Alternatiba – Poursuivre «l’insurrection des consciences »

Sauver la planète en vivant autrement : tel est le message porté par les cyclistes du deuxième Tour Alternatiba, partis de Paris pour trois mois de périple jusqu’à Bayonne.

Un « devoir historique face au chaos climatique » : c’est ainsi que Jon Palais, militant écologiste, justifie son engagement auprès du Tour Alternatiba. La deuxième édition est partie ce samedi depuis la place Stalingrad à Paris. Une centaine de cyclistes vont se relayer pendant 5 800 kilomètres à travers la France et des pays frontaliers. Un trajet entièrement fait à vélo et de manière collective, pour « symboliser la transition écologique et la solidarité », ainsi que l’explique le mouvement Alternatiba. L’événement, présenté comme la plus grande mobilisation climatique depuis la Cop21, a pour but de « mettre en valeur les alternatives. Nous pouvons consommer, produire, vivre différemment pour empêcher le réchauffement de la planète ».

De la place de la République à celle de la Bataille-de-Stalingrad, un peu moins de 500 personnes ont participé à une marche pour promouvoir le Tour. Les dossards jaunes de l’ANV-Cop21 côtoyaient ceux, bleus, de la Surfrider Fondation Europe, quand les adhérents de Greenpeace portaient haut leurs drapeaux verts. Près de cent organisations étaient réunies sous le slogan « Changer le système, pas le climat ».

C’était déjà celui du premier Tour Alternatiba en 2015. Il n’a pas changé, et pour cause : le constat fait sur le réchauffement climatique est toujours aussi alarmant. Rien n’indique que le « seuil » fixé lors de la Cop21, à savoir l’élévation de la température moyenne de la planète à 2 degrés, ne soit pas dépassé. Ce pourrait même être pire que prévu. Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) soulignait la nécessité de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre « de 40 à 70 % entre 2010 et 2050 ». Elles étaient, en 2017, en hausse d’environ 2 %.

Arrivée sur la place Stalingrad après un peu plus d’une heure de manifestation, la foule a eu droit à sa piqûre de rappel : « Tous les signaux sont au rouge, s’est inquiétée l’économiste Geneviève Azam sur la scène. Toutes les études convergent : le réchauffement climatique va beaucoup plus vite que ce qui a été prévu il y a vingt ou trente ans. » Pas de signe de surprise sur les visages des militants réunis au pied de l’estrade. Maintes fois critiquée car « non-contraignante » et pas assez ambitieuse, la Cop21 n’est qu’un mauvais souvenir. La conférence sur le climat prévue en décembre prochain à Katowice (Pologne), capitale du charbon, ne déclenche pas non plus un grand enthousiasme.© Politis

De fait, ce premier des cent vingt jours que va durer le Tour Alternatiba 2018 était éminemment politique. Marie-Monique Robin, journaliste et réalisatrice, ne s’y est pas trompée en appelant à l’imagination des manifestants : « Nous sommes à l’Élysée, que diriez-vous au Président ? », a-t-elle interrogé. Avant de lister les « quatre piliers » qu’elle présenterait à Emmanuel Macron : relocaliser l’alimentation ; baisser la consommation énergétique tout en passant au renouvelable ; mettre l’économie au service de l’intérêt général ; réduire le temps de travail pour permettre aux citoyens de s’engager dans le milieu associatif.

Face à elle, de nombreuses pancartes évoquaient les luttes passées et à venir. Le Tour Alternatiba a prévu de leur rendre hommage sur son parcours. Sont programmées des visites à Notre-Dame-des-Landes (7-8 juillet), Grande-Synthe (22 juillet), Bure (4 août) ou encore Fessenheim (12 août). Quatorze communes, à l’image de Clermont (17 juin) et Valence (2 septembre), accueilleront des formes de villages alternatifs. Jusqu’à l’apothéose prévue à Bayonne le 6 octobre, date d’arrivée du Tour.

Pour Jean-Noël « Txetx » Etcheverry, personnalité marquante du mouvement Alternatiba, « le symbole est fort et le message est clair : partir de la ville de la Cop21, dont l’accord est incapable de nous sauver, pour aller vers les territoires où il est encore possible d’enclencher la transition sociale et écologique ». Fief de l’assocation Bizi!, le Pays basque avait été l’hôte du premier village alternatif en 2013. Son parrain, Stéphane Hessel, appelait alors à « l’insurrection des consciences ». Pauline, porte-parole d’Alternatiba, s’en est fait le relais et veut croire qu’il n’est pas encore trop tard : « Nous sommes la dernière génération à avoir les leviers dans nos mains pour faire changer les choses. » Un message qui a maintenant 5 800 kilomètres à faire jusqu’à Bayonne.

Daryl Ramadier
Article tiré de Politis  le 9 juin 2018

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