L’orientation scolaire, un (autre) service public sur la sellette

Les CIO pourraient disparaître à la rentrée. Mardi, les psychologues de l’éducation nationale qui travaillent dans ces structures ont manifesté un peu partout en France, y compris à Aix.

Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a dévoilé, en avril, des pistes dans son projet de loi « pour la Liberté de choisir son avenir professionnel » indiquant la fermeture des 450 centres d’information et d’orientation (CIO) du pays. En filigrane, se dessine le transfert de toute l’orientation scolaire aux Régions. Quid des 3 771 psychologues de l’Education nationale (PsyEN) qui travaillent dans ces CIO ? Jean-Michel Blanquer a été très clair : il veut les « rapprocher » des élèves. Comprendre : les PsyEN devront travailler dans les établissements.

Pour les principaux concernés, cette directive s’apparente à une annonce de fermeture pure et simple. C’est ce qu’ils ont dénoncé hier en intersyndicale, à l’occasion de rassemblements devant plusieurs rectorats, dont celui de l’académie d’Aix-Marseille. Environ 80 PsyEN s’y sont réunis sous les banderoles Snes-FSU pour « montrer que la profession est contre ces transferts et souhaite que le service public de l’orientation reste dans l’Education nationale » résume Dominique Rinaudo, commissaire paritaire au Snes. A très court terme, se posera la question de l’égalité entre les territoires. Pour Laurent Boualleg également PsyEN, « les régions auront une vision locale liée à leurs propres bassins d’emploi. Dans un contexte de mobilité des jeunes, ce sera pénalisant ».

Un dynamitage de l’orientation

Retraitée depuis 5 ans, Simone a travaillé en CIO et en établissement et a un avis tranché sur la question : « L’avantage d’accueillir les jeunes dans les CIO, c’est le regard extérieur du conseiller, influencé ni par le proviseur, ni par le corps enseignant. Et c’est important pour les collégiens ou les lycéens, d’avoir d’autres repères que ceux de leurs établissements ». De plus, note une autre PsyEN, « nous ne pourrons nous occuper que des élèves. Les autres publics ne pourront plus être accueillis… » Reste aussi à questionner l’efficacité de la pratique de l’orientation par téléphone, qui se développe dans cette même optique de disparition des lieux d’accueil : si ces entretiens sont assurés par les conseillers psychologues de l’Education nationale, rien ne vaut un face-à-face en bonne et due forme : « La personne sourit-elle ? Est-ce qu’elle tripote ses cheveux ? Que disent ses yeux au moment où elle me parle ? Ce sont des choses importantes à savoir dans notre métier, et par téléphone, toute la partie psy est compliquée » témoigne Simone.

Si les syndicats voient d’un mauvais œil ces menaces de fermetures, c’est surtout car elles s’inscrivent dans une casse globale de la fonction publique, plaçant l’orientation dans une logique de rentabilité au détriment de la qualité : « les régions n’ayant pas pour habitude de gérer ces questions, elles devront peut-être missionner des organismes privés qui ne s’encombreront pas des mêmes précautions que nous » redoute Dominique Rinaudo, qui évoque « un dynamitage » du secteur.

Une délégation a été reçue hier par le secrétaire général du rectorat pour un échange « courtois » mais infructueux selon Laurent Boualleg : « eux-mêmes attendent des instructions du ministère », ceci expliquant le dialogue de sourds qui pourrait prendre une autre tournure quand la loi sera discutée à l’Assemblée nationale d’ici quelques jours.

Sabrina Guintini
Article tiré de la Marseillaise  le 7 juin 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s