Droit à l’avortement – Encore de nombreuses inégalités au niveau mondial

L’accès à l’avortement dans le monde diffère selon le pays. Entre 2000 et 2017, 33 pays ont élargi les circonstances dans lesquelles l’avortement est légalement admis. S’il est toujours interdit dans une vingtaine de pays, il est autorisé sous conditions dans la majorité des autres Etats. Au niveau planétaire, seuls 61 pays l’autorisent sans restriction aucune. Ils seront 62 si l’Irlande vote « oui » au référendum de ce 25 mai. Etat des lieux de la situation.

 Europe : le continent le plus libéral

L’île de Malte, le Vatican et Saint-Marin sont les seuls pays européens à interdire totalement l’IVG. Une Maltaise est passible de 18 mois à trois ans de prison si elle avorte, et il en va de même pour son médecin. D’autres pays l’autorisent, mais sous certaines conditions : risque pour la santé de la femme ou viol, inceste ou grave malformation du fœtus. C’est le cas de la Pologne, de Chypre, d’Andorre et actuellement encore de l’Irlande. En Pologne, le débat est enflammé sur la question de l’avortement entre l’Église et nombre de femmes qui n’ont de cesse de descendre dans les rues en clamant que leur corps leur appartient.

En Croatie, des milliers de personnes ont manifesté la semaine dernière pour réclamer la remise en cause du droit à l’avortement, garanti depuis 1978. Les ultraconservateurs se mobilisent pour l’interdiction totale également en Italie : la loi votée il y a 40 ans prévoit pour les praticiens la possibilité d’évoquer une objection de conscience, le nombre d’objecteurs de conscience avoisine aujourd’hui les 70 % ce qui rend impossible l’avortement dans de nombreuses régions surtout dans le sud du pays.

Au Royaume-Uni, les femmes doivent obtenir l’autorisation de deux médecins pour avoir le droit à une IVG pour raisons médicales ou sociales. Mais l’avortement est illégal dans la province d’Irlande du Nord, même en cas de viol, inceste ou malformation grave du fœtus. Il est autorisé uniquement si la grossesse menace la vie de la mère. Les contrevenantes risquent une peine d’emprisonnement à vie.

Quant aux autres pays, ils autorisent l’IVG. Seul le délai de recours varie selon les Etats : il est fixé à dix semaines au Portugal tandis qu’il est de 24 semaines au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas. Mais majoritairement, il est de douze semaines.

Des partisans du «non» à l’avortement le 24 mai à Dublin, à la veille d’un référendum sur le sujet en Irlande.BARRY CRONIN / AFP

■ Asie : l’IVG mise à mal dans tout le Moyen-Orient

Aucun pays du Moyen-Orient n’a rendu libre et légal l’avortement. Au Liban, en Syrie, en  Irak, en Iran, au Yémen, à Oman et aux Emirats, l’IVG est autorisée uniquement pour sauver la vie de la femme. En Israël, en Jordanie, en Arabie Saoudite et au Qatar, elle est validée uniquement si elle présente des risques pour la santé.

Plus à l’est de l’Asie, le Laos et le Palaos interdisent totalement l’IVG. En Inde, à Taïwan ou encore au Japon, l’IVG est autorisée pour des raisons socio-économiques telles que l’âge, le statut marital, etc. L’avortement est interdit ou autorisé uniquement pour sauver la vie de la femme en Afghanistan, au Bangladesh, en Birmanie, aux Philippines, en Indonésie au Sri-Lanka.

Au Pakistan, en Corée du Sud, en Thaïlande, en Malaisie, en Nouvelle-Zélande, l’IVG est autorisée seulement pour protéger la vie et la santé de la femme. Depuis ce 24 mai, la Cour constitutionnelle sud-coréenne se penche sur un projet d’assouplissement de la loi sur l’IVG. Plus de la moitié de la population du pays serait en faveur d’une nouvelle loi moins restrictive pour les femmes.

Les Etats dans lesquels l’avortement est autorisé sans restriction sont la Chine, le Népal, le Vietnam, Singapour, la Mongolie, le Kazakhstan, le Turkménistan, le Kirghizistan, l’Azerbaïdjan, l’Australie, Singapour et la Corée du Nord.

■ Amériques : le sud à la traîne

En Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada) et à Cuba, l’IVG est autorisée. Aux Etats-Unis cependant, les autorisations varient selon les Etats. Dans l’Iowa l’avortement est interdit dès la sixième semaine de grossesse. Le département de la Santé a lancé le 18 mai un processus réglementaire pour qu’à terme, des subventions ne soient plus allouées aux centres de santé qui ne sépareraient pas physiquement leurs activités de planning familial et d’avortement.

Plus au sud du continent, les conditions d’accès à l’avortement sont restrictives et seul le Guyana l’autorise. Au Nicaragua, au Honduras, au Salvador et en République dominicaine, l’IVG est strictement interdite. Au Salvador 26 femmes sont toujours emprisonnées aujourd’hui. En mars dernier cependant, deux femmes qui purgeaient des peines de 30 ans de prison ont été libérées. Elles avaient été accusées d’avoir avorté, alors qu’en réalité, l’une et l’autre avaient fait une fausse couche, l’une a passé 10 ans derrière les barreaux, l’autre 15 ans.

Au Mexique, l’avortement est autorisé uniquement s’il est consécutif à un viol. Il n’y a que dans la capitale Mexico qu’il est sans restriction. En Haïti et au Guatemala, c’est uniquement en cas de risque vital qu’une femme peut avoir le droit à l’IVG. En Colombie, en Equateur, en Argentine, au Pérou, en Bolivie et en Uruguay, l’avortement est autorisé uniquement s’il présente des risques pour la santé. Au Chili, il était strictement interdit jusqu’en 2017. Il est désormais possible si la vie de la femme est en danger, si elle est victime de viol, et si le fœtus est jugé non viable.

Quant au Brésil, l’IVG est autorisée uniquement en cas de risque vital ou en cas de viol. En novembre dernier, une commission parlementaire a voté en faveur d’un durcissement de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Une annonce qui a provoqué de nombreuses manifestations dans ce pays où, selon Human Rights Watch, environ 250 000 femmes sont admises à l’hôpital chaque année après avoir subi un avortement illégal.

Des membres d’associations féministes défilent à San Salvador pour demander la légalisation de l’avortement, le 15 mai 2013.Jose CABEZAS / AFP

 


♦ Plus d’avortements là où ils sont interdits

Selon l’OMS, quelque 56 millions de femmes avortent chaque année dans le monde. Environ 25,5 millions d’IVG sont non sécurisées et entraînent le décès de 47 000 femmes par an.

Une étude publiée dans The Lancet explique que le taux d’avortements est plus élevé dans les pays où la loi est la plus sévère, soit en Amérique latine. Par ailleurs, ce sont dans les pays où l’accès aux moyens de contraceptions sont les plus faibles que les recours à l’avortement sont les plus nombreux.

Le taux d’avortement annuel le plus élevé pour la période 2010–2014 est celui des Caraïbes, note le Guttmacher Institute, où il est estimé à 59 pour 1 000 femmes en âge de procréer. Vient ensuite l’Amérique du Sud, à 48 pour 1 000. Les taux les plus faibles sont relevés en Amérique du Nord, à 17 pour 1 000, et en Europe de l’Ouest et du Nord, à 16 et 18 pour 1 000, respectivement.

Photo de garde : AFP – Pete Marovich
Anne Bernas
Article tiré de RFI  le 25 mai 2018

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