Liban – Une «grande victoire» pour le Hezbollah, un revers pour Saad Hariri

Le Hezbollah chiite et ses alliés auraient remporté un peu plus de la moitié des sièges au Parlement libanais lors des élections législatives de dimanche 6 mai, selon les résultats préliminaires annoncés par la presse. Dans une allocution télévisée, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a salué « une victoire politique et morale de la résistance ». Quant au Premier ministre Saad Hariri, il annonce selon ses propres termes « de lourdes pertes » pour son parti.

Dans le quartier de Zoqaq Al-Blat, dans l’ouest de Beyrouth, l’intervention de Hassan Nasrallah a été accueillie par des pétards par les sympathisants du Hezbollah et de son allié Amal, rapporte notre correspondant à Beyrouth LaureStephan. C’est un classique, à chaque fois que le chef du Parti de Dieu s’exprime. Mais ce lundi, cette célébration marquait aussi la satisfaction de ses partisans, après les bons résultats enregistrés.

Hassan Nasrallah n’a pas donné de chiffres sur les scores du Hezbollah ; il s’est plutôt félicité de la participation élevée dans les régions à majorité chiite dans le pays, contrairement au reste du pays. Cette mobilisation est un revers cinglant, selon lui, pour tous ceux qui pensaient que le parti pouvait être sanctionné au sein de la communauté.

« La Résistance », a-t-il dit, en utilisant le surnom que se donne le Hezbollah, en référence à sa lutte contre Israël, a enregistré, une « grande victoire morale et politique. » Il a aussi appelé à la formation rapide d’un gouvernement. Comme le précédent exécutif, le cabinet devrait rassembler les principales forces politiques du pays.

Les élections législatives libanaises se sont déroulées alors que les tensions ne cessent de croître entre Israël et les Etats-Unis d’une part, et l’Iran d’autre part. L’Iran, dont le Hezbollah est un allié. Dans les rangs des partisans du Hezbollah, on voulait écarter cet après-midi le risque d’une nouvelle guerre au Liban, en estimant que le parti, qui s’est renforcé militairement par son intervention en Syrie aux côtés du régime syrien, a démontré sa force de dissuasion.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri pendant sa conférence de presse, ce lundi 7 mai, au lendemain du scrutin des législatives.REUTERS/Mohamed Azakir

 

« De lourdes pertes » pour le parti de Saad Hariri

Dans le camp sunnite, le Premier ministre, Saad Hariri, a dû reconnaître le net recul de son parti au Parlement, avec la perte d’un tiers des sièges. Mais, en conférence de presse, il a tout de même énuméré les victoires décrochées.

« Dans [les résultats] que nous avons vus, nous sommes en tête au Akkar, à Tripoli, à Beyrouth, à Eklim et Saïda, et même à l’est et au nord de la Bekaa, ce qui donne au Mouvement du futur un gros bloc de 21 députés au Parlement. »

21 députés sur 128 contre 33  dans le précédent Parlement. Saad Hariri a admis que son parti « avait parié sur un meilleur résultat et un bloc plus large ».

Concernant le faible taux de participation – 49,2% – le Premier ministre estime que beaucoup n’ont pas compris la nouvelle loi électorale. Restant la force la plus importante au sein du camp sunnite, Saad Hariri devrait être reconduit au poste de Premier ministre, mais la forte poussée du Hezbollah le met en difficulté.

Le parti chrétien du président Michel Aoun arrivé deuxième, et jusque-là allié du Hezbollah, devrait, quant à lui, jouer un rôle d’arbitre, avec environ 28 sièges.

■ Analyse : le prix à payer pour Saad Hariri

Saad Hariri est affaibli politiquement, mais toujours donné favori à sa propre succession. Il a toutes les chances d’être reconduit dans ses fonctions de chef du gouvernement. Sauf que ce ne sera pas gratuit, selon la chercheuse Aurélie Daher.

Je pense qu’il [Saad Hariri] va devoir payer un prix très cher pour être reconduit. D’abord qu’il surveille son langage […] S’il veut redevenir Premier ministre, il va falloir de nouveau qu’il s’engage à faire baisser le volume des tensions confessionnelles, changer de discours […] éviter les sujets qui fâchent notamment les sujets régionaux.
Aurélie Daher, chercheuse à Paris-Dauphine et Sciences Po Paris
Photo Reuters/Aziz Taher
Article tiré de RFI  le 7 mai 2018
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