Salman el Herfi – « La reconnaissance d’un État palestinien est plus qu’urgente »

Après la mort de 58 Gazaouis lundi, tués par l’armée israélienne, entretien avec l’ambassadeur de Palestine en France.

Quel rôle peut jouer la communauté internationale après le massacre de Gaza ?
Salman el Herfi Il y a eu une réaction importante de la communauté internationale, et je l’en remercie. Néanmoins, cette réaction reste insuffisante. Si les mots existent, et ils existent depuis longtemps. Les actions elles restent absentes. En outre, on ne peut pas mettre sur le même plan l’armée régulière d’un Etat possédant l’arme nucléaire et un peuple oppressé et désarmé qui crie son désespoir. Il est insupportable d’entendre les appels au calme à l’endroit des Palestiniens de la part de certaines chancelleries occidentales. La vérité est très simple : les Palestiniens sont depuis 70 ans les victimes d’une agression et non le contraire. Aussi, une mesure de reconnaissance d’un État palestinien est plus qu’urgente à l’heure actuelle. Cela redonnerait espoir à une jeunesse victime jours après jours d’un meurtre de masse perpétré par une armée assoiffée de sang.

Peut-on parler dans le cas du massacre de Gaza de crime de guerre ?
Bien évidemment. Comment nommer autrement une telle action ? Là encore, la communauté internationale doit prendre ses responsabilités. Israël est une création des Nations unies et en est partie prenante. Par conséquent en vertu du droit international, nous demandons au Conseil de sécurité de l’Onu de prendre ses responsabilités vis-à vis d’un de ses états membres qui une fois de plus viole outrageusement ce droit international. Nous demandons aussi au procureur général de la cour pénale internationale (CPI) de prendre ses responsabilités. La protection de la population civile est une prérogative majeure de la CPI. Depuis des décennies, dès lors que les Palestiniens manifestent, il n’y aucune protection internationale pour empêcher les massacres. Le dossier palestinien pourrit sur la table du conseil de sécurité de l’Onu, du conseil des droits de l’Homme et de la cour pénale sans que rien ne soit fait. Enfin, chaque État a ses propres responsabilités dans le drame palestinien et a le droit de prendre position et de peser.

Outre la provocation de Trump inaugurant – la veille de l’anniversaire la Naqba (exode forcé de 700 000 Palestiniens en 1948) – l’ambassade états-unienne à Jérusalem ouest, comment expliquez vous la forte mobilisation des Gazaouis ?
Les racines de cette montée de violence est l’occupation et le sentiment d’injustice qui depuis une centaine d’années pèse dans le cœur de tous les Palestiniens. Depuis 1917 nous souffrons de ce corps étranger que l’Angleterre a implanté sur notre territoire. L’Angleterre n’avait pas le droit de faire cela. Pourtant depuis ce moment-là, le peuple palestinien n’a eu de cesse de respecter le dialogue et le jeu démocratique acceptant même de vivre dans un cinquième de son propre territoire. Mais cette honnêteté n’a jamais reçu de récompenses. Au contraire. Nous nous retrouvons aujourd’hui devant un État criminel, colonisateur, qui rejette tout. La communauté internationale est-elle d’accord aujourd’hui pour cet apartheid. Est-elle d’accord d’accepter le génocide lent que subit un peuple pacifique ? Y a-t-il une permission spéciale donnée à Israël pour utiliser ses armes chimiques et non conventionnelles pour massacre un peuple ? Voici les questions que je me pose…

Stéphane Aubouard
Article tiré de l’Humanité  le 15 mai 2018

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