Macron – Béni par la finance, maudit par le peuple ?

Un an après son arrivée à l’élysée, Emmanuel Macron n’est déjà plus considéréré comme le président de tous les Français

Il a déboulé dans la vie politique comme une météorite. Emmanuel Macron n’était certes pas un anonyme dans les cercles du pouvoir économique et politique, mais le grand public ne le connaissait pas jusqu’à ce que François Hollande en fasse son ministre de l’économie en avril 2016. Rares sont ceux qui, comme lui, auront décroché pour premier mandat électif celui de président de la République.

Conséquence : l’hôte de l’Élysée ignore tout des campagnes de terrain, de la proximité, en un mot de la vie quotidienne des Français. Sans surprise, ou presque, car si d’aucuns pouvaient penser qu’une fée s’était penché sur son berceau, un an après son arrivé au pouvoir, ses concitoyens le jugent avec une sévérité qui va croissant. Pour preuve, ils sont 78% à estimer que sa politique sur le pouvoir d’achat et la réduction des inégalités va dans le mauvais sens, 72% pensent la même chose sur sa politique de la santé, 70% s’agissant des retraites.

A ces dures réalités sociales vient se greffer dans l’opinion un profond sentiment d’injustice puisque 76% des Français estiment que l’action présidentielle « profite avant tout aux catégories aisées», contre 16% seulement qui pensent qu’elle « profite à l’ensemble des Français », selon l’enquête du Cevipof réalisée par Ipsos-Sopra Steria. Et toutes les études effectuées ces dernières semaines sont de la même tonalité : l’ancien banquier est devenu le président des riches.

Car il est un signe distinctif chez l’hôte de l’Elysée. Il n’est l’héritier de rien d’autre que de sa classe sociale.

Là où ceux qui le précédaient à droite comme à gauche se devaient de défendre une culture politique, une mémoire, une histoire, lui ne défend que ses contemporains, et parmi eux, les siens, les plus riches. C’est cette liberté qui, faute de justifier son arrogance, l’explique. « Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord », se permet-il quand il s’agit de parler du chômage.

Ses raccourcis saisissants qui confinent à la caricature et au mépris _  alors qu’il n’a pas la moindre idée de ce que peut ressentir une femme ou un homme privé d’emploi et le combat qu’il mène au quotidien _ ne sont pas chez lui, à la différence d’un Sarkozy, des éléments de la bataille idéologique, mais des certitudes dogmatiques. Dans l’esprit du président, un seul monde existe, ou devrait exister : le sien. « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires », se plait-il alors à répéter.

L’illusion d’un « monde nouveau »

Mais la conquête du pouvoir exige aussi une mise en scène. Ici Macron excelle, mais du monde nouveau qu’il a promis il y a un an aux Français qu’en est-il réllement ? La destruction du code du travail, la baisse des APL pour les locataires, l’augmentation de la CSG pour les retraités côtoient la suppression de l’ISF, de l’Exit taxe ou la baisse de l’impôt sur les sociétés pour les plus aisés. Des mesures qui ne peuvent que déclencher la colère et qui expliquent les mouvements sociaux qui se répondent chaque semaines à Paris et en Province.

Pourtant ce bras de fer avec le monde du travail, Macron veut à tout prix le gagner, il en va de sa crédibilité au niveau national mais surtout européen. Emmanuel Macron a des ambitions qui dépassent l’Hexagone, ce n’est pas la filiale qu’il vise mais la maison mère : l’Union Européenne. Comble de l’ironie, même à droite on reproche au président sa brutalité libérale, ainsi Xavier Bertrand, ancien ministre de Sarkozy dénonce-t-il « la tentation thatchérienne » de Macron.

Car au fond c’est bien de cela qu’il s’agit : se débarrasser d’un modèle français jugé trop social, et le faire vite. Lui opposer une société qui fournisse plus de travail mais dans une précarité généralisée pour mieux alimenter les profits. Un an après son arrivée, le mouvement social qu’il assume d’affronter sans détour, l’oblige à mesurer les obstacles à franchir.

Photo : AFP
Frédéric Durand

Article tiré de la Marseillaise  le 7 mai 2018

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