Trump, le nucléaire iranien et les barbouzes israéliens

D’après plusieurs médias anglo-saxons, l’administration Trump aurait fait appel à une sulfureuse agence de renseignement israélienne pour ternir les réputations d’anciens conseillers d’Obama impliqués dans l’accord sur le nucléaire iranien.

Ce week-end, l’hebdomadaire britannique The Observer (pendant dominical du Guardian) assurait que l’administration Trump s’était offert les services d’une «agence privée de renseignement israélienne»pour «remuer de la boue» (une campagne de «dirty ops», en VO) afin de salir des conseillers de Barack Obama ayant joué un rôle clé dans la signature de l’accord. Et ainsi, par contamination, saper les arguments pro-JCPOA afin de faciliter la tâche du président américain, qui a passé les deux dernières années à qualifier l’un des accomplissements diplomatiques les plus notables de son prédécesseur de «pire deal de tous les temps».

«Jamais confirmer»

L’officine israélienne à la manœuvre n’est autre que la désormais célèbre firme Black Cube, officiellement spécialisée dans le renseignement économique et composée majoritairement d’anciens officiers du renseignement israélien. Black Cube était passé de l’ombre à la lumière à l’occasion de l’affaire Weinstein fin 2017, quand il fut révélé que le producteur américain en disgrâce avait fait appel aux services de ces vétérans du Mossad pour faire pression sur les actrices s’apprêtant à l’accuser d’agressions sexuelles. Les dirigeants de Black Cube jouissent d’importantes connexions avec l’establishment politique et sécuritaire israélien – l’ex-Premier ministre Ehud Barak avait même benoîtement reconnu avoir été celui qui avait fait le lien entre Weinstein et ces derniers à l’époque.

Dans un communiqué, Black Cube a rappelé lundi sa ligne de conduite, héritée de l’armée israélienne, qui est de ne «jamais confirmer ou nier les spéculations autour de son travail». Mais réfute néanmoins toute«relation» avec l’administration Trump. Selon The Observer, le contact initial entre des membres de l’équipe Trump et des représentants de Black Cube aurait eu lieu quelques jours après la première visite du président américain en Israël, en mai 2017. Lundi, la porte-parole de Donald Trump Sarah Huckabee Sanders a répondu aux reporters n’être «au courant de rien» à ce sujet. Le New York Times, d’une grande prudence sur cette affaire, évoque plutôt la piste d’une compagnie privée ayant pâti de la levée des sanctions commerciales contre l’Iran, notant que rien dans les documents de Black Cube ne pointe vers les assistants de Trump.

«Réparez-le ou supprimez-le»

D’après le journal britannique, dont les révélations ont été étayées par le New Yorker peu après, les principaux diplomates visés par cette opération de dénigrement étaient Ben Rhodes et Colin Kahl. Spécialiste en communication, Rhodes était notamment chargé de «vendre» le JCPOA aux médias américains, comme il s’en était imprudemment vanté dans un portrait paru en 2016 dans le New York Times. De son côté, Kahl, ex-conseiller de l’alors vice-président Joe Biden, s’est érigé en ardent défenseur du deal sur les réseaux sociaux et à la télévision américaine, en faisant une cible prisée des blogueurs trumpistes.

Selon un mode opératoire très semblable à celui de l’affaire Weinstein, les agents de Black Cube – des femmes se présentant sous de fausses identités comme journalistes ou gestionnaires de fortune – ont socialisé avec les proches des cibles, des épouses de ces derniers aux journalistes les ayant utilisés comme sources, tentant de dénicher diverses turpitudes, privées ou professionnelles, de l’adultère à d’éventuelles collusions avec des lobbyistes pro-iraniens.

«Ces allégations sont aussi extraordinaires qu’effroyables, mais elles illustrent à quel point Trump et [le Premier ministre israélien] Nétanyahou ont désespérément tenté, non pas de discréditer l’accord, mais de saper [les réputations de] ceux impliqués», a réagi Jack Straw, chef de la diplomatie britannique sous Tony Blair impliqué dans les prémices des négociations sur le nucléaire iranien. La droite israélienne n’a cessé de combattre l’accord, qu’elle juge catastrophique car trop laxiste, voire naïf. Ces dernières années, l’injonction «réparez-le ou supprimez-le» s’est imposée comme l’un des mantras de Nétanyahou sur la scène internationale.

Photo de garde : Yuri Gripas
Guillaume Gendron 
Article tiré de Libération  le 8 mai 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :