ParcourSup(er) inquiétant !

Le 22 mai, les lycéens de Terminale commenceront à recevoir les premières réponses des établissements à leurs candidatures postbac. Une échéance qui génère de vraies angoisses personnelles pour nombre d’élèves et leur famille avec en toile de fond de vraies inquiétudes sur la mise en œuvre de la loi ORE et de sa pièce maîtresse ParcourSup. Autant de raisons pour la FCPE Paris de vous informer et surtout de vous mobiliser !

Le 22 mai, les élèves vont recevoir un mail, avec pour chacun de leur souhait, quatre réponses possibles : « oui », « non » (pour les cursus sélectifs), « oui mais » (l’élève n’est accepté que s’il accepte un module de remise à niveau), ou « en attente ». Les dossiers étant pour la plupart « classés » par notes, les plus brillants recevront dès le 22 mai des propositions d’admission. Il leur faudra alors soit accepter la place, soit la « réserver » en attendant d’autres réponses, soit la « lâcher » pour permettre à d’autres d’en bénéficier. A l’inverse, les jeunes aux dossiers scolaires moins solides, ou qui ont candidaté dans des cursus trop sélectifs, risquent de recevoir, en guise de réponse, une longue et stressante série de « en attente ». Ces verdicts en suspens pourront se transformer en « oui » à mesure que d’autres étudiants mieux classés se désisteront. Mais si le nombre de désistements est insuffisant, un candidat pourra rester « en attente » jusqu’à la rentrée.

La réforme actuelle de l’université se fixe comme objectif de lutter contre les erreurs d’orientation des étudiants. Par la définition de prérequis et l’introduction de la sélection à l’entrée de la première année, il s’agirait de prévenir l’échec des étudiants aux profils scolaires inadaptés et de distribuer a priori au mieux les candidats à l’enseignement supérieur dans une formation faite pour eux.

En fait, ce que le projet de loi sur l’orientation et la réussite des étudiants (ORE) rejoue, c’est l’intolérance quasi historique de notre système d’enseignement supérieur à l’égard des tâtonnements, des bifurcations et des essais dans les parcours d’études des jeunes. Le dispositif Parcoursup — qui devrait d’abord laisser sur le carreau de nombreux lycéens le 22 mai prochain — va ensuite globalement et tragiquement contribuer à renforcer la linéarité des parcours et à entretenir un idéal libéral (et un stress générationnel accru) sur le placement professionnel précoce.

Le gouvernement actuel propose en fait un drôle de scénario à la jeunesse française dans le « bac-3/bac+3 » qu’il est en train de dessiner. La sélection sociale précoce derrière la spécialisation renforcée et l’évaluation scientifique, la concurrence entre établissements et donc entre publics scolaires, et surtout l’injonction faite à chaque jeune de devenir très tôt auto-entrepreneur de sa carrière scolaire et universitaire, en faisant les bons choix, en évitant les errements coupables. Comme si ce nouveau mantra — sorte de nouveau management éducatif visant à conjurer les angoisses de c(l)asse sociale – allait permettre une sécurisation de la jeunesse française… A l’inverse, et les comparaisons internationales sont éclairantes, tout donne pourtant à croire que la tolérance institutionnelle et la valorisation des parcours d’études non linéaires, qui évitent les formes de déterminations trop précoces, favorisent mieux une acquisition de l’autonomie des jeunes, plus progressive, moins anxiogène et donc plus heureuse.

Si la situation est aussi pénible aujourd’hui pour de nombreux parents, acteurs éducatifs et citoyens progressistes attachés à la démocratisation scolaire et à la liberté d’accès à l’enseignement supérieur, c’est parce que l’on (pres)sent les effets d’un rouleau compresseur fait de communication politique, d’intimidation institutionnelle et d’instrumentalisation du désenchantement citoyen.

La loi ORE et sa pièce maîtresse ParcourSup se sont élaborées, comme la plupart des lois ces derniers mois, dans les interstices de la démocratie représentative, c’est-à-dire sans les usagers ni les professionnels du service public de l’enseignement. L’idée, très managériale, qu’il fallait frapper vite et fort au travers d’une loi “courageuse”, avant que la contestation et surtout la “résistance au changement” n’adviennent, a été privilégiée au détriment de procédés plus participatifs, plus respectueux des compétences et des connaissances des professionnels et coéducateurs concernés. Aucune consultation sérieuse sur la pédagogie et les défis de la démocratisation scolaire n’a été mise en œuvre en amont et force est de constater qu’on a sous les yeux une vraie logique de pilotage technocratique et de dévalorisation du débat parlementaire puisque ParcourSup a été mis en œuvre plusieurs mois avant d’avoir été discutée au Parlement !

Ce passage en force laisse déjà un goût amer, renforcé par le sentiment de faiblesse structurelle des contre-pouvoirs, comme cet avis très prudent de la CNIL quant à l’usage des données personnelles dans les fichiers ParcourSup et le choix des critères de sélection.

Dans ce contexte, quid des mobilisations anti-loi ORE ? Ont-elles un avenir, quelles issues possibles ? Peuvent-elles utilement s’agréger, pour exiger et obtenir quoi ? La mobilisation de la FCPE et des parents d’élèves, doit se renforcer pour démontrer et dénoncer le caractère inique de la réforme, aux côtés des lycéens, étudiants et personnels enseignants.

A la FCPE Paris remontent les inquiétudes nombreuses des familles, les premières angoisses des lycéens et finalement la colère d’une grande majorité de la communauté éducative. Ce qui est dénoncé c’est l’attitude d’un gouvernement sourd face à l’expression d’une contre-expertise éclairée, qui piétine leur indignation et maltraite leur mouvement à coups d’interventions policières. Face au pari que fait le gouvernement ­– celui d’une apathie qui finira par emporter toute mobilisation rebelle – nous devons créer et accélérer toutes les solidarités nécessaires pour exiger les infléchissements et mesures indispensables à l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur en France. Des passerelles et actions communes doivent être établies et conduites entre parents, élèves, étudiants, enseignants du secondaire et du supérieur, personnel administratif. Les mondes de l’Education populaire, de l’Ecole et de l’Université doivent être capables de se mettre en mouvement ensemble pour déjouer les ruses des manipulations politiques les plus grossières qui visent à la mise en conformité vis-à-vis d’un certain « modèle » international, à travers la mise en compétition des établissements et des filières, le développement d’un secteur privé de l’enseignement supérieur (à destination des recalés de ParcourSup) et surtout le sous-investissement dans l’enseignement et la recherche.

Nous devons être en mesure, nous parents, de faire entendre notre voix contre un système odieux qui va augmenter la polarisation sociale, le chacun pour soi, le recours au privé pour garantir la meilleure scolarité à ses enfants… Nous devons refuser les algorithmes qui vont pondérer les notes de nos enfants en fonction de leur lycée d’origine et ne leur donneront pas grande chance d’accéder aux filières qui les intéressent. Il est de notre responsabilité de dénoncer le storytelling mensonger du « trouver la bonne place pour les bonnes personnes ». ParcourSup, c’est pour l’instant juste la possibilité pour les institutions d’élite de s’arracher les jeunes qu’elles considèrent comme les meilleurs parce que venus des meilleurs lycées. Car soyons clairs, si vraiment le problème était de ne pas admettre les gens qui n’ont pas le niveau dans une filière, pourquoi limiter la remise à niveau aux seules filières sous tension, pourquoi ne pas instaurer des filières de remédiation pour toutes les filières ? L’absence de volonté politique en ce sens signe bel et bien une vision et une gestion excluantes de l’université.

Pour la FCPE Paris, l’offre de formation universitaire doit s’adapter au nombre de jeunes ayant obtenu le baccalauréat et désirant suivre une formation supérieure à l’université. La mise en place d’un service public d’orientation et d’affectation dans le supérieur doit enfin être mis en place, et digne de ce nom : c’est-à-dire permettre à chaque jeune d’accéder à la filière à laquelle il aspire. Cela implique l’accroissement du nombre de places dans l’enseignement supérieur, et en particulier dans les IUT, afin que les bacheliers issus des filières professionnelles et technologiques puissent aussi y avoir accès, et, plus généralement, dans les filières dites en tension. La sélection ou bien le tirage au sort ne sont en rien la solution à la croissance démographique. Les mesures d’accompagnement des étudiants entrant à l’université doivent aussi être généralisées, notamment pour ceux dont le niveau n’est pas suffisant pour suivre le cursus qu’ils ont choisi.

Pour la FCPE, le budget du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche doit être sensiblement augmenté afin d’améliorer les conditions d’études et d’enseignement à l’université. Il faut programmer sans attendre la construction de locaux supplémentaires, l’augmentation des dotations des bibliothèques, l’augmentation du nombre d’enseignants-chercheurs titulaires de la fonction publique, ainsi que du personnel administratif et technique, lui aussi recruté sous le statut de fonctionnaire d’État. Les diplômes et procédures doivent restés nationaux.

La FCPE Paris, comme de nombreux acteurs mobilisés actuellement, estime qu’il est encore temps, comme en 1968, de déclencher un plan d’urgence pour la rentrée prochaine en créant les places (c’est-à-dire des postes et des mètres carrés) pour affecter un maximum de bacheliers sur leur premier vœu.

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