A Marseille, les cités prennent leur destin en main

Habitants des quartiers, acteurs associatifs, travailleurs sociaux ou militants des droits : ils sont ainsi plus de 80 signataires d’une alerte pour « non assistance à quartiers en danger ». Ils exigent des moyens pour endiguer la violence et le chômage. Silence radio à la mairie de Marseille.

Les quartiers populaires sont peuplés de citoyens comme les autres, mais avec des difficultés à vivre comme tout le monde. « Ma hantise, c’est qu’un gamin se prenne une balle perdue, lâche Rania Ouagaci, je ne suis pas du genre à victimiser mais ici on a un souci supplémentaire sur le chemin de l’école ». Cette responsable de l’association des locataires de la cité Air Bel (11e) explique : « on ne se fait plus livrer quand on commande sur Internet, ils refusent ». Elle se bat depuis 2011 avec les autres associations de la cité contre l’empoisonnement de l’eau de consommation. « On en a assez de ne pas être traités à égalité ». En cause : « Les politiques » qui « ne travaillent que pour 20% de la population ».

Plus qu’un sentiment, c’est une réalité qui a fait sortir de leurs gonds ces Marseillais « relégués ». Le 21 mai dernier en plein après-midi un commando armé fait irruption au cœur de la cité Busserine dans le 14e arrondissement, et met des policiers en joue. Jean-Claude Gaudin ne fait aucun commentaire. Le ministre de l’Intérieur décide d’aller « à la rencontre des habitants » le mercredi suivant… à presque minuit. « On se fout de nous ! L’un nous ignore, l’autre fait sa com’ sur notre dos et nous dit complices. C’est encore de la violence », déplore Mohamed Itrisso, militant communiste, signataire de l’appel au titre de « simple père de famille de ces quartiers », qui ne peut que constater à quel point la situation s’y « dégrade ».

Un jeune sur 3 au chômage

Le chômage est légion chez les jeunes et les moins jeunes, les centres sociaux ferment, les services publics disparaissent, les écoles sont dans un état déplorable et les logements n’en finissent plus d’être réhabilités. « A la Busserine comme aux Flamants, on vit dans les chantiers depuis 10 ans, 5 ans », note Karima Berriche. Autant dire que l’ex-responsable du centre social Agora doute des propositions de Macron sur la rénovation urbaine avec des cibles prioritaires à retaper en six mois. Pas mieux pour l’emploi. Faire venir des entrepreneurs? « Comment y croire ? s’étonne Mohamed, depuis des années on donne des moyens aux entreprises et ça ne donne rien, un jeune sur trois reste au chômage ».

Autre responsable associative d’Air Bel, Jamila Haouache plaide : « mettez les moyens pour stopper l’hémorragie, ou ça coûtera bien plus cher en dégâts sociaux ». A commencer par l’embauche. « Les emplois jeunes, contrats aidés ont été supprimés. Ils étaient pourtant fiers ceux qui accédaient à un poste », souligne l’associative.

Avec leur légitimité d’habitants, ils sont ainsi 80 à dénoncer l’incurie politique et à être force de proposition pour « le démantèlement des trafics et le recels d’armes, la lutte contre la discrimination et la légalisation du cannabis » et invitent « toutes les bonnes volontés à participer à des réunions » à venir pour « travailler à une réponse efficace. On a été gentils, on montera aux créneaux », prévient Jamila.

Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise  le 7 juin 2018

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