A Marseille, des étudiants bloquent les examens, les cheminots rappliquent

Pour contourner le blocage du campus Saint-Charles, tenu depuis quarante jours par des étudiants dénonçant la réforme universitaire, les examens avaient été délocalisés sur le site de la Canebière. En vain. 

Les conteneurs à poubelles ont été jetés sur le côté de l’entrée de la fac Canebière, au cœur de Marseille. Tôt ce lundi matin, une centaine d’étudiants venus du campus Saint-Charles, tout près de la gare, les avaient installés devant les portes du site où devaient se tenir, toute la journée, des épreuves de sciences. Les examens avaient été délocalisés ici pour contourner le blocage du campus Saint-Charles, tenu depuis quarante jours par des étudiants dénonçant la réforme universitaire. Pour empêcher la tenue des épreuves, auxquelles devaient participer quelque 700 étudiants, les mobilisés avaient décidé de bloquer l’entrée vers 7h30. Ils ont tenu une heure avant que la police n’intervienne. «Apparemment, y a eu des sommations, mais on ne les a pas entendues», assure Sylvain, l’un des leaders marseillais de la contestation étudiante, la veste déchirée et le cou rougi par la bousculade musclée. «On avait fait une chaîne humaine et ils sont venus nous chercher les uns après les autres, poursuit-il. On a reçu des coups, moi je me suis fait gazer au sol après m’être fait étrangler…»

«Je n’assurerai plus aucune surveillance ni cours pour l’instant !»

Une étudiante intervient : «Ils ont même poussé notre prof de physio qui venait faire passer les exams», s’énerve-t-elle. Le prof en question s’est posté sur le trottoir d’en face, très en colère. «Je confirme, je me suis fait gazer et bousculer, s’emporte-t-il. La doyenne a envoyé un message à 9h37 pour dire que les épreuves étaient annulées. Si elle l’avait fait plus tôt, on aurait évité cette intervention d’une violence inacceptable !» La réaction de trop, selon lui : «Nous, enseignants et personnel de l’université, avions prévenu la direction que si la police intervenait, on entrerait dans le mouvement. Je n’assurerai plus aucune surveillance ni cours pour l’instant !»

A Marseille le lundi 14 mai 2018, des étudiants ont bloqué les examens de la faculté Aix-Marseille-Canebière. Après avoir été délogés par les forces de l'ordre, ils ont reçu le soutien de cheminots et de dockers de la CGT et de Sud. La plupart des étudiants mobilisés venaient de la fac Saint-Charles (photo).

A la fac Saint-Charles, à Marseille le lundi 14 mai 2018. Des étudiants, dont nombre venus de la fac Saint-Charles, ont bloqué les examens de la faculté Aix-Marseille-Canebière. (Photo Patrick Gherdoussi. Divergence)

Le prof s’en va, mais les délogés restaient toujours massés en milieu de matinée devant le site universitaire, face aux forces de l’ordre. Quelques drapeaux CGT volent dans la foule : les cheminots en grève, alertés par les étudiants de l’intervention policière, ont décidé de venir prêter main-forte aux jeunes. «Je viens d’appeler tous les cheminots qui sont en gare pour qu’ils viennent nous rejoindre», annoncent Rémy Hours, le délégué CGT-Rail. Ce n’est pas le seul syndicaliste présent ce matin. Pascal Galeoté, responsable CGT des agents portuaires, a lui aussi mobilisé ses militants pour épauler les étudiants. Ils avaient prévenu, le mois dernier, que si la police intervenait pour déloger les étudiants, eux aussi rejoindraient le mouvement. «Ce matin, on a stoppé le pompage au niveau du bassin pétrolier quelques minutes pour marquer le coup, tempère Pascal Galeoté. On attend de voir ce qui se passe.»

Réunion publique face à la doyenne et au président d’Aix-Marseille

Derrière lui, des applaudissements fusent : un cortège d’environ 150 cheminots est en train d’arriver. Devant les portes, le cordon policier ne bronche pas. Un étudiant s’est assis devant eux, un conteneur en guise de chaise, pour leur jouer de la guitare. Au même moment, une délégation d’étudiants est à l’intérieur du site, reçue par la doyenne. La discussion ne durera pas. «La doyenne nous a expliqué que notre mobilisation était ridicule, assure Sylvain. Ils ne veulent pas dialoguer…»

En fin de matinée, escortés par les cheminots, les troupes étudiantes décident de repartir vers le site de Saint-Charles pour tenir une assemblée générale. Arrivé sur place, à quelques minutes de là, Sylvain annonce la nouvelle : les examens sont également annulés cet après-midi. Parallèlement, l’assemblée générale des personnels de l’université a aussi condamné «fermement», dans un communiqué, l’intervention policière. Après plusieurs heures de discussions, décision est prise de renouveler l’opération de blocage demain sur le site Canebière, où une nouvelle série d’épreuves est prévue. Les étudiants ont aussi voté, en AG, le principe d’une réunion publique face à la doyenne et au président de l’université Aix-Marseille pour débattre de la réforme. Pour l’heure, la direction, qui n’était pas joignable hier, n’a pas répondu à l’invitation.

Photo Patrick Gherdoussi
Stéphanie Harounyan 
Article tiré de Libération  le 14 mai 2018

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