Le Venezuela s’enlise dans la crise économique

Le Venezuela, grand pays pétrolier, miné par la corruption, s’enlise dans une grave crise économique. Il a de plus en plus de mal à exporter son pétrole et souffre d’une pénurie de tout. Les supermarchés, les pharmacies sont vides. L’inflation a explosé, en un an, à 13 779 % (d’avril 2017 à avril 2018). C’est la hausse des prix la plus élevée du monde. Trois questions à Alexandre Delaigue, professeur d’économie à l’Université de Lille.

Comment expliquer l’hyperinflation du Venezuela ?
L’économie du Venezuela est tout simplement en train de s’effondrer. L’inflation est un symptôme et des inflations aussi fortes sont historiquement toujours le symptôme d’une économie qui est en train de s’effondrer. On se rappelle de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale ou plus récemment la situation du Zimbabwe. Le mécanisme est toujours le même : le gouvernement doit faire des dépenses pour payer les fonctionnaires, mais dans le même temps ses recettes s’effondrent. Donc, la seule manière de payer c’est l’émission, la création de monnaie et donc il y a de moins en moins de choses à acheter et de plus en plus de monnaie pour acheter ces choses-là, le résultat c’est évidemment une hyperinflation.

L’économie du Venezuela est simple à comprendre. C’est un pays qui exporte du pétrole et qui doit importer pratiquement tout le reste. Il y a très peu de production domestique autre que le pétrole. C’est la source du problème.

La production pétrolière s’est effondrée parce que l’entreprise a perdu une grande partie de son personnel. Elle a été très mal gérée depuis qu’elle a été mise sous contrôle par le gouvernement vénézuélien. D’autre part, elle a énormément de difficultés à exporter son pétrole en partie à cause des sanctions américaines qui rendent difficile l’accès au système financier international. C’est difficile de se faire payer en dollars pour son pétrole et dans cette situation les recettes du pays et de l’Etat diminuent parce que ce sont des recettes pétrolières et de l’autre côté, il faut acheter absolument tout. Les moindres dollars disponibles servent à acheter les produits de première nécessité et pour le reste, il n’y a rien du tout.

Quelles sont les conséquences de ce marasme économique pour la population ?
Les témoignages que l’on a sont extrêmement inquiétants. D’abord on a des signes à la frontière colombienne en particulier qu’il y a énormément de gens qui quittent le pays. La situation est tellement dramatique que vous avez des dizaines de milliers de personnes qui s’entassent dans des camps de réfugiés en Colombie. Pour ceux qui sont sur place, on est dans un pays où il y a très peu de choses à acheter et donc les gens font la queue pendant parfois des heures, douze heures par exemple, devant des magasins vides, pour n’avoir quasiment rien.

Il y a des tas de stratégies de débrouille qui se mettent en place. Par exemple, le gouvernement permet d’acheter l’électricité à des prix extrêmement bas. Donc, vous avez des gens qui minent du bitcoin, avec cette électricité au prix très faible, qui le revendent pour arriver à obtenir des dollars.

Il y a aussi tout un trafic pétrolier avec la Colombie : des gens achètent de l’essence très peu chère au Venezuela à des prix subventionnés et la revendent en Colombie pour acheter à peu près tout le reste.

La situation est dramatique pour les malades. Les hôpitaux manquent de tout et la mortalité commencer à exploser. Il y a des statistiques qui indiquent que le poids moyen des Vénézuéliens avait diminué de huit kilos.

La corruption est légion dans ce pays d’Amérique du Sud. Le 7 mai, les Etats-Unis ont annoncé des sanctions économiques sur 16 entreprises au Venezuela ?
Il y a en effet une très forte corruption dans ce pays. Lorsque le gouvernement Chavez, puis Maduro s’est mis en place. Dans un premier temps, ils ont voulu prendre le contrôle en particulier de l’entreprise pétrolière PDVSA, Petróleos de Venezuela SA, qui représentait l’essentiel des ressources du pays, mais cette prise de contrôle a abouti à ce qu’une énorme masse d’argent soit disponible et cela a entretenu une corruption qui est très forte et endémique. Par ailleurs, à chaque fois qu’il y a des marchés publics, les entreprises qui bénéficient de ces marchés publics ne les exécutent pas mais encaissent l’argent.

Bref, le niveau de corruption est extrêmement élevé et cela vient s’ajouter aux difficultés du pays. Les gens proches du pouvoir eux s’enrichissent de manière considérable. On a même eu des informations selon lesquelles la fille de l’ancien président Chavez serait la plus riche du pays. Il faut toujours se méfier de ce genre d’informations parce que la situation politique est très tendue et les opposants, bien sûr, essayent de dire le plus de mal possible du gouvernement. Néanmoins, il y a beaucoup d’indices qui montrent que les proches du pouvoir profitent outrageusement de la situation économique du pays.

Photo : REUTERS – Carlos Garcia Rawlins
Ariane Gaffuri
Article tiré de RFI  le 9 mai 2018

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