Une « Marée populaire » à l’avenir incertain

L’alliance entre syndicats, associations et politiques pour appeler à manifester contre la politique de Macron demeure fragile.

Les chiffres se suivent sans pour autant se ressembler. Ils étaient 80 000 selon les organisateurs, 21 000 selon le ministère de l’Intérieur, 31 700 selon le cabinet Occurrence pour un collectif de médias, à défiler dans les rues de Paris ce samedi 26 mai. En parallèle, les organisateurs font état de 90 rassemblements partout en France, comptabilisant 250 000 personnes. Alors que Gérard Collomb a estimé que la « Marée populaire » était « finalement assez mince », les signataires de l’appel à manifester ne sont pas du même avis.

Cette mobilisation inédite est le fruit d’accords passés entre plus de 60 groupes politiques, syndicats et associations. Le char violet aux couleurs de la Marée populaire figurait en tête de cortège à Paris, suivi par les syndicats, les associations et pour finir, les partis politiques parmi lesquels la France Insoumise, le Parti communiste français, Génération·s et Diem25 ou encore Lutte ouvrière. « La Marée Populaire continue de déferler… ça déborde partout en France ! », s’est félicité le député insoumis de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière, qui défilait à Paris. Mais derrière cette apparente déferlante, la Marée populaire repose sur de fragiles appuis.

Chacun à sa place

Alors que Jean-Luc Mélenchon rêve de reconstruire un « Front populaire », référence à la coalition de partis, syndicats et associations qui ont porté au pouvoir un gouvernement d’union de la gauche de mai 1936 à avril 1938, les syndicats se font plus que discrets sur la question. « Aujourd’hui nous sommes unis, demain nous verrons », élude Philippe Martinez. Le secrétaire général de la CGT garde en mémoire les derniers appels à manifester lancés par le leader de la France Insoumise, sans qu’on ne l’ait consulté. « À la différence du 5 mai, l’appel a été commun », rappelle Benjamin Amar, responsable de la politique revendicative de la CGT. « Au cours de ces réunions, nous sommes parvenus à construire un cadre pour cette manifestation », mais, prévient-il, « dans la lutte, nous avons besoin d’un relais politique, mais pas question que la politique en devienne la locomotive ».

C’est pourtant dans les wagons de queue qu’ont défilé les nombreuses organisations politiques de gauche. « Il était important que chacun soit à sa place », résume Olivier Besancenot. « La tenue de cette manifestation a demandé une vraie capacité de dialogue et d’écoute entre les différents groupes », indique Fabien Guillaud-Bataille, élu PCF d’Ile-de-France. Une union avec les syndicats que chérissent les politiques.

C’est d’ailleurs sur de solides revendications que s’est structuré le mouvement du 26 mai. Selon l’appel à provoquer une Marée populaire, cosigné par plus de 60 organisations, les causes sont nombreuses : politique d’austérité, destruction des droits des salariés, introduction de la sélection à l’entrée de l’université, casse des services publics, aggravation du sort des sans-emploi, réorganisation aggravant les inégalités en matière d’accès à la justice, réforme fiscale favorable aux plus riches, loi répressive contre les migrants…, pour ne citer qu’elles. « Emmanuel Macron pratique l’impressionnisme régressif. Il s’attaque par petites touches à toutes les strates de la société, à tous les domaines », tacle Sandra Regol, porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts. « Nous sommes unis pour sauvegarder le système français », abonde Bastien Lachaud, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis.

Alors, avec patience, les politiques continuent d’approcher les syndicats pour que l’alliance d’un jour perdure. « On n’y est pas encore mais nous continuons nos efforts pour enraciner cette alliance face à la politique d’Emmanuel Macron », explique Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. Et Ian Brossat, adjoint PCF à la mairie de Paris, de prévenir : « La tentation d’imposer un système hégémonique existe, mais il faut résister, sous peine d’échouer. »

Vers une union de la gauche ?

Ce reproche fait aux politiques dans le cadre du mouvement du 26 mai est partagé par certains d’entre eux. « Quels que soient leurs discours d’aujourd’hui, lorsqu’ils seront au pouvoir, ils gouverneront à leur tour au service des plus riches », tançait Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière dimanche dernier, à l’occasion de la fête annuelle du parti d’extrême gauche. Présent dans le cortège, le parti n’a pourtant pas signé l’appel à manifester. « Nous ne sommes pas, contrairement aux autres partis, des réformistes, nous sommes des révolutionnaires », a rappelé sa porte-parole samedi.

En marge, c’est aussi la question d’une union de la gauche qui se dessine. « Nous n’avons pas d’autre choix que de faire l’unité et de continuer à se rencontrer pour permettre de se fédérer autour du meilleur programme possible : un programme en commun », estime Gérard Filoche, de la Gauche démocratique et sociale. Difficile, pourtant, pour les partis qui composent la gauche, de s’imposer face à la France Insoumise. Alors qu’une querelle de préséance pour les emplacements dans le cortège s’est tenue entre LFI et le PCF ce samedi, ils sont nombreux à reprocher au mouvement de Jean-Luc Mélenchon son absence de consultation pour les précédents rendez-vous. « C’est beau les manifestations quand il n’y a pas de préemption d’un côté ou de l’autre », sourit Fabien Guillaud-Bataille (PCF).

Espérant voir perdurer l’alliance, les politiques font pourtant fi de leurs dissensions. Pour un jour du moins. « Nous avons de nouveau une réunion lundi 28 mai », rappelle Olivier Besancenot. « J’aurais du mal à comprendre qu’après cette réussite, on rentre chacun chez nous sans continuer sur cette lancée », estime pour sa part Bastien Lachaud.

Photo : Michel Soudais
Agathe Metcante
Article tiré de Politis  le 27 mai 2018

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