Logement accessible – Une règle à construire

Par Daniel PAUL, ancien député.

L’accessibilité est un des grands enjeux posés par les diverses lois sur le handicap. Parce qu’elle est une forte attente des personnes à mobilité réduite et de leurs familles. Et que cette attente s’est transformée en exigence sociétale, donc politique.
Longtemps, il a été « admis » que la solution pouvait être d’aménager des logements accessibles en pied d’immeubles. Peut-être parce que ces logements sont de moins en moins demandés, car plus exposés aux bruits de la rue, du hall d’entrée…
Mais, quand une famille résidant en étage se trouve confrontée au problème d’un fauteuil roulant, avec une salle de bain et des WC trop petits, une seule solution, le déménagement. Même si elle habite là depuis des dizaines d’années et n’avait jamais imaginé quitter un voisinage amical tissé au fil du temps.
Le logement, y compris le logement social, a connu de nombreuses évolutions. Mais si les pièces à vivre ont gagné en surface, les salles de bains, les WC et souvent les couloirs sont loin d’avoir suivi ce mouvement. Or, chacun comprend qu’un fauteuil roulant a besoin de place pour se mouvoir dans ces espaces et respecter la dignité de la personne transportée.
L’idée avait donc gagné qu’il fallait aller vers une accessibilité de toutes les pièces du logement, leur aménagement intérieur pouvant ensuite être adapté aux besoins des habitants.
On peut en effet remplacer facilement une baignoire par une douche. Mais il en va tout autrement lorsqu’il s’agit de pousser les murs et de changer les réseaux électriques ou la place des prises de courant.
En décidant que seuls 10% des logements seront accessibles et que les autres seront adaptables, la loi opère un recul inacceptable, car au drame que constitue la mobilité réduite d’un membre de la famille, s’ajoutera la difficulté à obtenir rapidement du propriétaire la prise en charge et la réalisation des travaux nécessaires.
Nous avons eu la baisse de l’APL pour les locataires et l’obligation pour les organismes HLM de supporter les conséquences de cette décision. A présent, le pouvoir franchit une nouvelle étape au détriment du droit réel au logement pour les familles qui doivent faire face à la mobilité réduite.
Je comprends et partage la colère des associations représentatives des PMR.
Pas plus que la sécu ne nous considère tous comme des malades, il ne s’agit de traiter chacun(e) d’entre nous comme une personne handicapée. Mais de prendre en compte l’enjeu majeur que représente le logement pour une famille ou une personne de tout âge confrontée à la dépendance et la mobilité réduite. Et parce que nous pouvons tous être concernés, le courage politique consiste à refuser de faire du logement accessible une exception, mais de l’ériger en règle.
Photo AFP/Pascal Pavani
Daniel Paul, ancien député
Article tiré de l’Humanité . le 4 juin 2018
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