Espagne – Mariano Rajoy proche de la porte de sortie

En l’espace d’une semaine, le Premier ministre espagnol est tombé de Charybde en Scylla. Il est en passe d’être renversé par une motion de censure qui doit porter le socialiste Pedro Sanchez au pouvoir.

Sur les réseaux sociaux circule de façon virale une drôle d’image satirique. Sur une tombe de marbre, on peut lire cette épitaphe : «Partido Popular. Décédé en Espagne. Le 1er juin 2018. Après une longue maladie démocratique». La mort du Parti populaire (PP), ce grand parti de la droite conservatrice espagnole qui règne en maître, avec le Parti socialiste, depuis la fin du franquisme et qui est aux manettes depuis décembre 2011 ? C’est sûrement aller bien vite en besogne. Ce qui est beaucoup plus probable, en revanche, c’est le crépuscule imminent du gouvernement de son leader, Mariano Rajoy. En l’espace d’une semaine, celui qui incarnait un des exécutifs les moins mouvementés d’Europe est tombé de Charybde en Scylla. D’un grand sourire triomphant à une mine déconfite. Premier acte : malgré un gouvernement en minorité, Rajoy a pu «boucler» le budget annuel lui permettant a priori de terminer sa législature jusqu’à 2020. Deuxième acte : le verdict fracassant du tribunal de l’Audience nationale qualifiant sa formation de «système de corruption généralisé» et condamnant 27 anciens dirigeants à une centaine d’années de prison.

Motion de censure

Fort de cette terrible nouvelle pour les conservateurs, le leader socialiste Pedro Sánchez a déposé une motion de censure, qui au départ paraissait indolore, mais qui pourrait bien être fatale à Mariano Rajoy. C’est ce qui ressort des premières longues heures, intenses et véhémentes, au cours desquelles cette motion a été discutée au sein de la chambre des députés, les Cortes, à Madrid. Avec seulement 82 sièges, la partie semblait très difficile pour les socialistes qui, en 2016, avaient déjà tenté en vain de renverser le gouvernement Rajoy : pour que la chute du leader conservateur ait lieu, il faut que Pedro Sánchez obtienne au total l’assentiment d’au moins 176 députés. Cette gageure pourrait bien se décanter, car une flopée de petites et moyennes formations nationalistes ou régionalistes semblent être prêtes à faire tomber Mariano Rajoy. Outre les séparatistes catalans, se sont ralliés à la cause les nationalistes basques modérés du PNV, acteur clé de cette motion de censure.

Sombre présage

Jusqu’alors, le leader du PP avait beau jeu de se présenter, en Espagne ou en Europe, comme un pilier de stabilité. Et de se poser comme un garant de «la récupération économique du pays». Une Espagne que, selon ses dires, il aurait sauvée d’«un naufrage financier» lors de ses deux premières années de mandat, jusqu’à 2013. C’est d’ailleurs la menace qu’il a lancée à Pedro Sánchez et au leader des libéraux de Ciudadanos, Albert Rivera, favori dans les sondages : si vous faites tomber mon gouvernement, alors le risque est grand que l’Espagne entre de nouveau, comme l’Italie, dans une ère de tourmente économique et financière. Les augures semblent tourner en sa défaveur. Comme un sombre présage, la secrétaire générale du parti Populaire, María de Cospedal, a averti que Mariano Rajoy ne démissionnerait pas de la présidence du parti. Comme si, déjà, elle savait que la présence de son chef à la tête du pays risque fort de ne plus durer bien longtemps.

Photo : AFP – Juan Carlos Hidalgo
François Musseau
Article tiré de Libération  le 31 mai 2018

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