Et si la chance de Macron l’abandonnait ?

Le blanc-bec élyséen semble avoir la chance infuse. Mais la bonne fortune qui a tant manqué à son devancier n’est pas garantie à vie quand le réel se met à renâcler.

Pour l’instant, tout va plus que bien pour le jeune président qui s’est donné à la France, sans que personne ne lui ait rien demandé. Mais il est possible que le ciel limpide de sa première année de mandat se couvre bientôt de gros nuages noirs, annonciateurs de désastres sociaux, financiers ou internationaux.

Ceux-ci ont été tenus sous cloche pendant une séquence idyllique où l’habileté élyséenne ne doit pas faire oublier les opportunités inattendues, tirées par les oreilles comme lapin blanc hors du chapeau du magicien. Les dés ont roulé pour Macron avec une telle facilité entre 2017 et 2018 qu’il est difficile de ne pas y voir une bonne fortune impromptue qu’aucune cartomancienne ne se serait risquée à prédire.

Incongruité politique

Evidemment, Macron a pris son risque et a forcé le destin qui voulait que la présidence se gagne à l’usure. Il a quitté la fonction publique, a emprunté à la régalade, a mis sa tête sur le billot du tout ou rien, même si les banques d’affaires auraient sûrement doté ses abattis faillis d’un compte à numéro. Pour autant, il a volé le métier au nez et à la barbe d’un pays ébaubi qui jamais n’aurait pensé se laisser vamper par un libéral européen, quand la France en était plutôt à ronchonner sur sa souveraineté envolée de droite et de gauche. Pour triompher, il lui a fallu le doigté du joueur de bonneteau et le dérobé de l’as de la cambriole. Mais il lui a fallu aussi les fautes insignes de ses opposants. La conjonction de ces aléas est une incongruité qui a accouché d’une improbabilité. Ce ne sont pas les planètes qui se sont alignées, ce sont les trous noirs qui se sont accumulés pour siphonner les hargnes coalisées et recracher un mirage rosâtre et douceâtre. Le renouvellement imprévu du cheptel politique a caché l’hétéroclite des propositions que Macron s’est empressé de camoufler en droitisant son centrisme. Malgré la caporalisation décrétée, il n’est pas certain que le silence dans les rangs perdure, tant il est antinomique avec les brailleries fourbues des querelleurs gaulois et avec le goût de l’exposition permanente de leurs états d’âmes par la piétaille à ballerines réseauteuses qui a remplacé les godillots des veaux d’antan.

Anomalie économique

Pendant l’année inaugurale de Macron, la BCE de Mario Draghi a continué à surbaisser ses taux bancaires, l’accord nucléaire avec l’Iran a tempéré les prix du pétrole, et le cycle économique semblait enfin de bonne humeur. En France, on n’a pas fait la fine bouche quand la politique de l’offre initiée par François Hollande a semblé relancer l’emploi. Oubliant son ancien protecteur socialo, on a vite cru que c’était le cadet qui avait la main verte avec les billets, qu’il savait jouer du flûtiau pour faire se gondoler les courbes de croissance et qu’il allait enfin réussir à faire baisser le chômage tout en laissant croire que le travail n’était pas subclaquant. L’illusion était telle qu’on a applaudi le jeune homme aux doigts d’or quand il distribuait des cartes de vœux en guise de brelans d’as. Il avait la baraka, jouez hautbois. Il ne faisait plus de doute qu’il était l’un de ces enfants de la chance que chantait Gainsbourg, un de ceux qui allait nous mettre en transes tout en nous faisant échapper aux dealers de mauvaises nouvelles. Les fées s’étaient penchées sur son berceau. Il avait tous les talents mais surtout celui de changer l’eau des rivières à pleurer en vin doux des vainqueurs. Il était l’un de ces généraux que Bonaparte aurait pu adouber, l’un de ces diplomates que Talleyrand aurait pu choisir, un homme qui en avait. De la chance…

Sauf que le renversement menace. Pôle Emploi ne déstocke plus, et les patrons passent leur temps à déployer leurs parachutes dorés plutôt qu’à embaucher. Trump baffe l’Iran, et bientôt un Allemand pourrait remplacer un Italien à la BCE. Sans compter qu’aux frontières, prolifèrent des autoritaires de plus en plus malséants.

Pour l’instant, les métaphores avantageuses continuent à tomber dru sur le poil de Macron comme des grêlons d’orage dans des décolletés de printemps. Mais on commence à se demander s’il est bien le frère jumeau du joueur de Loto de Haute-Savoie. Vous savez ce double vainqueur d’un gros lot à numéro aléatoire, chopeur d’une chance de revenez-y sur 16 milliards.

Il n’était pas dit que Macron en serait rendu là. Mais peut-il rafler de nouvelles mises, sans se prendre les éperons dans le tapis ? Il a réussi à baffer les syndicats de la SNCF mais ceux-ci gardent aux joues le rouge de l’humiliation et il pourrait lui en cuire. Il a tâté pour rien les bourrelets de Trump, car celui-ci le fait danser à sa guise tel un supplétif de l’Otan qui a juste le droit de la boucler. L’islamisme n’est qu’assoupi qui a frappé moins fort depuis qu’il est chef des armées mais qui n’a sûrement pas dit son dernier mot d’infamie. Désormais, sa chance, si elle perdure, sera sans doute corrigée des variations saisonnières.

Photo : AFP – Fred Dufour
Luc Le Vaillant
Article tiré de Libération  le 12 juin 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :