Pourquoi le gouvernement veut casser les prestations sociales ?

A la demande de Macron, les ministres Le Maire et Darmanin ont lancé l’hallali contre les allocations sociales qu’ils qualifient d’«aides» quand il s’agit d’une part du revenu.

Attention, ça va faire mal. Le gouvernement s’est mis en ordre de bataille pour aborder « le temps 2 du quinquennat » selon la formule d’Edouard Philippe à la sortie d’un séminaire réunissant ses troupes. Et au menu figure ni plus ni moins que la réforme de l’aide sociale. Après la casse du droit du travail et la réforme de l’assurance-chômage, c’est une nouvelle étape de la « transformation du modèle social » voulu par Emmanuel Macron.

Le chantier est déjà dans les tuyaux puisqu’il figure sur la feuille de route des économies demandées au comité d’action public CAP 22 qui s’est engagé à « faire des choix structurants » sur les aides sociales et qui va rendre ses conclusions courant juin. Mais il est désormais sur la place publique avec des « sorties » des ministres Gérald Darmanin et Bruno Le Maire qui ne sont rien d’autres que des ballons d’essai destinés à préparer l’opinion.

« Il y a trop d’aides sociales » a ainsi déclaré sans ambage le ministre des comptes publics avant de décliner la distinction mille fois réalisée entre les aides « légitimes », attribuées « entre deux périodes d’activité », et celles qui ne le sont pas car « pas incitatives pour sortir de cette période d’inactivité ». Un propos immédiatement applaudi par ses ex-collègues de droite comme le numéro 3 des Républicains, le député Guillaume Peltier, qui ne supporte pas que « les aides sociales en France ne puissent pas dépasser 75% des revenus du Smic ». Jamais bien sûr, la question n’est posée à l’inverse : pourquoi tant de smicards ont besoin des aides sociales ? Pourquoi le travail ne permet pas de vivre dignement ?

Bruno le Maire, lui, ose même affirmer que « à partir du moment où nous réussissons à créer des postes dans le secteur privé, il peut être légitime de réduire la politique sociale sur l’emploi » . « Ose » car pour l’heure le chômage ne baisse pas et parce que si les gens retrouvent de l’emploi, ils sortiront automatiquement des prestations. Nul besoin de les supprimer donc.

Sauf que, supprimer, c’est précisément ce que veut faire ce gouvernement et singulièrement la prime d’activité qui met du beurre dans les épinards des travailleurs pauvres mais qui pour le ministre est juste trop chère : « 6 milliards d’euros par an contre 4 milliards en 2016, alors que la croissance est de retour ». A noter que cette prime est attribuée à 5 millions de personnes qui gagnent entre 285 et 1482 euros par mois et qu’elle varie de 15 à 185 euros selon les revenus. A noter également que le Gérald Darmanin qui veut la supprimer gagnait 7500 euros par mois avant d’être ministre*.

« Il ne s’agit pas de toucher aux aides sociales comme les allocations handicapé, parent isolé ou minimum vieillesse » se dépêche de préciser le porte-parole du gouvernement Benjamin Grivaux pour calmer les esprits. Faux ! Non seulement le gouvernement a déjà pris 5 euros par mois sur l’allocation logement mais en avril prochain les parents de jeunes enfants devront composer avec 15 euros de moins par mois. Une mesure annoncée par la ministre de la Santé Agnès Buzyn en septembre.

Dans un document intitulé « transformer les prestations sociales » diffusé par Le Monde, les services de Bercy se montrent imaginatifs pour faire des économies et n’épargnent ni les personnes handicapées ni celles âgées. Pour l’AAH – handicapé – les auteurs proposent de « maîtriser les flux d’entrée en révisant les critères d’attribution ». Concernant l’APA – personnes âgées – ils prônent de « la recentrer sur les publics prioritaires pour garantir sa soutenabilité ». Quant aux bourses aux étudiants sur critères sociaux, elles pourraient être soumises à « un contrôle d’assiduité ».

Autant dire que ceux qui croient un Emmanuel Macron qui « libère » les entreprises « en même temps » qu’il « protège » comme il l’a clamé durant sa campagne en seront pour leurs frais. La libéralisation a bien eu lieu avec le code du travail et les défiscalisations. Elle se poursuit désormais avec les aides sociales, histoire de ne laisser aucune porte de sortie à la précarité.

Photo : AFP
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 2 juin 2018

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