Donner son ivoire pour assécher le commerce illégal

Chaque année, 20 000 éléphants d’Afrique disparaissent à cause du trafic lucratif de l’or blanc. Pour casser le marché et alerter sur leur sort, une initiative du Fonds international pour la protection des animaux propose aux particuliers de rendre leurs objets en ivoire afin de les détruire.

En Afrique, les pachydermes ne sont pas à la fête. Menacés par la réduction et la fragmentation de leur habitat naturel, les éléphants ont en effet un taux de mortalité supérieur à leur taux de natalité, autour de 8% par an. Un déclin démographique également attribué au braconnage pour l’ivoire, responsable de la disparition annuelle de 20 000 éléphants. Résultat : en quinze ans, le nombre d’éléphants peuplant le continent a chuté de plus de 60%, pour atteindre aujourd’hui 350 000 à 450 000 individus selon les sources.

Interdire le commerce d’ivoire

Pour enrayer l’hécatombe, les défenseurs de l’environnement appellent donc depuis deux décennies à des actions fortes, à moins de voir s’éteindre Loxodonta africana précocement et irrémédiablement. La première de ces mesures consiste bêtement et simplement à interdire l’achat et la vente de l’or blanc. Pourtant prohibé au niveau international depuis 1989, le commerce de l’ivoire continue de prospérer ces dernières années en raison de la demande chinoise et européenne. Or les Etats «plaque tournante» sont peu nombreux, à l’instar de la Chine, du Royaume-Uni ou de la France depuis 2016, à avoir emprunté la voie de la prohibition – avec quelques dérogations – sur leur propre sol. «La criminalité liée aux espèces sauvages est l’une des plus lucratives. Interpol estime à 20 milliards d’euros le coût du trafic d’espèces. Tant que le commerce de l’ivoire sera autorisé, il permettra aux trafiquants de blanchir de l’argent», avertit à ce sujet Céline Sissler-Bienvenu, directrice France et Afrique francophone du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW).

Suffisant ? Pour sensibiliser l’opinion tout en luttant contre le braconnage, cette ONG environnementale d’origine canadienne préconise également la destruction de l’ivoire dans les pays exportateurs. D’où l’idée de demander aux particuliers de restituer leurs objets travaillés en ivoire afin de les éliminer. Et c’est ainsi qu’est née en 2015 la campagne #jedonnemonivoire pour «alerter sur la situation critique des éléphants d’Afrique» et tenter d’«assécher le marché illégal». Rééditée cette année, l’opération a permis en un peu plus de trois mois de récolter près d’une tonne d’ivoire et d’aboutir à la destruction de ces stocks à Reims, au mois d’avril, et à Nice, fin mai, en collaboration avec l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

Mais le geste n’est-il pas trop symbolique? «L’idée, c’est aussi de montrer que l’ivoire braconné n’a plus aucune valeur marchande, souligne encore Céline Sissler-Bienvenu. En revanche, les effets de ces destructions sont difficiles à mesurer. Si on agit, c’est aussi pour que l’Union européenne ferme le marché légal et interdise tout commerce.» En février 2014, avec l’aval du ministre de l’Ecologie de l’époque, Philippe Martin, trois tonnes d’ivoire (des défenses mais surtout des milliers de bibelots saisis entre 1997 et 2007) avaient d’ailleurs été broyées devant la tour Eiffel – l’équivalent d’un million d’euros.

Des opérations de destruction assez spectaculaires, pour attirer l’œil des médias, et désormais courantes dans les pays africains ou destinataires de l’or blanc. «Cela évite de prendre le risque que cet ivoire alimente les marchés parallèles. En plus stocker de l’ivoire, cela a un coût en matière de sécurité qui peut être annihilé par les destructions», poursuit sa directrice française. Pour ce qui est des détenteurs de bijoux, bibelots et autres défenses travaillées hérités on ne sait trop comment, et soucieux des éléphants, ces derniers peuvent encore se faire connaître en joignant par mail ces défenseurs de l’environnement.

Photo : AFP – Sarah Brethes.
Florian Bardou
Article tiré de Libération  le 2 juin 2018

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