Halte à la répression de la cause animale !

Des personnalités s’élèvent contre la longue série de gardes à vue, de perquisitions, de saisies, de mises en examen, de plaintes et de condamnations contre les activistes de l’association 269 Libération animale.

La question animale est un problème politique urgent à traiter. Nous ne voulons plus attendre. Les 3 millions d’animaux qui meurent chaque jour dans les abattoirs méritent mieux que les stands et les marches que l’État nous autorise à organiser le samedi après-midi », déclaraient les militants de l’association 269 Libération animale durant une action de désobéissance civile, le 5 février 2018, visant à bloquer l’un des plus gros abattoirs français de bovins. Sur les 65 activistes présents ce jour-là, 5 seront jugés à la rentrée devant le tribunal correctionnel de Roanne pour « violation de domicile » : ils risquent une peine allant jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende.

Ceci après une longue série de gardes à vue, de perquisitions, de saisies, de mises en examen, de plaintes et de condamnations : les deux fondateurs de la jeune association, Tiphaine Lagarde et Ceylan Cirik, se voient ainsi condamnés à de la prison avec sursis. Un acharnement judiciaire sans précédent, en France, contre les opposants à l’exploitation animale.

Une opposition réelle et non plus seulement symbolique

C’est que la force de 269 Libération animale réside dans son audace : un activisme qui, en dépit du manque de moyens, est parvenu à amorcer un rapport de force avec le système économique. À concrétiser une opposition réelle et non plus seulement symbolique. À inventer une nouvelle manière de faire de la politique. 269 Libération animale assume en effet vouloir créer un mouvement social d’émancipation visant à mettre en lumière une classe opprimée : les animaux non-humains, exploités par milliards dans nos sociétés marchandes.

269 Libération animale assume également vouloir populariser une pratique non-violente de l’action directe, touchant enfin le système en son cœur : les abattoirs, l’industrie, le mode de production capitaliste et les sièges sociaux des multinationales. Ses activistes ont choisi de résister physiquement à l’abattage des animaux, sans autres armes que leurs corps – près de 150 individus ont ainsi pu être sauvés et hébergés dans des terres d’accueil créées à cet effet.

Cette résistance se focalise sur les institutions sociales et économiques et non plus sur les consommateurs : une ligne rouge que l’État ne semble pouvoir tolérer. Les fondateurs et les activistes de 269 Libération animale doivent, en outre, faire face à chaque action non-violente aux brutalités policières, aux insultes à caractère raciste et sexiste, aux attouchements et aux violences de nature sexuelle lors des évacuations et aux humiliations verbales et physiques (consignées par plusieurs jeunes femmes durant leurs auditions). Leur avocat, Maître Thomas Hellenbrand, dénonce « une instrumentalisation de l’appareil répressif ».

Reconnaître la dignité de chaque être sentient

Le droit de propriété privée prime aujourd’hui sur le droit à l’information et à la résistance. 269 Libération animale demande à la justice d’admettre le caractère politique de ses actions et de prendre toute la mesure de l’article 515-14 du Code civil, attribuant la qualité « d’êtres vivants doués de sensibilité » aux animaux. Ces derniers demeurent pourtant soumis à une violence généralisée et croissante.

Le développement exponentiel de l’élevage les soumet à des conditions de vie et d’abattage toujours plus terribles. Les nombreux scandales et les vidéos qui parviennent à sortir de ces lieux ont suscité un vif émoi au sein de l’opinion publique, témoignant d’une urgente nécessité de modifier le statut juridique des animaux. Mais la justice reste sourde.

La loi, on le sait, n’est qu’un rapport de force continu. Tous les combats pour l’émancipation sont devenus, par la lutte puis par la loi, des normes collectivement intégrées : abolition de l’esclavage, droit de grève des travailleurs, droit à l’avortement, droit de vote des femmes, droit à l’objection de conscience ou droits des minorités. L’appel à reconnaître la dignité de chaque être sentient, par-delà ses évidentes singularités, est à l’heure qu’il est raillé et réprimé ; gare : il pourrait devenir l’évidence de demain.

La démesure des moyens répressifs déployés par l’État a de quoi inquiéter. À l’heure où celui-ci fait face à d’importantes mobilisations sociales et qu’il n’a que la force pour réponse, à Notre-Dame-des-Landes comme dans les universités et contre les cheminots, tissons les luttes. Et avançons ensemble contre toutes les formes d’exploitation. « Si nous devions réaliser le bonheur de tous ceux qui portent figure humaine et destiner à la mort tous nos semblables qui portent museau […], nous n’aurions certainement pas réalisé notre idéal », lançait déjà le communard Élisée Reclus il y a plus d’un siècle !

Liste des signataires :

  • Maud Alpi (réalisatrice)
  • Joseph Andras (écrivain)
  • Françoise Armengaud (philosophe)
  • Isabelle Attard (ex-députée écologiste)
  • Aurélien Barrau (astrophysicien)
  • David Belliard (Président groupe des élu-es écologistes au Conseil de Paris)
  • Baptiste Boulba-Ghigna (enseignant de philosophie et scénariste)
  • Yves Bonnardel (philosophe)
  • Vanessa Codaccioni (Maîtresse de conférences en science politique à l’Université Paris 8)
  • Sergio Coronado (ex-député écologiste)
  • Jean-Baptiste Del Amo (écrivain)
  • Christine Delphy (sociologue et féministe)
  • Élise Desaulniers (autrice)
  • Kaoutar Harchi (écrivaine et sociologue)
  • Paola Hivelin (artiste)
  • Geoffroy de Lagasnerie (sociologue et philosophe)
  • Renan Larue (professeur de littérature et auteur)
  • Edouard Louis (écrivain et sociologue)
  • Vincent Message (écrivain)
  • Madjid Messaoudene (élu chargé de la lutte contre les discriminations)
  • NnoMan (photoreporter et fondateur du collectif Oeil)
  • Denis Robert (écrivain)
  • Article tiré de Politis  le 6 juin 2018
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