreprise. Quant à la photographie, on la doit à Arnaldo Catinari, un Directeur de la photographie réputé qui avait déjà travaillé avec Michele Placido et qui a souvent travaillé avec Nanni Moretti.

Conclusion

Il est dommage que 7 minuti soit partiellement gâché par une première partie à la fois trop longue et trop brouillonne. Heureusement, l’intérêt s’intensifie lorsqu’on arrive au  cœur du sujet traité : la discussion entre les 11 déléguées du personnel pour décider si, oui ou non, les conditions du rachat sont acceptables pour elles, ainsi que pour les 300 collègues qui attendent dehors.

Jean-Jacques Corrio

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