De quoi vont parler Kim Jong-un et Donald Trump ? On vous résume les enjeux de leur rencontre historique

Le président américain et le leader nord-coréen vont tenter de régler leurs différends, mardi 12 juin, à Singapour.

Ce sera la toute première rencontre entre un président des États-Unis en exercice et un dirigeant nord-coréen. Mardi 12 juin, Donald Trump doit s’entretenir avec Kim Jong-un à Singapour, dans un hôtel de luxe de la cité-État asiatique. Un tête-à-tête qui était inimaginable il n’y a encore que quelques mois, alors que les deux hommes étaient engagés dans une violente surenchère verbale.

Mais à J-1, l’équipe Trump s’est employée à donner une image encourageante des négociations, sur lesquelles la partie nord-coréenne est restée muette. Le chef de diplomatie américaine Mike Pompeo a assuré lundi que les discussions avaient progressé « rapidement » au cours des dernières heures et s’est dit « très optimiste » lors d’une conférence de presse.

Mais sur quoi exactement vont porter ces négociations entre les deux dirigeants, et qu’espèrent obtenir les deux parties ? Franceinfo fait le point.

De la dénucléarisation de la Corée du Nord

La question de l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord va être au cœur de la rencontre entre les deux dirigeants. Sur ce point, Washington exige une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible » de Pyongyang, qui s’est progressivement imposé comme une puissance nucléaire.

Le régime nord-coréen a réalisé son sixième essai nucléaire en septembre dernier, le plus puissant à ce jour. L’année dernière, le Washington Post, citant un rapport du renseignement américain, estimait que la Corée du Nord disposait de jusqu’à 60 engins nucléaires. Le pays a par ailleurs testé des missiles balistiques intercontinentaux susceptibles d’atteindre le territoire continental américain.

Pyongyang se dit engagé en faveur de la dénucléarisation de la péninsule. Mais cette formule, très vague, se prête à toutes les interprétations possibles, et la Corée du Nord ne l’a jamais clarifiée. « Cela me semble très difficile pour Kim de renoncer à la seule chose sur laquelle se fonde son importance, à savoir les armes nucléaires », a récemment estimé l’ex-secrétaire d’État adjoint américain Richard Armitage.

Interrogé par l’AFP, le spécialiste américain Siegfried Hecker considère qu’une dénucléarisation totale et immédiate est « inimaginable » : cela « reviendrait au scénario d’une reddition de la Corée du Nord ». Dans un rapport, il préconise plutôt une feuille de route qui consisterait à « suspendre, faire reculer et éliminer » les programmes balistique et nucléaire sur dix ans, voire quinze en cas de complications.

Des sanctions économiques contre Pyongyang

La Corée du Nord est sous le coup de sanctions qui asphyxient son économie, et qui lui ont été imposées pour la freiner dans sa course au nucléaire. Depuis 2006, huit salves de sanctions ont été adoptées par l’ONU, dont trois en 2017, rappelle le Council on Foreign Relations (en anglais). La dernière, datant de décembre, impose une réduction drastique des exportations de pétrole vers la Corée du Nord. « La pression économique sur la Corée du Nord est sans précédent », observe pour franceinfo Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et enseignant à Sciences Po.

Le dirigeant nord-coréen « a clairement dit qu’en retour, il jugeait important que le moment venu, quand ces objectifs auront été atteints, il recevrait en contrepartie une aide économique de l’Amérique », a indiqué le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo devant une commission de la Chambre des représentants, le 24 mai dernier. Donald Trump est conscient des attentes de son homologue sur ce sujet, et les entretient. « J’estime véritablement que la Corée du Nord à un brillant potentiel et sera une grande nation économique et financière un jour. Kim Jong-un est d’accord avec moi là-dessus. Cela arrivera ! » a-t-il promis, sur Twitter, le 27 mai dernier.

Si les sanctions n’ont pas encore été assouplies, le sommet de Singapour laisse déjà présager d’une future ouverture économique. À Dandong, ville chinoise par laquelle transite l’essentiel du commerce vers la Corée du Nord, l’immobilier flambe déjà. « La plupart des acheteurs sont des hommes d’affaires du sud de la Chine, désireux de faire du commerce, se félicite un agent immobilier interrogé par l’AFP, nous avons vendu en un mois autant d’appartements que dans une année entière. »

D’un traité de paix pour la guerre de Corée

Le sommet entre les deux dirigeants pourrait aussi mettre fin à la guerre entre les deux Corées. Malgré un armistice en 1953, jamais signé par la Corée du Sud, aucun traité de paix n’a été conclu. Le conflit avait débuté trois ans auparavant, quand la Corée du Nord, occupée alors par les États-Unis, avait décidé d’envahir le Sud, sous domination américaine. Après l’armistice, la péninsule est restée coupée en deux au niveau du 38e parallèle, divisée par la DMZ, la zone démilitarisée.

Lors du sommet en avril dernier, Kim Jong-un et son homologue sud-coréen Moon Jae-in ont partagé leur volonté d’avancer vers ce traité de paix. Séoul a aussi annoncé la semaine dernière que des discussions tripartites avec Pyongyang et Washington étaient en cours pour une déclaration liminaire sur le sujet. Celle-ci précéderait un traité en bonne et due forme, dans lequel il faudrait impliquer la Chine, signataire de l’armistice et soutien de la Corée du Nord pendant la guerre.

On pourrait tout à fait signer un accord et c’est ce qu’on regarde. Ça a l’air un peu étrange, mais c’est probablement le plus facile. – Donald Trump

De la présence américaine en Corée du Sud

Malgré la fin des affrontements, les États-Unis ont toujours maintenu une forte présence militaire dans la région. Ils possèdent 112 bases dans la péninsule coréenne et 90 000 soldats, dont 24 000 hommes en Corée du Sud et 60 000 au Japon. Sans oublier le bouclier antimissile américain, THAAD, déployé en Corée du Sud pour parer les éventuelles attaques nord-coréennes.

Une présence qui ne rassure pas le régime de Kim Jong-un. Selon le président sud-coréen Moon Jae-in, son homologue « a des inquiétudes sur le fait de savoir s’il peut faire confiance aux États-Unis pour mettre un terme à leur politique hostile et garantir la sécurité du régime quand le Nord se sera dénucléarisé ».

Cependant le président sud-coréen a rejeté l’idée d’un départ des soldats américains présents sur son sol, même en cas de traité de paix intercoréen. « Les forces américaines en Corée (USFK) sont un sujet qui relève de l’alliance entre la Corée du Sud et les États-Unis. Cela n’a rien à voir avec la signature d’un traité de paix », a-t-il affirmé.

Ce point reste donc à débattre et Kim Jong-un pourrait le faire valoir en échange d’une dénucléarisation complète de son pays. L’agence de presse nord-coréenne KNCA a d’ailleurs rappelé la position ferme de Pyongyang : les États-Unis devraient, pour cela, retirer « le parapluie nucléaire », à savoir le bouclier antimissile américain qui protège la Corée du Sud et le Japon.

Photo SIPA/Ahn Young-Joon
Article tiré de Franceinfo . le 11 juin 2018

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