Les écueils environnementaux de la loi agriculture et alimentation

Actuellement discuté à l’Assemblée, le projet de loi censé rendre nos systèmes agricole et alimentaire plus durables ne permettra pas de tenir les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, estiment plusieurs associations telles que Greenpeace ou France Nature Environnement. 

L’agriculture représente aujourd’hui 20 % des émissions de gaz à effet de serre en France, notamment du fait de l’utilisation d’engrais, de l’élevage et de la consommation d’énergie. Le secteur agricole est aussi l’un des secteurs les plus exposés aux conséquences des dérèglements climatiques. A l’heure où la France ambitionne de traiter de la transition de nos systèmes agricoles et alimentaire, prendre en compte cette double réalité est un impératif.

Le projet de loi pour «l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable», en cours de discussion à l’Assemblée nationale, ambitionne de permettre à chacune et à chacun d’avoir accès à une alimentation saine, durable et sûre. Durable ? Ce texte est pourtant exempt de toute référence visant à protéger le climat.

Or l’Accord de Paris sur le climat, le Plan climat et la stratégie nationale bas carbone posent les jalons d’objectifs de lutte contre les changements climatiques ambitieux en France. Le gouvernement l’a encore rappelé lors des dernières négociations sur le climat à Bonn au début du mois. La stratégie nationale bas carbone décline des objectifs sectoriels, tels que la division par deux des émissions de gaz à effet de serre issus du secteur agricole d’ici à 2050. Mais quelle volonté de la France à atteindre ces objectifs si ces derniers ne sont pas retranscrits dans les politiques publiques concernées ? C’est le cas du projet de loi agriculture et alimentation.

Premier exemple criant : la fertilisation en azote des sols agricoles. Ce mode de fertilisation compte pour près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre provenant du secteur agricole, puisque cette pratique entraîne en particulier des émissions de protoxyde d’azote (un gaz dont le pouvoir de réchauffement global 298 fois supérieur au CO2) ! Il est crucial de remédier au surplus non-nécessaire épandu en France : celui-ci s’élevait à 30 kg/hectare en 2010, soit 28 % de la fertilisation azotée minérale et organique épandue en France. Pourtant, le projet de loi pour «l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable» ne présente aucune mesure permettant l’atteinte d’une telle optimisation des actions de fertilisation. Il en va de même d’un autre secteur clé, celui de l’élevage industriel dont les émissions de méthane ont un impact majeur à court terme sur le réchauffement de l’atmosphère.

Autre grand absent du projet de loi : l’impact de l’agriculture et de l’alimentation française à l’international, notamment sur le climat. Or la transition ne doit pas se résumer à un débat franco-français : ignorer tant l’impact de l’international sur notre agriculture que l’impact de la France sur les agricultures des pays du Sud et leur environnement, revient à ne considérer qu’une partie du problème. Prenons pour seuls exemples les importations massives de soja d’Amérique latine destinées à l’alimentation animale ou encore d’huile de palme en provenance d’Asie du Sud-Est. Déforestation, appauvrissement des sols, pollutions, etc. Ces monocultures intensives, dont on connaît les impacts sur la faune, la flore, et sur les populations paysannes évincées de leurs terres, doivent être prises en compte dans l’empreinte climat du système agroalimentaire français.

Nous demandons donc à nos députés de ne pas négliger l’enjeu climatique et de mettre en cohérence la loi agriculture et l’alimentation avec les objectifs affichés par le gouvernement en France et à l’international.

Associations signataires : Réseau Action Climat, Agir pour l’Environnement, Alofa Tuvalu, Alternatiba, CCFD-Terre Solidaire, CLER – Réseau pour la Transition Energétique, FNAUT, Fondation pour la Nature et pour l’Homme, France Nature Environnement, FUB, Greenpeace, Hespul, Les Amis de la Terre.

Photo : AFP – Philippe Huguen
Article tiré de Libération  le 22 mai 2018

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