Processus de paix – Une présidentielle pas comme les autres en Colombie

Environ 36 millions de Colombiens sont appelés aux urnes ce dimanche 27 mai pour le premier tour de l’élection présidentielle. Un scrutin disputé, dans un contexte de forte division, notamment en raison des accords de paix signés en novembre 2016 entre le gouvernement et la guérilla des FARC. Mais un scrutin en temps de paix, une première. Les bureaux de vote sont ouverts entre 8 h et 16 h heure locale.

Qui pour succéder à Juan Manuel Santos, au pouvoir depuis 2010, prix Nobel de la paix en 2016 après l’accord avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ? En tout cas, ce dernier l’assure : après un demi-siècle de conflit, ce seront les élections les plus transparentes et sûres que le pays ait connues.

Selon le chef de l’Etat sortant, grâce aux accords de paix, il n’y aura plus de pression exercée sur les électeurs. L’armée sera déployée pour surveiller les 11 000 centres électoraux dans le pays. Plus de 6 000 hommes surveilleront particulièrement les zones de conflit ; le sud, l’est et le centre-ouest.

Une unité spécialisée a été créée pour recevoir les plaintes pour d’éventuelles irrégularités. Des observateurs internationaux, des indépendants et des représentants de partis politiques et du procureur seront déployés dans les bureaux. Les premières tendances devraient être connues très rapidement.

Un panel de candidats et de programmes tout à fait nouveau

La paix a ouvert le jeu politique, dans ce pays où, depuis un quart de siècle, le pouvoir se joue entre la droite et l’extrême droite. Cette année, les électeurs ont le choix entre la droite dure, la gauche et plusieurs candidatures de poids au centre. Des projets de sociétés vraiment différents, une situation totalement nouvelle.

La Colombie reste très divisée. Malgré plus de 50 ans de guerre, la droite conservatrice et son candidat, Ivan Duque, promettent de revoir les accords signés avec la guérilla marxiste. Des accords qui avaient également conduit le chef des FARC, Rodrigo Londoño Echeverri au prix Nobel de la paix.

Ivan Duque, poulain de l’ex-président Alvaro Uribe, tente de rassembler ses électeurs en rassurant le secteur privé et en brandissant la menace d’un basculement du pays vers un socialisme du XXIe siècle comme le voisin vénézuélien si le candidat de gauche Gustavo Petro devait l’emporter.

Car ce dernier, ancien maire de Bogota, a créé la surprise avec une remontée spectaculaire en quelques mois. La candidature de Gustavo Petro suscite de l’espoir parmi une frange de la population colombienne, lassée par la classe dirigeante conservatrice, qu’elle accuse de corruption et de népotisme.

Les vieilles pratiques politiciennes n’ont pas forcément disparu

Mais il y a d’autres candidats chevronnés, de droite comme German Vargas Lleras, ou du centre comme Sergio Fajardo et le libéral Humberto de la Calle, qui a négocié les accords de paix pour le gouvernement. A noter : un sixième candidat absent des débats, Jorge Antonio Trujillo, pasteur évangélique, ancien sénateur.

Sur les bulletins : une case du vote blanc porté par un mouvement citoyen, et une autre case pour le vote blanc traditionnel, relate notre envoyée spéciale Véronique Gaymard. Mais rien ne dit que l’abstention va diminuer. Historiquement, elle est de 50% aux présidentielles, selon notre correspondante Marie-Eve Detoeuf.

La campagne s’est déroulée dans le calme. Les candidats ont pu organiser des grands rassemblements sur les places du pays sans craindre pour leur vie. Et là, les électeurs peuvent voter tranquillement à peu près partout sur le territoire. Mais attention, cela ne veut pas dire que les vieilles pratiques politiciennes ont disparu.

Les partis qui en ont les moyens – à droite – paient des bus pour emmener et faire voter leurs électeurs ou leur offre un panier-repas. Un déjeuner, c’est beaucoup quand on est pauvre ! La paix ne veut pas dire non plus que le système électoral est sans faille, et M. Petro a appelé ses militants à la vigilance.

Photo : REUTERS – Carlos Garcia Rawlins
Article tiré de RFI  le 27 mai 2018

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