Quand Parcoursup complique la recherche d’un logement social

Les lycéens et étudiants boursiers ont jusqu’à jeudi pour demander un logement social sur la plateforme en ligne du Crous. Pour le tiers de candidats à Parcoursup qui n’ont pas encore d’affectation, difficile de choisir dans quelle ville faire sa demande.

Nicolas, 19 ans, a attendu le dernier moment pour demander un logement social auprès du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires). Comme tous les lycéens et étudiants boursiers, il a jusqu’à jeudi pour remplir son dossier en ligne. Il faut dire qu’avec sa position sur Parcoursup dans les cursus de cinéma – 588 sur 1 124, 525 sur 567, 248 sur 360 et 936 sur 1 214 – impossible pour lui de savoir où il étudiera à la rentrée. Après avoir interrompu sa première année de licence de droit à Bordeaux pour des «raisons personnelles», il est retourné vivre chez ses parents dans la région. Sur la nouvelle plateforme post-bac, il a formulé quatre vœux pour commencer des études cinématographiques. Lui qui a connu APB l’an dernier ne s’attendait pas à se retrouver sans aucune affectation. «Je peux être sur liste d’attente jusqu’à septembre. Le pire, c’est le temps d’attente. Personnellement, vu que j’ai déjà le bac, je n’ai pas ce stress en plus mais je n’imagine pas les lycéens.»

Incertitude

Si l’un de ses vœux est accepté d’ici-là, il pourra se retrouver à Bordeaux, Rennes, Lyon ou Strasbourg. C’est donc dans ces villes qu’il va déposer sa demande de logement. Avec une chance relative de s’en voir attribuer un, étant boursier échelon 0 bis, le plus bas sur une échelle de 7 (les plus démunis). «Ce sont deux sites complètement indépendants, alors qu’ils devraient fonctionner ensemble, estime Nicolas. On peut se retrouver avec un vœu de fac accepté à un endroit et un vœu de logement accepté à un autre…» Contacté par Libération, le Cnous, qui coordonne l’ensemble des Crous à l’échelle nationale, rappelle que tout n’est pas perdu après fin juin, période à laquelle les candidats à un logement recevront les premières réponses : «Le 3 juillet, la période complémentaire – offres qui restent disponibles à l’issue du tour d’affectation – sera ouverte, permettant à tout étudiant de déposer une demande sur les logements encore disponibles.» «La date limite du 31 mai n’est pas une date où tout s’arrête, s’efforce de rassurer le ministère de l’Enseignement supérieur. On donne cette date pour ne pas trop étaler les demandes. Les demandes peuvent être faites à n’importe quel moment. Si une admission arrive tardivement, la demande est bien entendu traitée comme les autres.» Mais avec quelle chance de succès ?

Léonie, en terminale ES, fait partie des 68% de candidats à Parcoursup à avoir déjà reçu au moins une proposition d’admission, d’après les chiffres du ministre de l’Enseignement supérieur dévoilés ce mardi. Le 24 mai, deux jours après les premiers résultats, la lycéenne de 17 ans a reçu une réponse positive pour la licence d’éco-gestion qu’elle vise, à Lille. Elle a désormais jusqu’à ce mercredi pour accepter la proposition. Problème : elle ne saura pas avant fin juin si le Crous lui a attribué une place en logement social à Lille. L’incertitude est d’autant plus grande qu’elle est, elle aussi, boursière échelon 0 bis. «Sur Parcoursup, ils nous demandent de choisir dans un temps assez court, parce qu’il faut libérer des places pour les autres, ce que je peux le comprendre, mais on doit se décider avant d’avoir les paramètres cruciaux pour faire le bon choix.»C’est pourquoi elle hésite entre accepter sa licence à Lille et rester à Angers, où elle vit actuellement avec ses parents. «Ce serait plus épanouissant pour moi d’aller à Lille, mais après il faut en avoir les moyens.» Le Cnous, qui a reçu 382 098 demandes de logement à la date de mardi, précise que la procédure de demande de logement a été adaptée au nouveau système post-bac : «Cette année, la possibilité a été ouverte aux étudiants de pouvoir modifier leurs vœux de logement jusqu’au 17 juin, de façon à tenir compte de leur changement d’orientation éventuel à la suite des réponses de Parcoursup ou de résultats de concours.»

Roue de secours

Du côté des syndicats lycéens, c’est un dossier qui est complètement sorti des radars. «On est tellement débordé avec Parcoursup qu’on n’a même pas pu appeler les lycéens à ne pas oublier de déposer ce fameux dossier d’aide au logement, comme on le fait traditionnellement», avoue Marouane Majrar, vice-président de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne. Il pointe du doigt les dommages collatéraux liés aux «vœux de secours», ces propositions faites sur Parcoursup aux candidats qui n’ont essuyé que des refus. «Des lycéens qui n’envisageaient pas de déménager cette année, qui avaient prévu de rester au domicile parental, se sont retrouvés avec des vœux qui n’étaient pas dans leur secteur. Une lycéenne pro s’est par exemple vue proposer une « roue de secours », or ce vœu était à Bordeaux. Elle est donc obligée de remplir son dossier Crous en urgence, alors qu’elle prévoyait de rester vivre chez ses parents.»

Photo : AFP -Denis Charlet
Timothée de Rauglaudre
Article tiré de Libération  le 29 mai 2018

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