Une large banderole contre le secret des affaires

Des militants de la CGT ou d’Attac ont organisé mardi matin un happening devant l’Assemblée nationale, dans la dernière ligne droite d’une proposition de loi visant à protéger un peu plus les grandes entreprises de toute interférence extérieure.

Comme souvent avec les militants altermondialistes ou alterjuridiques, l’ambiance est bon enfant. Logistique toujours au cordeau, aussi : mardi, vers 7h30 du matin, ils ont déployé une large banderole sur le pont de la Concorde, qui fait face à l’Assemblée nationale. Point de vue impeccable pour marteler symboliquement que «plus de 550 000 citoyen.ne.s disent stop au secret des affaires» – pointage en cours de la pétition initiée par différents collectifs, «Informer n’est pas un délit» ou «Stop au secret des affaires», où l’on retrouve la patte de journalistes, d’ONG comme Attac ou de syndicats comme la CGT (1). C’est la dernière ligne droite du marathon législatif, la commission mixte paritaire entre l’Assemblée et le Sénat devant se réunir la semaine prochaine pour valider définitivement un texte très controversé.

Après avoir scandé «le secret des affaires ne nous fera pas taire», ou «information bâillonnée, démocratie en danger», la petite troupe se disperse gentiment après une demi-heure de happening. Sous le regard interloqué mais néanmoins débonnaire de la police : «Vous auriez un petit tract à nous donner ?» Il est fourni illico. Le fonctionnaire s’interroge encore : «Et pourquoi la CGT ?» Parce que sa branche ingénieurs et cadres (UGICT) est «très en pointe» sur le sujet, lui répond un porte-parole. Ouf de soulagement du flic : «Ah, ce n’est pas pour les cheminots.» En sus des militants habituels, il y a quelques directeurs de journaux (Edwy Plenel de Mediapart, Laurent Joffrin de Libération) portant leur portion de banderole. Un collègue d’une autre unité policière débarque un poil inquiet, car le palais de l’Elysée n’est pas loin : «On me demande des comptes, il y a des caméras partout ici !» On le rassure, personne ne marchera sur la présidence de la République.

«Procédures bâillons»

Sur le fond de l’affaire et du secret, la commission mixte paritaire devra surtout statuer sur les «procédures bâillons», certaines multinationales ayant tendance à porter plainte contre la Terre entière, contre quiconque – salariés, journalistes, militants et autres lanceurs d’alerte – osant contester leur imperium. Car elles ont le temps et les moyens de recruter des armadas d’avocats pour ne serait-ce qu’intimider leurs contradicteurs.

Soucieux d’y mettre un bémol, les députés avaient glissé un amendement visant d’éventuelles procédures abusives, permettant aux personnes injustement poursuivies d’obtenir des dommages et intérêts portant jusqu’à 20% des sommes – de plus en plus colossales – réclamées par ces grandes entreprises. Bémol biffé d’un trait de plume par les sénateurs, sous couvert d’inconstitutionnalité. De fait, s’agissant de la controverse sur le secret des affaires, le Conseil constitutionnel risque de devoir dire le dernier mot.

(1) Au total, 53 ONG ou associations participent au mouvement.

Photo : AFP – Jacques Demarthon
Renaud Lecadre
Article tiré de Libération  le 15 mai 2018

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