Les migrations, une chance pour l’Afrique

Le rapport annuel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) sur l’essor économique du continent publié ce jeudi pointe l’impact économique positif des migrations. Et met en valeur le rôle des migrations intra-africaines.

C’est un rapport qui va peut-être ramener un peu de rationalité (économique) dans un débat migratoire crispé sur des considérations identitaires voire sécuritaires. La Cnuced publie ce jeudi soir son rapport annuel sur le développement économique en Afrique, centré cette année sur la question des migrations. Et il affirme que du point de vue économique les migrations sont bénéfiques. En Afrique, elles peuvent «contribuer à la croissance et à une transformation structurelle des économies», si elles sont bien gérées. Ce n’est pas entièrement nouveau mais c’est toujours bon à réaffirmer, surtout par une étude de cette ampleur.

Le rapport bat en brèche un certain nombre d’idées reçues. D’abord en rappelant que les migrations internationales africaines sont d’abord intra-africaines avant d’être extra-continentales. En clair, la majorité des migrants ne quittent pas l’Afrique, mais passent simplement d’un pays africain à un autre. Et ces mouvements accroissent le développement et l’enrichissement du continent. «Tout type de migration bénéficie à l’Afrique, et en bénéficiant à l’Afrique elle bénéficie au reste du monde», affirme Milasoa Chérel-Robson, l’une des principales auteures du rapport, rencontrée lors de son passage à Paris. Les migrations contribuent au développement des pays d’arrivée, où les migrants dépensent 80% de leurs revenus par la consommation et les impôts. «C’est un mythe de dire que les migrants contribuent à faire baisser les salaires. Le secteur privé a besoin de la mobilité des travailleurs pour des secteurs précis, même dans des pays où le chômage peut être élevé», ajoute l’économiste.

Fuite des cerveaux

Et pour les pays de départ souvent dépeints comme victimes du «brain drain» ou d’une dépendance aux remises envoyées par leurs ressortissants installés à l’étranger ? «La fuite des cerveaux est un fait, mais il ne faut pas s’arrêter à ce constat», tempère Milasoa Chérel-Robson. «Il faut aussi parler des effets retours et de toutes les manières dont les migrants contribuent au développement de leur pays d’origine, par de la philanthropie, des investissements ou en y transmettant leurs nouvelles compétences, acquises grâce à la migration». Le rapport estime même que les envois de fonds par les travailleurs expatriés – 51% des apports de capitaux privés en Afrique en 2016 – pourraient servir à l’avenir à garantir des prêts internationaux.

Le commerce entre les pays mis en relation par les migrations est lui aussi stimulé, par exemple à travers l’importation de produits alimentaires depuis les pays de départ. «Les migrants conservent des contacts dans leur pays d’origine, et ont des facilités pour lancer un commerce à l’international», dit Milasoa Chérel-Robson.

Pour que toutes ces potentialités soient exacerbées, le rapport multiplie les recommandations aux dirigeants africains, dont tous ne sont pas ouverts à la discussion sur les questions migratoires, loin de là. Il réclame une meilleure circulation de l’information sur les migrations, pour permettre aux futurs migrants d’aller là où on a le plus besoin d’eux et où ils s’intégreront plus facilement, et une meilleure mise en œuvre des mesures prévues par l’Union africaine pour favoriser la libre circulation. Parmi les bons élèves du continent, le Maroc. Conscient qu’après le départ d’une partie de sa jeunesse vers l’Europe plusieurs secteurs de son économie reposent sur une main-d’œuvre immigrée, le pays a supprimé en conséquence les obstacles légaux à l’accès des migrants au marché du travail.

Milasoa Chérel-Robson parie sur une accentuation des migrations en Afrique : «Les migrations intra-africaines augmentent le niveau de vie et créent des opportunités, ce qui ne peut qu’entraîner de nouvelles migrations, pas seulement mues par la nécessité mais aussi par l’envie de bouger.» En revanche, elle ne croit pas à la thèse de Stephen Smith, pour qui l’explosion démographique africaine combinée au vieillissement de la population européenne, ne peut que conduire à une «ruée vers l’Europe». «L’Afrique a un avenir, sa place dans le monde de demain. Le premier motif de migration, c’est la recherche de meilleures opportunités. Et dans quelques décennies l’Europe proposera-t-elle toujours plus d’opportunités que l’Afrique ? C’est toute la question.»

Photo : AFP – Yasuyoshi Chiba
Nelly Didelot
Article tiré de Libération  le 31 mai 2018

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