Pourquoi les services publics sont sous le feu des libéraux

La croisade des libéraux contre les fonctionnaires – qui se mobilisent aujourd’hui dans l’unité syndicale – exprime leur rejet d’une société basée sur l’intérêt général et leur volonté de privatiser pour s’accaparer les richesses produites par les services publics.

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, l’entreprise de démolition des services publics passe à la vitesse supérieure. A sa volonté de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires d’ici 2022, s’ajoute une attaque contre les statuts.

Une poignée « d’experts », réunis au sein du Comité action publique 2022, est chargée de la besogne : éteindre les statuts et programmer, dixit le Premier ministre Edouard Philippe, « des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions ».

Le statut dans le viseur
Des services publics ont déjà fait les frais de cette logique financière, à l’instar de la Poste transformée en société anonyme en 2010. Laurent Chabrier, facteur dans le populaire 14e arrondissement de Marseille, totalise plus de 40 jours de grève. « Nous nous opposons à une nouvelle restructuration que je qualifie de non-retour et que nous ne pouvons pas laisser passer : la suppression de 11 tournées dans ces quartiers nord où les gens ont vraiment besoin de leur courrier ». Depuis l’arrêt du recrutement au statut à la fin des années 90, et le recours massif aux contractuels « c’est la catastrophe. Nous, les facteurs sommes les derniers défenseurs du service public parce que nous sommes en contact direct avec les usagers ».

Aujourd’hui, dans la même logique d’ouverture à la concurrence et de privatisation, la remise en cause du statut des cheminots est une nouvelle étape. Elle préfigure ce que prépare le gouvernement pour les quelque 5,7 millions de fonctionnaires, soit 20% de la population active.

Recours accru aux contractuels

Le secrétaire d’État à la Fonction publique, Olivier Dussopt, justifiait le 15 mai le recours accru aux contractuels en ces termes : « Nous souhaitons faciliter le recours aux contractuels non pas pour favoriser une multiplication des contrats courts mais pour permettre aux employeurs publics de recruter de manière plus réactive, plus rapide, plus autonome ». Il nie, volontairement, la spécificité du statut de la fonction publique qui garantit l’adaptabilité aux missions, l’indépendance et la responsabilité du fonctionnaire. « Le statut protège d’abord l’usager; moi, je suis là pour soigner, pas pour faire du fric sur le dos des usagers », témoigne Guillaume Algrin, infirmier à la Conception, un hôpital public marseillais. « L’Agence régionale de la santé ferme les établissements de santé publique et les multinationales s’emparent de notre santé à tous ».

Pour l’ancien ministre communiste de la Fonction publique, Anicet Le Pors, « la conception française du service public et la traduction juridique qu’en donne le statut général des fonctionnaires expriment une logique inacceptable aux yeux d’oligarchies qui s’efforcent de faire ‘ruisseler’ leur idéologie libérale dans la société »*.

De 1946 à 1983 : naissance du service public à la française

Un rapide retour historique s’impose pour mesurer ce qui se joue. Après guerre, alors que le pays est à terre et doit se relever, le choix est fait de répondre aux besoins et de doter les fonctionnaires d’un statut. Maurice Thorez, ministre d’Etat chargé de la fonction publique, fait voter la loi le 19 octobre 1946. Pour le ministre communiste, raconte Anicet Le Pors, c’est « un premier pas vers la ‘libération’ du fonctionnaire enfin considéré comme un homme et non comme un rouage impersonnel de la machine administrative ».

37 ans plus tard, devenu ministre, Anicet Le Pors réussit à unifier le statut via la loi du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations de tous les fonctionnaires. Elle sera complétée par trois autres lois sur la fonction publique d’Etat, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière. Une unité du statut et trois versants : telle est aujourd’hui l’architecture du grand service public qu’Emmanuel Macron veut achever de dépecer. « Le service public, c’est la base de notre société. Il assure l’égalité des citoyens dans l’accès aux droits fondamentaux. Et qui assurent les services publics ? Ce sont les fonctionnaires », développe Cathy Herrmann, professeur des écoles à Marseille.

Le tournant de la rigueur

Les libéraux qui ont précédé Macron ont ouvert la route. 1983 marque un tournant « libéral » et, depuis, les attaques contre le secteur non marchand, n’ont pas cessé. Les financements sont asséchés sous les coups de boutoirs de l’austérité budgétaire qui contraignent les administrations, entreprises et collectivités publiques à emprunter sur les marchés financiers et à s’endetter. Une dette dont se nourrissent les privilégiés. C’est le cas de la SNCF et, autre exemple, de l’Unedic où des milliards sont versés aux banques sur le dos des chômeurs et des salariés. « On assiste à un braquage de l’histoire de notre pays. L’actionnaire mange de plus en plus sur la bête et on nous demande à nous de faire des efforts ! », tempête Guillaume Algrin.

La richesse produite par les services publics est estimée à un peu plus de 20% du PIB. Cela représente plusieurs centaines de milliards. Insupportable et, surtout, très tentant pour ceux qui n’ont que l’accumulation égoïste de l’argent en tête.

*Source : « L’intérêt général » à la casse, Monde diplomatique, 2018.

Françoise Verna
Article tiré de la Marseillaise . le 22 mai 2018

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