Manifestation à Paris – «Nous sommes prêts à escalader l’Elysée pour une régularisation généralisée»

Au moins un millier de personnes ont participé ce samedi à Paris à la troisième manifestation contre la loi asile et immigration. 

Moins de monde, mais toujours autant de colère. La troisième manifestation contre la loi asile et immigration, ce samedi à Paris, a réuni environ un milliers de personnes, soit près de deux fois moins que les précédentes. Dans une ambiance moins festive qu’auparavant, mais avec des participants particulièrement remontés, à l’instar de cette membre du Collectif des sans papiers 75, qui s’époumone au micro: «Ce gouvernement veut nous dénigrer, mais qu’il le veuille ou non, on est là. Nous aussi on est des Français même si on a pas de papiers, on est des Français de sang, nos ancêtres ont combattu [pour la France]». Plus loin, Jean-Marc, un Ivoirien sans papiers arrivé à Aubervilliers il y a huit ans, distribue des tracts : «Nous on travaille, dans le nettoyage, la restauration ou le bâtiment, et la régularisation n’arrive jamais. Pour avoir un rendez-vous [en préfecture] c’est de plus en plus compliqué» Pour cet ouvrier en bâtiment, «la population nous a bien accueilli, mais nous voulons travailler dans la normalité, et ça n’arrive pas

Entre la place de la République et celle de la Bastille, les panneaux des manifestants sont nombreux : «Abrogation des lois racistes, suppression du code des étrangers», «L’amour tue les frontières», «De Calais à Vintimille, ouvrez les frontières»«Une collombe pour les réfugiés, pas de Collomb contre les réfugiés», «Personne est illégal, la loi asile et immigration, c’est non», «Less borders, more glitters», ou encore «La solidarité, ça me fait mouiller».

Geneviève, vêtements bigarrés et cheveux blancs, brandit le sien : «Délinquante solidaire et heureuse de l’être». Pour cette militante du Réseau éducation sans frontières, «cette histoire de délit de solidarité a atteint des limites incroyables. Cela vient prendre tout son sens quand on voit ce jeune homme [Mamoudou Gassama, ndlr]… Ça revient quand même au fait que quand un grand noir sauve un petit blanc, on lui fait tous les honneurs, mais quand on vient sauver des personnes dans la montagne, c’est un délit». L’actualité récente, avec la régularisation de Mamoudou Gassama, qui a sauvé un enfant avant qu’il ne chute d’un balcon, dans le XVIIIe, est présente dans les esprits, comme sur les panneaux : «M.Macron, nous sommes prêts à escalader l’Elysée pour une régularisation généralisée» ou encore ««M. Macron, ce sont tous des héros».

Geneviève poursuit : «La façon dont on traite les étrangers détermine qui on est en tant que société. La seule solution, c’est : liberté de circulation». Natasha, une Chilienne qui vit en France depuis de nombreuses années, abonde : «Moi même je suis étrangère et je me sens stigmatisée par cette loi. Elle n’empêchera pas les gens de migrer, c’est absurde. La France n’a pas vraiment changé de politique vis à vis des migrants, mais au moins avant, il y avait un peu plus de respect de la forme. Les gens avaient plus de droits. Faut voir les campements sauvages à Paris, c’est indigne !»

Alors qu’à Bastille, la manifestation se dissipe doucement, dans le calme, un homme continue de crier dans son mégaphone, comme une promesse : «On est pas fatigué, la lutte continue !»

Photo : Cyril Zannettacci
Kim Hullot-Guiot
Article tiré de Libération  le 2 juin 2018

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