Cinéma – « Bienvenue en Sicile » de Pierfrancesco Diliberto (Pif)

Italie : 2016
Titre original : In guerra per amore
Réalisation : Pif (Pierfrancesco Diliberto)
Scénario : Pif, Michele Astori, Marco Martani
Interprètes : Pif, Andrea Di Stefano, Miriam Leone
Distribution : Saje Distribution
Durée : 1h 39
Genre : Comédie, drame
Date de sortie : 23 mai 2018

4/5

Pif ! Rien à voir, ici, avec le célèbre chien popularisé par le journal l’Humanité. Non, il s’agit de Pierfrancesco Diliberto, animateur de télévision, scénariste, réalisateur, comédien et écrivain italien, très connu dans son pays, beaucoup moins chez nous. Bienvenue en Sicile est son deuxième film et, comme le premier, La mafia tue seulement l’été, sorti en France il y a quelques mois en VOD, la Mafia joue un rôle majeur dans le scénario. Il faut dire que Pif est né à Palerme, il y a 46 ans …

Synopsis : New York, 1943. Arturo rêve d’épouser la belle Flora, déjà promise à un chef de la mafia new-yorkaise. La seule façon d’obtenir sa main est de la demander directement à son père, resté en Sicile. Arturo s’engage alors dans l’armée américaine. Il est loin d’imaginer que l’armée a scellé un pacte avec la mafia pour assurer le débarquement en Italie…

Quand un événement historique participe à une histoire d’amour

Bien avant le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, il y eut un certain nombre d’autres débarquements de troupes alliées en Europe, durant la seconde guerre mondiale. Le plus important fut le débarquement en Sicile, appelé opération Husky et qui eut lieu le 10 juillet 1943. Ce qu’on ne sait pas forcément, c’est que, pour assurer la réussite de ce débarquement, les autorités américaines ont fait alliance avec Cosa nostra, la mafia sicilienne, tant  avec Lucky Luciano aux Etats-Unis qu’avec les parrains locaux enSicile, permettant à l’organisation de se réimplanter dans un territoire qu’elle avait plus ou moins abandonné. C’est cette histoire que Pif a décidé de nous raconter à sa façon, au travers d’une comédie sentimentale venant prendre sa place au milieu de la grande histoire.

Alors que Franklin Delano Roosevelt, en janvier 1943, décide de lancer les troupes alliées sur la Sicile, afin d’ « apporter au monde la prospérité, la démocratie et la liberté », Arturo Giammaresi, immigré sicilien aux Etats-Unis, se désespère de voir la belle Flora, celle qui l’aime et qu’il aime, promise par l’oncle de celle-ci à Carmelo, le fils du bras droit de Lucky Luciano.

Un seul moyen permettant d’éviter cet échec sentimental : que ce soit le père de Flora qui donne lui-même à Arturo la main de sa fille. Seulement voilà : le dit père est, lui, resté en Sicile et il faut donc traverser l’Atlantique pour le rencontrer. Les moyens financiers d’Arturo ne lui permettent pas d’envisager un tel voyage. Aussi, lorsque Arturo apprend par hasard que l’armée américaine recherche des hommes pour une mission spéciale en Sicile, l’hésitation n’est pas de mise. Une fois sur place, la chance le met au contact du lieutenant Philip Catelli, un militaire à la fois vertueux, compréhensif et intuitif.

Le doute disparait

Lorsque, au tout début du film, on voit qu’il est dédié à Ettore Scola, on se dit que de deux choses l’une : soit le réalisateur est un brin prétentieux, soit il a vraiment de belles qualités au point d’être digne de voir son nom accolé à celui d’un des plus grands représentants de ce qu’on a coutume d’appeler la « comédie à l’italienne ».

Cette interrogation, on la garde en tête durant le premier quart d’heure du film, alors que sont présentés en alternance les préparations du débarquement et des représentants de la population de Crisafullo (village imaginaire, le film ayant été tourné à Erice et à Realmonte, à l’ouest de la Sicile), en particulier Saro et Mimmo, un duo inséparable formé d’un aveugle et d’un boiteux. Et puis, petit à petit, le doute disparait et on se laisse gagner par le charme que dégage cette comédie sentimentale et dramatique, avec sa drôlerie souvent acide qui rappelle en effet les grandes heures de la « comédie à l’italienne ». Comme cette réplique du « parrain » du village : « dans ce village, celui qui décide qui vit et qui meurt, c’est moi ». Comme la remarque que font Saro et Mimmo lors de leur procès, accusés d’avoir volé les chaussures d’un soldat américain mort lors du débarquement : « les mafieux condamnés à mort, on les libère. Nous, pour un emprunt de chaussures qui ne peuvent plus servir à celui qui les portait, on nous condamne à mort ! ». Comme cette remarque d’un gradé américain face à un temple grec : « Comment se fait-il qu’il manque le toit ? C’est nous qui l’avons bombardé ? ». A noter que c’est ce que le général Patton aurait vraiment dit en voyant le temple de Ségeste !

Historiquement bien documenté

Le volet historique du film doit beaucoup à un rapport de 6 pages, intitulé « The Problem of the Mafia in Sicily » et remis le 29 octobre 1943 à son gouvernement par le Capitaine W.E. Scotten, vice-consul américain à Palerme. Dans ce rapport, Scotten, qui avait pleine conscience de l’alliance entre les services américains et la Mafia, présentait 3 attitudes possibles dans sa conclusion : une action directe et rapide pour mettre la Mafia sous contrôle ; une trêve négociée avec les chefs de la Mafia ; ne plus faire aucune tentative pour contrôler la Mafia. C’est cet homme qui a inspiré le personnage du lieutenant Philip Catelli.

Pour interpréter ce dernier, il fallait un acteur parfaitement bilingue, italien et anglais, et qui, en plus, soit capable dans son rôle d’en imposer aux autres tout en se montrant très humain dans son comportement. A tous points de vue, le choix d’Andrea Di Stefano est une réussite. A ses côtés, le rôle d’Arturo est interprété par Pif, le réalisateur, qui fait preuve d’une sobriété de bon aloi dans le jeu. C’est Miriam Leone, rencontrée entre autres dans Fais de beaux rêves de Marco Bellochio, qui joue Flora, le grand amour d’Arturo. Quant à Maurizio Bologna et Sergio Vespertino, les comédiens qui interprètent avec justesse les rôles de Saro et Mimmo, difficile, en les voyant, de ne pas penser à la grande figure de Nino Manfredi  tellement leurs rôles de perdants attachants sont proches de ceux souvent joués par Nino ! Quant à la photographie, elle est l’œuvre de Roberto Forza, déjà présent auprès de Pif dans La mafia tue seulement l’été et habituel Directeur de la photographie de Marco Tullio Giordana. 

Conclusion

Les augures ont eu tort : non seulement le cinéma italien est loin d’être mort, mais, de temps en temps, l’esprit de ce qu’on a appelé la comédie à l’italienne il y a plusieurs dizaines d’année arrive à renaître de ses cendres. C’est le cas avec Bienvenue en Sicile, savoureuse comédie douce-amère à la drôlerie souvent acide qui vient se greffer sur un fond historique bien documenté.

Jean-Jacques Corrio

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