Attac, vingt ans et toutes ses dents

L’association alterfiscaliste fête ce week-end le vingtième anniversaire de sa création en 1998, campée sur ses «deux jambes», action et réflexion, avec son attelage de jeunes et vieux militants.

Vingt ans, l’âge plus ou moins de raison : cela se fête samedi, à la Bellevilloise (dans le XXarrondissement de Paris), avec ce mélange de sérieux et de potacherie qui fait le sel d’Attac. Entre rapports pointant les dérives de la finance mondialisée et happenings bon enfant.

L’ONG fut fondée en 1998, dans l’orbite du Monde diplomatique (filiale du très vénérable quotidien du soir, faisant profession de poil à gratter). Et d’un édito pointant aussi bien la dictature de la finance que la pensée unique, titré «Désarmez les marchés». Ainsi naquit Attac, initialement intitulée «Association pour une taxe Tobin d’aide aux citoyens», du nom de cet économiste américain suggérant de prendre l’argent là où il est (sur les marchés financiers) pour le redistribuer à de plus larges causes. Une initiative venue d’en haut, épaulée par la galaxie syndicale.

Un virage «mouvementiste»

Faute du moindre succès législatif ou réglementaire, nonobstant la pittoresque et vaine initiative d’un Jacques Chirac suggérant de taxer les billets d’avion en vue de ramener la haute finance à sa place, Attac connaîtra une crise en 2006. Des militants de base, plutôt que de se contenter de défendre des grands principes, suggèrent alors de passer aux actes. Suite à une mini-révolution de palais interne, Attac change alors d’acronyme, en «Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne» : tout est dans le A pour Action. Dans la foulée, des dizaines de comités locaux d’Attac, nés à la bonne franquette en toute autonomie de la direction parisienne, se voient légitimés.

C’est ainsi qu’Attac est devenu un peu plus «mouvementiste», sans pour autant négliger la macroéconomie. «Nous tenons à nos deux jambes, réflexion et action», souligne Aurélie Trouvé, l’une des porte-parole de l’association. Mais aussi à cet étonnant attelage entre jeunes et vieux militants, que l’on peut constater à chacun de leurs happenings : «C’est aussi cela Attac, le mélange des générations.» Car les tempes grises, venant en renfort des vingtenaires ou trentenaires, sont souvent des jeunots en matière de militantisme, soudainement attirés par la cause…

Juste cause

Signe des temps, la revendication d’une taxation des transactions financières est peu à peu passée à la trappe. Attac se contente désormais, plus modestement mais fermement, d’exiger que les multinationales, notamment les GAFA, paient leur juste part d’imposition sur les bénéfices là où ils les encaissent. Demeure ainsi le %, logo sur fond rouge et signe de ralliement des militants alterfiscalistes. Puisqu’il est question de pourcentage, Apple fait naturellement figure de tête de turc : le taux d’imposition mondial de la marque à la pomme est de 17,6% ; aux Etats-Unis, sa mère patrie où le fisc ne rigole pas, il est de 35% et dans le reste du monde, il n’est que de 4,5% dont un misérable 0,005% au sein de l’Union européenne – l’Irlande et le Royaume-Uni, via leur industrie offshore,  se payant ouvertement la tête de leurs voisins.

A son corps défendant, Apple vient de consacrer définitivement la juste cause d’Attac. Agacé de voir ses magasins régulièrement peinturlurés par des militants, le géant américain avait tenté d’interdire par la voie judiciaire toute future intrusion de l’ONG, sous 150 000 euros d’astreinte, en prétextant un «vandalisme» de ses locaux par des «individus ou groupes radicaux» menaçant la sécurité de ses employés ou clients via une «démonstration de force massive»… Bigre. En février, le TGI de Paris a débouté Apple en quelques mots qui résument tout :«La simple pénétration de militants dans ses magasins en France, sans violence, sans dégradation et sans blocage, ne suffit pas à caractériser un dommage imminent justifiant de limiter le droit à la liberté d’expression et de manifestation des militants de l’association Attac, dans le cadre d’une campagne d’intérêt général sur l’évasion fiscale.» Et d’ordonner le versement de 2 000 euros de frais de procédure, modeste mais symbolique contribution d’Apple au vingtième anniversaire d’Attac.

Photo : AFP – Anne-Christine Poujoulat
Renaud Lecadre
Article tiré de Libération  le 1er juin 2018

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