Colombie – Droite dure et gauche indépendante au second tour

Le candidat de la droite dure est largement en tête du premier tour de la présidentielle, mais, fait historique, la gauche sera présente au second tour. 

Peu à peu, la Colombie est en train de changer. Certes, et comme prévu, c’est le candidat de la droite dure Ivan Duque qui, avec 39,2% des suffrages, est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle colombienne qui se tenait dimanche 27 mai. Mais il devra affronter au second tour du 17 juin, Gustavo Petro, candidat de la gauche indépendante qui, avec son mouvement Colombie humaine, obtient 25,09% et permet, fait historique en Colombie, à la gauche de passer au second tour.

Surtout, et tout juste derrière, en troisième position avec 23,72%, vient le mathématicien Sergio Fajardo avec sa coalition du centre, centre gauche et des verts qui fait une remontée spectaculaire. Et ce sont donc les votes des partisans de cet ancien maire de Medellín et ancien gouverneur de la région d’Antioquia qui décideront sans aucun doute du vainqueur du 17 juin. Mais rien n’est écrit à l’avance.

Campagne inhabituelle pour le centre

Sergio Fajardo, inspiré et soutenu par l’original Antanas Mockus, mathématicien lui aussi, qui fut un des premiers à vouloir dans les années 90 incarner un changement politique, se bat contre la corruption et la classe politique traditionnelle et pour une meilleure éducation. Avec son éternel jean et son grand sourire, il était parti très tôt en campagne, d’une manière inhabituelle, en parcourant le pays, en marchant dans les rues à la rencontre des citoyens, sans jamais organiser de meeting, sans moyen mais avec des milliers de volontaires. Longtemps en tête des sondages, il a déjà refusé une fois l’alliance – et la primaire – que lui proposait Gustavo Petro il y a près de huit mois, ce qui lui a valu une plongée dans les semaines suivantes.

A l’annonce des résultats, du 27 mai, devant ses partisans réunis sous la pluie sur la terrasse d’un centre commercial, il a félicité les vainqueurs du premier tour, a annoncé continuer son combat contre la corruption « le pire mal du pays » mais sans donner de piste sur qui il soutiendrait au second tour. Dans la foule « des volontaires » qui ont soutenu sa campagne, aucun ne souhaitait dimanche soir se prononcer sur le second tour. «  Ca fait mal. Je crois que je ne voterai pas au second tour» a même affirmé un grand gaillard tandis que sa voisine annonçait « sans doute un vote blanc. On va voir ce qu’on nous dit ».

Percée de la gauche indépendante

Du côté de chez Gustavo Petro, la foule réunie dans une salle de spectacle du centre de Bogotá a mis longtemps à croire au succès de leur candidat tant il semblait talonné par Sergio Fajardo. Puis à l’annonce des résultats elle a hurlé «Unité ! Unité Unité». «Je n’arrive pas y croire Je n’arrive pas à y croire. Je pensais que jamais cela n’arriverait jamais» s’est écrié Natalia, une jeune militante, tandis que Luz Agular, Indienne venue de la Guajira esquissait un pas de danse dans sa robe traditionnelle. Jorge affirmait : «C’est historique. Ça donne de l’espoir. C’est un rêve qui commence». Sur la scène, le premier candidat de gauche à réussir à aller aussi loin dans une course présidentielle colombienne a lancé «Nous sommes la force libre de la citoyenneté. Nous avançons. Vous pouvez avoir la certitude que nous allons gagner, que l’histoire de la Colombie peut être changée»avant d’ajouter «maintenant oui, le pluralisme peut être un des axes de la démocratie.»

A l’annonce des résultats, le candidat de la droite dure Ivan Duque, fort de ses plus de 39% a d’abord «remercié Dieu pour être là», puis les dirigeants de son parti le Centre Démocratique pour lui avoir fait confiance et notamment, son fondateur, l’ancien président Alvaro Uribe (2002-2010) aujourd’hui sénateur, qui reste extrêmement populaire malgré les exactions commises pendant son mandat au nom de la lutte antiguérilla. Ivan Duque a ensuite répété qu’il ne souhaitait pas «réduire en miettes» l’accord de paix signé en novembre 2016 par le président sortant et prix Nobel de la Paix Juan Manuel Santos avec l’ex-guérilla des Forces Alternatives Révolutionnaires de Colombie devenue depuis la Force Alternative Révolutionnaire du Commun (Farc), mais tout de même… le réviser.

Regain de participation 

La première élection présidentielle depuis la signature de cet accord historique s’est déroulée dans un calme inédit en Colombie après la fin d’un conflit meurtrier de près d’un demi-siècle. La participation a atteint 53%, presque un record dans un pays ou l’abstention est une habitude. Signe des temps, on a vu l’ancien commandant des Farc, Rodrigo Timochenko, ému, voté pour la première fois à une élection présidentielle. «C’est un nouveau pays, deux candidats (Gustavo Petro et Sergio Fajardo) qui ont fait campagne sans parti et sans argent obtiennent 45% des suffrages» souligne aussi le politologue Ariel Avila. Ces deux candidats parviendront-ils cependant à une alliance comme l’a déjà proposé le candidat de la Colombie humaine ? Ancien guérillero du M-19, ancien sénateur et ancien maire de Bogotá, Gustavo Petro est présenté par ses détracteurs et une grande partie des médias colombiens comme un «populiste de gauche» qui mènerait son pays à la ruine comme le Venezuela et beaucoup de Colombiens, au centre, sont loin d’être prêts à lui donner leurs suffrages. La suite n’est pas encore écrite.

Photo : AFP
Anne Proenza 
Article tiré de Libération  le 28 mai 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :