Au PCF, la longue marche vers le congrès

Le conseil national du parti communiste a révélé des dissensions entre ses membres. Alors qu’il souhaite marquer Emmanuel Macron « à la culotte », Pierre Laurent doit encore rassembler et entraîner son équipe.

Le Parti communiste est de retour sur la scène nationale. » S’il est un peu tôt pour valider – ou invalider – l’affirmation de Pierre Laurent, le résultat du conseil national du PCF, qui s’est tenu les 2 et 3 juin ne relève, pour l’heure, que de la déclaration d’intention. Seule certitude, le parti tiendra bien son 38ème congrès les 24, 25 et 26 novembre prochains.

À défaut de repères, le Parti communiste veut hausser le ton face à Emmanuel Macron, le « marquer à la culotte », selon les mots du secrétaire national. À quelques jours du coup d’envoi de la coupe du Monde de football en Russie, Pierre Laurent promet une poursuite des mobilisations : « Les derniers rassemblements montrent un enracinement de l’unité syndicale », rassemblements qu’il juge « de plus en plus unitaires », en se référant à la Marée populaire du 26 mai dernier.

Entre les rencontres des grandes équipes de football qui émailleront les mois de juin et juillet, le PCF veut prendre le leadership sur le terrain des luttes : aux côtés des cheminots le 7 juin à Luxembourg, au pique-nique des oubliés de la République le 9 juin au Champ-de-Mars à Paris et le 5 juillet à l’Assemblée nationale pour accueillir les personnels hospitaliers et décider avec eux de mouvements de grève à l’automne. Une manière de surfer sur des succès communs pour se (re)constituer.

Chasse gardée sur ses territoires

Mais derrière le vocable sportif et le ton de défi adopté par son représentant, l’équipe PCF est moins bien entraînée qu’elle n’y paraît. Et le conseil national du week-end dernier a mis en lumière des divergences de vue. Notamment sur le texte qui sera soumis aux adhérents du 4 au 6 octobre. Appelé « base commune » dans le jargon militant, il est encore soumis à modifications et ses engagements sur le féminisme, l’antiracisme, l’écologie, le travail et la lutte contre les profits sont loin de faire l’unanimité. Seuls 91 des 170 membres du conseil national se sont en effet exprimés lors du vote sur son adoption, dont 16 pour s’abstenir et 26 pour voter contre. « Les membres permanents n’avaient pas tous la possibilité d’être présents », se défend Pierre Laurent. Il leur faudra pourtant s’unir derrière cette « base commune » d’ici au congrès pour présenter aux militants « un communisme du XXIème siècle ».

Seuls sur ce terrain, les communistes du PCF jouent gros dans la compétition que se livrent les partis de gauche, y compris à Ivry-sur-Seine. Ainsi, le choix de la ville pour y tenir le congrès ne doit rien au hasard. En présence du maire PCF de la ville, Philippe Bouyssou, Pierre Laurent a rappelé : « Ivry est une ville communiste. » Un message adressé au Parti socialiste et aux Insoumis, qui s’implantent peu à peu dans cette partie du Val-de-Marne. Historiquement, la commune est bien rouge, communiste depuis 1945, mais elle accueillera, dès le mois de septembre, le nouveau siège du Parti socialiste, contraint de quitter Solferino et le cossu 7èmearrondissement de Paris. À l’exception de son maire, la ville est aussi représentée désormais à l’Assemblée nationale par Mathilde Panot, élue de la France Insoumise pour la 10ème circonscription du Val-de-Marne – elle a succédé à Jean-Luc Laurent, du MRC. Autant de raisons d’irriter le PCF, pris en étau entre le PS et la dynamique engrangée par la France Insoumise depuis l’élection présidentielle de 2017.

Ian Brossat, l’homme du consensus… ou presque

C’est d’ailleurs de la capacité des nouveaux mouvements politiques – LFI, LREM – à fédérer que le PCF veut s’inspirer. « François Ruffin, par exemple, quand il intervient à l’Assemblée nationale, ses vidéos sont ensuite visionnées des millions de fois », constate André Chassaigne, président du groupe Gauche démocrate et républicaine, « nous dépassons rarement 10 000 vues », déplore-t-il. « Il faut offrir l’image d’un PCF offensif et renouvelé », concède Pierre Laurent.

Pour ce faire, le parti s’est démarqué en désignant Ian Brossat chef de file de la campagne des communistes pour les élections européennes de 2019. Le maire adjoint à la Mairie de Paris aura la charge de nouer d’hypothétiques alliances avec les différentes formations de gauche, allant du PS – comme l’a indiqué Pierre Laurent dans un entretien au Parisien – à la France Insoumise en passant par Génération.s, le NPA ou encore Europe écologie-Les Verts. « Ce choix a pratiquement fait l’unanimité », indique Pierre Laurent, satisfait de voir une figure jeune (Ian Brossat a 38 ans) et appréciée du PCF, prendre les rênes de cette campagne… et des négociations. L’élu de Paris a d’ailleurs invité les autres partis à une rencontre le 2 juillet prochain.

Ce choix pourrait aussi se révéler stratégique au congrès, à l’issue duquel le secrétaire national du PCF en poste depuis juin 2010 s’est dit « disponible » pour rempiler à un quatrième mandat. Ian Brossat et une trentaine de responsables nationaux et locaux, âgés entre 22 ans et 45 ans, avaient en effet adressé en février denier un avertissement à la direction du parti, l’enjoignant à « poser les bases d’un communisme du XXIe siècle » et « révolutionner » le PCF, « sa stratégie et son organisation ».

Ian Brossat pourrait néanmoins se révéler plus clivant hors des limites du terrain communiste. « On ne peut pas faire comme si tout allait bien », tacle Elsa Faucillon, députée communiste de la première circonscription des Hauts-de-Seine à l’adresse de son parti. Et de rappeler les différends qui ont opposé l’édile de la capitale et la candidate du Front de gauche pour l’élection municipale de 2014, Danièle Simonnet. À cette occasion, le PCF s’était en effet allié au Parti socialiste et à sa candidate, Anne Hidalgo. « On ne peut pas se permettre des logiques d’appareils et se fermer certaines alliances », estime-t-elle non sans louer « l’intégrité » et la « modernité » portée par le chef de file pour les européennes.

Nouveau visage du PCF, Elsa Faucillon s’est, pour sa part, refusée à signer la « base commune » présentée au conseil national. « Il faut voir que le curseur de la gauche a bougé, nous sommes attendus sur l’écologie, qui est encore grandement débattue au sein du PCF », explique-t-elle. « Le débat ne fait que commencer », prédit-elle. Il reste donc six mois au parti communiste pour se constituer une équipe capable d’opérer une « remontada » aux prochaines élections.

Agathe Mercante
Article tiré de Politis  le 7 juin 2018

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