Ils demandent juste un logement et une école « pour avoir un avenir »

Mercredi dernier à Marseille 23 mineurs étrangers étaient priés, sans explication, de quitter l’hôtel où ils étaient mis à l’abri.

A la sortie d’un petit restaurant de Noailles dans le centre de Marseille que l’Addap 13 a choisi pour cantine, Ramzi, Kamel et Tony *, 16 ans, retrouvent des couleurs. S’ils ne sont plus hébergés, ce midi, du moins, ces adolescents auront déjeuné. « Il faut se mettre à notre place, ça fait deux jours qu’on passe sans repas. Après qu’ils nous ont dit de partir de l’hôtel mercredi, on est resté comme ça de 20h30 à minuit devant le commissariat de Noailles et rien. Pareil jeudi. On n’a pas mangé depuis deux jours. Quand on est pas hébergé, on n’a pas droit aux tickets-restaurant. Et on ne peut pas se laver », explique Ramzi, 16 ans. Ils étaient ainsi 23, dont 17 sous Ordonnance de Placement Provisoire (OPP), mis à la porte de l’hôtel Sainte Marie mercredi midi.

Parti de Côte d’Ivoire pour fuir une situation familiale dégradée après avoir perdu sa mère, Ramzi a traversé le Burkina, le Niger, la Libye puis la Méditerranée à bord d’un Zodiac bondé pour atteindre l’Italie 4 mois plus tard. « Mais il y avait le problème de la langue, j’ai continué en France ». Arrivé à Marseille il y a deux semaines avec une OPP, il est placé à l’hôtel par la direction des maisons d’enfance et de famille (DIMEF). Tony, le jeune malien au parcours similaire et également sous OPP a été transféré des Hautes-Alpes sur Marseille il y a dix jours. Quant à Kamel, depuis 5 mois qu’il est à Marseille, il désespère d’être scolarisé. « J’ai passé le test Casenav qui donne le niveau scolaire, j’ai une affectation au Lycée Colbert mais les vaccins ne sont toujours pas faits. Ils font traîner et l’Académie n’a pas ouvert assez de classes. »

Et d’une voix commune ils exposent leur projet. « C’est tout ce qu’on demande. Un logement et une école. Pour avoir un avenir. Sans ça comment on peut s’en sortir dans la vie ? » S’ils ont dû affronter l’enfer pour arriver jusqu’à nos rives, aujourd’hui, ils ne comprennent plus. « Après tout ce qu’on a supporté sur la route, après des jours à dormir dans la rue, on était enfin à l’abri. On devait entrer dans un parcours d’apprentissage et d’un coup le gérant de l’hôtel nous dit qu’il faut qu’on prenne nos affaires et qu’on parte. ».

Tony décrit la soirée qui a suivi ce retour à la rue : « On s’est retrouvé dehors, sans savoir quoi faire. Comme la nuit tombait, on est allé au commissariat de Noailles. Ils nous disaient d’aller à l’Addap mais c’est de là qu’on vient. Et les éducateurs disent qu’ils ne peuvent rien pour nous et nous renvoient chez la police. Le premier soir, il y avait une jeune fille de 12 ans qui ne connaissait pas un mot de français dans la même situation que nous, alors on a demandé à la police de l’inscrire en priorité s’il y avait des places ».

« On est fatigué d’être balancé d’un endroit à un autre. On veut avancer »

La loi française fait obligation à l’État de mettre à l’abri tout mineurs isolé. Une mission déléguée au service départemental de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Mais la mise en œuvre de ce droit fondamental est défaillante, faute de budget consacré. Depuis l’été dernier État et Département se renvoient la balle sur cette question alors que la Gare Saint-Charles est devenue un dortoir perpétuel. Le premier se retranche derrière la question des compétences, le second joue l’immobilisme et crie au manque de moyens. En décembre, le Premier ministre s’était déplacé jusqu’à Marseille, et, interpellé par la présidente LR du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, il avait assuré : « L’État viendra en aide aux départements dans l’accueil d’urgence des mineurs isolés ». Le coup de main s’élevant à 132 000 euros alors que les Départements évaluent à 1 million d’euros la prise en charge des mineurs. L’État devait en sus « gérer l’évaluation des mineurs, mettre en place des dispositifs d’accueil et un processus de prise en charge spécifique », avait précisé Edouard Philippe. « Insuffisant », pour la présidente Vassal. D’autant plus que les promesses n’ont toujours pas été suivies d’effets.

Et d’ici lundi peu de chance de trouver un interlocuteur institutionnel pour ces jeunes. Contactés par nos soins, le Département « ne dispose pas d’éléments communicables pour l’heure » et la préfecture des Bouches-du-Rhône continue de décliner : « C’est une compétence du Département. » En attendant ces jeunes dormiraient encore sur des cartons à la gare si la solidarité étudiante n’était passée par là. Jeudi soir, après 23h, c’est jusqu’à la police qui restait impuissante. Les portes de la fac leur étaient alors ouvertes pour éviter qu’ils soient ainsi livrés à la rue et à ses dangers. Ramzi peut souffler : « J’ai peur la nuit dehors, je ne dors pas. On peut se faire voler, agresser. » Et Tony reste amer : « On est fatigué d’être balancés ici et là. On veut avancer. Pourquoi on nous transfert d’un département à l’autre s’il n’y a pas de place pour nous quand on arrive ? », interroge Tony.

l * Les prénoms ont été changés.

Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise le 14 mai 2018

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